En quête d’un financement libyen de 500 millions de dollars: Dra, victime d’une arnaque à 100 Millions FCFA
Incroyable mais vrai ! L’ancien porte-étendard de l’Adema aux élections présidentielles de 2013 et plusieurs fois ministre sous le régime, Dramane Dembélé a été victime d’une arnaque à grande échelle : il a lui-même, après avoir été convaincu de la « fiabilité » d’un réseau de prétendus libyens de la famille de Feu Mouammar Kadhafi, engagé et supervisé la transaction ‘’top secret’’ de la somme de Cent mil- lions de nos francs jusqu’à Accra au Ghana où l’affaire va tourner au cauchemar. Enquête exclusive !
Courant 2018, lorsqu’il se faisait approcher par un metteur en relation malien qui disait avoir eu vent d’un réseau libyen de financement de projets structurants et d’envergure, basé à Accra au Ghana, Dramane Dembélé n’était plus ministre. Celui qui avait été investi candidat à l’élection présidentielle de 2013 par l’Alliance pour la démocratie au Mali (Pasj), le plus grand parti politique d’Afrique après l’ANC, avait pris ses dis- tances avec l’arène poli- tique pour se replier dans son cabinet de consultant indépendant dans le secteur minier à Bamako.
Ancien Directeur national de la géologie et des mines (5 ans, de 2005 à 2010), Dra comme l’appellent ses camarades de l’Alliance pour la démocratie au Mali a dès le début de sa carrière professionnelle en 1994, exercé en tant que géologue d’exploration dans les compagnies privées internationales de renommée. En géologie et mines, il s’y connaît parfaitement. Ce qui lui a permis de travailler dès 2004 à la mise en va- leur des ressources en pierres précieuses et semi- précieuses pour la prestigieuse banque européenne d’Investissement en tant que chef de projet du Fonds minier Mali.
Réseau mafieux
Très discret, ce minier dans l’âme, fuyant les caméras et les grands discours, qui fut pendant près de deux ans ministre, a toujours nourri une passion pour son domaine de prédilection : l’exploitation minière. Une orientation qui, après une antérieure polémique relative à un blanchiment d’argent qu’il est parvenu à taire comme par magie, le renvoie cette fois-ci dans les filets d’un irrésistible ré- seau mafieux de faux investisseurs libyens, dirigé par un vrai faux cadet de l’ancien président Feu Mouammar Kadhafi de la Grande Jamahiriya.
Un matin, nous est-il revenu, alors qu’il avait été prévenu du deal que proposaient des investisseurs libyens, Dramane Dembélé accepta de rencontrer son compatriote Simbala Coulibaly, un homme d’affaires qui jouait à cette époque le rôle de metteur en relation. Ce dernier aussi, selon nos sources, avait été contacté par le Sieur Abou Yaranangoré, un Maliano-gabonais qui se décrit comme étant le fils d’un ancien de la légion verte de Kadhafi, replié à Accra depuis les événements de 2011 en Libye.
Bauxite
Au cours des entretiens en plein cœur de Bamako avec le nommé Simbala, Dra trouva l’offre alléchante. D’autant plus que l’offre qui s’élevait à hauteur de 500.000.000 de dollars américains, venait à point nommée. L’occasion faisant le larron, l’ancien ministre qui est détenteur d’un vaste espace riche en bauxite sur la route de Kita, voulait lever des fonds pour exploiter sa propre mine, nous indique notre source avec des documents à l’appui.
Le deal
Mais avant de s’engager dans le deal, nous est-il revenu, l’ancien ministre veut d’abord se convaincre de la fiabilité des donateurs. Il effectue alors un premier dé- placement à Accra dans la capitale ghanéenne où il a retrouvé Simbala pour la mise en relation.
Comme convenu à Bamako, la première rencontre avec les libyens se déroule dans une ambiance de bon enfant dans un quartier huppé d’Accra. Jusqu’ici, tout allait bien. Et les bureaux de haut standing des prétendus donateurs de fonds, régulière- ment pris d’assaut par des visiteurs de prestige avec un parc automobile riche en grosses cylindrées ne sont pas pour faire peser de doute sur l’opulence de ses occupants, sereins et faisant mine d’être généreux.
Sur place, c’est en présence de Simbala Coulibaly et d’Abou Yaranangoré que l’ancien ministre rencontre deux hommes, membres du réseau et censés représenter le prétendu fonds libyen: le fils et le représentant du supposé cadet ou cousin de Feu Kadhafi (de gauche à droite). Leur mentor serait en soin en Russie. Après un premier et un deuxième voyage qu’il a effectués à Accra pour se convaincre et décider de ce qu’il y a lieu de faire, Dramane Dembélé est intéressé et l’affaire est conclue.
Cristaux en pierres
Cependant, pour bénéficier du fonds promis qu’ils lui disent déjà mis sous scellé dans une cargaison quelque part au Qatar, Dra doit d’abord verser la somme de300 Millions de francs Cfa, couvrant le fret et toutes les tracasseries liées au transport de la cargaison contenant des boules à cris- taux en pierres, camouflant le montant de $500.000.000, l’équivalent de 300.000.000.000 Mil- liards de FCFA, dans une caissette en scellé (voir le contenu de la cargaison présenté à Dra en image), d’Accra à Bamako par avion.
Pour le convaincre, ont indiqué nos sources, les deux soi-disant libyens montrent à Dra des photos de leur patron qu’ils présentent comme étant le jeune frère de Feu Mouammar Kadhafi. Or, le fils d’Abou Meniar et Aïcha Ben Nira qui a dirigé la Libye pendant 41 ans, 11 mois et 22 jours n’a jamais eu de frère qui a vécu. A 60 ans, son père a perdu tous ses garçons à bas âge. Seules ses trois filles (Salma, Zadma et Atiqa) ont survécu jusqu’à la naissance de Mouammar, le dernier. Outre les images de la cargaison déjà dans un conteneur qui attendrait d’être acheminé par avion d’Accra à Bamako, les donateurs libyens font signer par Dra un contrat de location.
Cargaison
Tenté par le pactole, l’ancien ministre argue que le montant de 300 Millions de Francs qu’ils lui proposent de verser pour l’achemine- ment de la cargaison est assez élevé pour lui, puis il propose de verser 100 Mil- lions de Francs en liquide (équivalant à US$160.000). Pour leur part, les donateurs acceptent de prendre les cents millions proposés par le bénéficiaire malien qu’ils disent compléter pour couvrir le mon- tant de 300 Millions de nos francs, l’équivalant de US$ 321.000.000, initialement demandé (voir la Facture de location de l’appareil –QUO- TATION-). Le but est de tout faire pour financer le transport par avion de la cargaison dans un avion spécial. Dans le deal, le contenu réel de la cargaison doit être dissimulé à la Douane malienne. Une fois à destination, 15% des 500 Millions de dollars américains devraient servir à couvrir les dépenses liées à la mise en relation et les commissions des intermédiaires dont 4% devraient revenir à Simbala et son équipe pour la mise en relation.
Marché noir
Au bout des échanges lors de son deuxième déplace- ment à Accra, Dra et les hommes s’accordent sur le montant de 100.000.000 FCFA qu’il doit verser pour recevoir ses dollars en bonne et due forme. Très vite, il rentre à Bamako où il remet ledit montant à un homme de réseau du marché noir bamakois pour le récupérer en dollars ghanéens à Accra les jours suivants. En tout cas, cette somme importante n’est passée par aucune institution financière pour atteindre Accra. Pour la troisième fois qui doit boucler la boucle, Dra emprunte l’avion à nouveau pour Accra où il récupère la somme envoyée depuis Ba- mako, la récupère et la remet en personne aux donateurs, en présence du fixeur malien Coulibaly et de Yaranangoré, le Maliano- gabonais.
Boeing 777F/B737F
Le même jour, les parties signent des documents dont copies des originaux sont remises à Dra avec la facture mentionnant les détails afférents, puis un contrat d’affrètement d’un avion Boeing 777F/B737F, dont le plan de vol concernait l’itinéraire suivant : Kotoka International Airport comme point de départ et l’aéroport international Modibo Keita de Bamako Sénou comme point d’atterrissage, à la date prévue entre le 15 et le 16 mars 2020 pour une durée de vol de 4 heures 35 minutes. Le poids de la cargaison conte- nant les dollars et les cris- taux en 60 palettes, est estimé à 65,200 tonnes, selon la facture dont Le Soft détient une copie de l’original.
Dans le contrat d’affrète- ment dont Le Soft détient copie (voir en fac simulé), il est écrit en anglais ce qui suit :’’fly will be solely cargo flight and no passengers will be accepted’’ : Ce qui veut dire en français : le vol sera uniquement un vol cargo et aucun passager ne sera accepté. Dra qui est présenté dans les documents comme locateur du Boeing, a signé le contrat de location de la société NAC CHARTER CARGO COMPA- GNY LTD (une société dont on n’est pas parvenu à retrouver les traces).
Trois ans après la conclusion cette affaire, la cargaison fantôme contenant les $ 500.000.000 promis à Dra, ne sera pas livrée et les contacts supposés être libyens ne répondent plus au téléphone. Entre temps, l’ancien ministre qui ne souhaite que rentrer en possession de ses cents mil- lions, a saisi la justice de son pays. Ecouté à la police, des sources bien intro- duites nous ont confié que le Sieur Simbala Coulibaly a persisté avoir lui aussi été floué.
Stratégie
Contacté par nos soins, l’ancien ministre Dramane Dembélé qui nous a reçus sans embrouilles dans son bureau, nous a confié ce- pendant, que l’affaire est pendante devant la justice, et de ce fait, il ne souhaite- rait pas faire beaucoup de commentaires là-dessus, même s’il a reconnu des points clés de l’affaire dont le montant de cent millions qu’il a versé au réseau et sa volonté de lever des fonds ($ 500.000.000) pour un projet comme il en a d’ail- leurs l’habitude, conformé- ment à son profil, a-t-on compris dans ses explications.
A notre insistance, sur la question relative à la transaction de cent millions de francs Cfa via un réseau obscur, l’homme politique qui n’est plus à présenter nous a répondu avoir fait ce qui se faisait et qu’il n’a, à ce niveau, nullement violé une quelconque loi. Tant mieux!
De nos renseignements, les supposés libyens et le Sieur Yaranangoré seraient toujours à Accra où ils continuent de mener leurs activités malveillantes. Reste que Dra qui compte sur les poursuites engagées contre Simbala le fixeur, pour complicité d’escroquerie, puis de faux et usage de faux, semble indécis sur la stratégie outre justice à mener pour récupérer son sou.
Affaire à suivre...
Issiaka Tamboura