mercredi 15 avril 2026
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Mali : comment la France a tourné la page IBK

Par RFI 218 vues
Mali : comment la France a tourné la page IBK
Le président français Emmanuel macron et son homologue malien Ibrahim Boubacar Keïta à l'Elysée, le 31 octobre 2017. REUTERS/Charles Platiau

Il y a une semaine, la Cédéao, la communauté des États ouest-africains, exigeait encore le retour d'Ibrahim Boubacar Keïta à la tête du Mali. Cette condition n'est plus d'actualité et les négociations avec la junte au pouvoir portent désormais sur l'organisation de la transition politique dans le pays. De son côté, la France, partenaire privilégié du Mali notamment sur le plan militaire, a lâché IBK, son allié depuis sept ans, beaucoup plus vite.

Le ministre des Affaires étrangères français a déclaré ce jeudi sur RTL : « Il y a eu un coup d'État que nous condamnons, mais il y a aussi eu la démission d'Ibrahim Boubacar Keïta. » En séparant bien le désordre constitutionnel en cours du départ du chef de l'État, Jean Yves Le Drian a acté définitivement, comme la Cédéao, la fin de l'ère IBK.

Le retour d’IBK jugé « irréaliste »

Le chef de la diplomatie française a même ajouté que l'ex-président malien avait déjà eu « de nombreuses alertes » du président français « Emmanuel Macron lors de la réunion [du G5] de Nouakchott fin juin », ainsi que de ses homologues ouest africains.

Dès le lendemain du putsch, une note diplomatique a été envoyée aux ambassades françaises de la région pour signifier que le retour d'IBK était « irréaliste ».

Gangréné par la corruption et le clientélisme, peu efficace sur le front sécuritaire face aux jihadistes, IBK était aussi depuis début juin la cible d’une coalition de l’opposition, le M5-RFP, qui organise de grandes manifestations à Bamako depuis trois mois. « Il y avait une crise de confiance de la part du peuple malien et une impasse politique qui menaçait d'affecter le fonctionnement de l'armée », analyse l'ancien ambassadeur français à Bamako Nicolas Normand qui a publié en 2019 Le grand livre de l'Afrique (éditions Eyrolles).

Priorité à la sécurité

De plus, explique ce dernier, « la junte qui a pris le pouvoir est apparue assez modérée et assez structurée » en annonçant vouloir transmettre le pouvoir aux civils avec l'organisation de nouvelles élections.

« Des déclarations rassurantes pour Paris » qui a vite conclu que ce coup d'Etat « était un moindre mal », explique l'ancien diplomate. D'abord de manière informelle, puis officiellement, un rapprochement s'est donc opéré avec les putschistes pour « accompagner la junte vers un retour à l'ordre démocratique ». Selon Nicolas Normand, cela montre bien que les Français ont profité de la crise pour écarter cet allié au piètre bilan et passer rapidement à autre chose, privilégiant comme d'habitude la stabilité de la zone.

Dans un rapport, l'International Crisis Group estime que la crise témoigne d'ailleurs d'un échec de cette stratégie du tout-sécuritaire au Mali.

« En privilégiant la sécurité sur la gouvernance, les partenaires du Mali ont négligé le fait qu’un État compétent et pourvoyeur de services est un fondement indispensable de la stabilité du pays et de la région », écrivent les chercheurs.

 

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Commentaires (1)

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λ ω il y a 5 ans

> « ... Il ne faut pas accepter ces manœuvres ... » > Voilà comment la France est absolument nocive pour les pays et leur dirigeants africains : si un Président qu'elle cible tombe dans l'erreur de suivre ce leurre, c'en est fini pour lui : il sera à la CPI et cyniquement accusé d'avoir provoqué lui-même le morcellement de son propre pays. > C'est exactement comme ça que Nicolas Sarkozy s'est comporté en ami sincère de Kadhafi pour ensuite le détruire avec tout son pays, la riche Libye. > IBK étant plus intelligent que la France et tous ses sbires africains, sachant bien toute les techniques et toutes les tactiques d'imposture des Français, il n'a point écouté qui que ce soit ; il est resté très prudent et fidèle à lui-même : un vrai démocrate patriote qui n'entrave aucune liberté publique pour éviter de conforter ses pires ennemis dans leur malveillance, celle d'attaquer et diviser les États à la fois faibles, mais aussi riches, comme la Libye, l'Iraq, etc. . IBK est parti sans avoir mordu à leur sale appas ; les sots qui n'ont jusqu'à présent rien compris, le glorifieront et le regretteront amèrement bientôt chaque jour et de plus en plus. > Maliennes et Maliens, chers compatriotes, faites extrêmement attention : la France n'a que des intérêts ; faites comme IBK, méfiez-vous de cette France-là, même quand elle vous fait des cadeaux ou des louanges, elle pratique une politique de perfidie très avancée et ne lâche point prise sur ses ex-colonies, qu'elle considère toujours comme des citadelles mal attaquées. > Le jour où vous serez à terre, elle vous diffamera comme nous la voyons actuellement le faire indignement avec IBK, l'auguste : quelle traîtrise, quelle ignominie ! seule la France sait faire cela. > Une des pires stratégies de cette France-là, c'est la fabrique du mensonge éhonté autant que sophistiqué dont elle est professionnelle, à l'instar de tous les autres impérialistes du monde ; qui ne vous connaît pas ! > Vive SE M. IBK, l'auguste béni ; nous te serons éternellement reconnaissants et admiratifs ; la France comprendra, mais trop tardivement que tu restes l'homme digne le plus populaire du Mali dont le départ et la popularité explosent de plus en plus chaque jour ; que s'en prendre à toi est juste une absurdité suicidaire, dont il fallait plutôt faire tout le contraire car, au Mali la dignité commande de défendre les absents, ou de la fermer ...