vendredi 17 avril 2026
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Opacité à la Poutine

Par Le Témoin 2,011 vues
Opacité à la Poutine

La proximité avec la Russie et Vladimir Poutine bouscule de plus en plus nos pratiques et modes de gouvernance les plus ancrés. Exit désormais la traditionnelle transparence sur les événements qui concernent au plus près les citoyens ? Il y a plus de 10 jours, en effet, on n’évoque que de bouche à oreille un certain crash aérien survenu à l’aéroport de Gao. Il s’agit, selon les sources concordantes, d’un avion Illiouvhine fauché avec l’ensemble de son contenu à l’atterrissage. De source aéroportuaire, l’appareil avait raté son point de descente au point que sa vitesse n’était plus contrôlable à l’arrêt. Il s’est ainsi retrouvé dans les ravins comme le montrent les images qui circulent sur les réseaux sociaux. Ces canaux informels sont d’ailleurs les seuls à rendre compte d’un drame dont on ignore toujours l’ampleur. Avec le black-out russe qui entoure l’accident, malin qui pourrait dire les proportions de pertes humaines et matérielles occasionnés. D’aucuns parlent de plus d’une centaine supplétifs tués et de dizaines de tonnes de matériels partis en fumée. L’opacité entretenue autour de la question est toutefois nuancée par les obsèques d’un éminent mécanicien aéronautique, en l’occurrence l’officier Moussa Traoré, dont les obsèques ne pouvaient occulter les conditions de sa disparition. Quant au communiqué officiel tant attendu pour informer l’opinion du drame sur le territoire national, il se fait toujours attendre aux dépens de la tradition de transparence à laquelle les Maliens sont habitués.

 

Le retour de la chicote à Tombouctou et Gao

Les habitants de Tombouctou et Gao souffrent doublement le martyre de l’insécurité rampante. En plus d’être sous les feux des obus et d’un blocus intenable, la lutte contre le phénomène y déploie également ses ailes abusives depuis l’instauration d’un couvre-feu dans les deux cités concernées. La mesure est mise à profit par les forces de l’ordre pour s’adonner à toutes sortes de pratiques contraires à l’esprit de sécurisation des populations. Les brimades, extorsions de biens et autres atteintes à l’intégrité physique des citoyens sont devenues monnaie courante au point de réveiller les tristes souvenirs du règne islamiste de 2012. Il se rapporte qu’aussitôt sonnée l’heure du couvre-feu que les agents s’adonnent à leur besogne au point de devenir méconnaissables. Aucune cible n’est épargnée par les sévices corporelles, selon les témoignages et complaintes que nous recevons : le promeneur indélicat, le vieillard de retour de la mosquée ou la malheureuse vendeuse prise de court par le temps, etc., chacun risque de recevoir des coups de fouet humiliants sans discernement et sans considération pour son âge ou son statut social. Leurs potentiels bourreaux n’ont manifestement tiré aucune leçon de la Covid et continuent gros jean comme devant de supplicier des populations déjà martyrisées par la situation sécuritaire et dans les rangs desquelles les mécontentements risquent de tourner en rupture entre le citoyen et les agents de l’ordre

 

Sinko Coulibaly refuse la main tendue

Après avoir pris congé de l’armée au profit d’une carrière politique, le Général Moussa Sinko reste égal à lui-même 5 années après sa décision historique. Ceux qui pourraient penser que le jeune officier supérieur en retraite a regretté son choix peuvent se référer à la réaction de son parti suite à la décision des autorités de reporter l’élection présidentielle précédemment annoncée pour février prochain. Le communiqué du parti qu’il préside, le LCD, est sans équivoque sur les exigences d’un retour à l’ordre constitutionnel et le rejet de tout ajournement. Après les revers subis dans l’arène politique lors des dernières élections générales, l’ancien ministre de l’administration territoriale ne manque pourtant pas d’occasion de battre en retraite vers une carrière militaire précocement interrompue. Il lui est notamment loisible de sauter sur l’opportunité que lui offre un récent décret des autorités de transition qui préconise le recours aux officiers de réserve pour faire face aux équations sécuritaires du pays. Il s’agit en outre d’un décret très attractif en ce sens qu’il est question de leur accorder les mêmes avantages contenus dans le statut particulier des militaires. Même s’il n’a pas le choix en cas d’entrée en vigueur du texte, Moussa Sinko aura démontré sa solidité de son option pour une vie civile et politique. Il est pourtant l’unique officier de son rang démissionnaire.

 

Une nomination atypique à EDM SA

Un changement spectaculaire est intervenu, il y a deux semaines environ, au sommet de la société EDM SA avec le limogeage du Directeur général en pleine crise énergétique et coupures électriques à répétition. Koureichi Konaré est ainsi emporté par la même tragédie que son ancien ministre et laisse la place à un nouvel arrivant en la personne de A. Djibril Diallo.  En attendant la solution magique de ce dernier, les directeurs entrant et sortant seraient probablement en plein dans les préparatifs d’une passation suite à un changement de tête qui brûle toutes les normes administratives en la matière. Les observateurs avertis n’en reviennent et se disent surpris, en effet, par les termes du communiqué du Conseil des ministres en vertu duquel Abdoulaye Djibril Diallo remplace Koureichi Konaré accède à la direction de la société anonyme EDM SA. Et pour cause, la procédure est d’autant plus malmenée qu’il est de notoriété publique que l’accès au poste passe d’abord par la désignation de son nouvel occupant comme représentant de l’Etat au conseil d’administration. C’est l’instance appropriée, selon toute évidence, pour entériner sa désignation es qualité Directeur général par les autres membres. Or le nom du nouveau DG figure dans la mesure ministérielle en même temps que sa qualité comme pour signifier qu’on peut désormais faire l’économie d’un conseil d’administration. Probablement parce que la procédure compte moins que ce qu’on attend de lui en résultats.

 

Assimi ne pipe mot sur l’accord

L’Accord pour la paix et la réconciliation est passé des velléités de relecture aux présomptions d’une caducité qui revient sur les lèvres avec plus de constance, depuis la reprise des hostilités entre Bamako et les Seigneurs de l’Azawad. Pendant que la polémique enfle et que les uns et les autres s’interrogent sur la question, celle-ci est apparemment déjà tranchée par le premier responsable de l’Etat. Il s’agit du colonel Assimi Goita, qui a choisi de bouder l’Accord issu du processus d’Alger en ne pipant mot là-dessus lors de son adresse à la Nation du 22 septembre dernier. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’une omission, mais d’un choix intrigant de ne pas hisser au rang des priorités et préoccupations un sujet qui taraude pourtant. Dans la foulée, le président de la Transition affiche une détermination à retourner au Mali son intégrité territoriale et donne l’air de répondre à l’intransigeance et aux velléités bellicistes de Kidal par l’épreuve de force qu’annonçait déjà la suspension des réunions du CSA et partant de l’application de l’Accord en tant que vecteur du modus vivendi entre les autorités de Bamako et les mouvements armés.

 

Kidal reçoit des renforts extérieurs

La ville de Kidal, selon des sources locales, quitte progressivement son état de cité fantôme, depuis quelques semaines et la reprise des hostilités avec Bamako. Des témoignages font état, en effet, d’une convergence massive d’allogènes en provenance de toutes parts, suite au rappel des troupes lancé par la CMA pour préparer la guerre contre les forces régulières maliennes. Initialement pressentis du côté de l’Algérie voisine, les nombreux jeunes touaregs désœuvrés, dit-on, sont massivement arrivés de tous les coins et recoins du Sahara pour grossir les rangs de combattants. D’autres sources expliquent que l’avènement de l’Alliance tripartite « Burkina-Mali-Niger » est passée par là. Il est notamment perçu par les touaregs de toute la région sahélo-saharienne comme une déclaration de guerre communautaire nécessitant par conséquent la mobilisation générale à la rescousse des composantes maliennes de l’Amazigh malien. La reprise promise de Kidal s’annonce en définitive beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine au risque de paraître un remake des mauvais souvenirs de la visite d’un certain Moussa Mara.

 

Transition : Peut-être la rallonge de trop

La semaine dernière, dans la foulée des attaques meurtrières et autres incidents aériens à répétition, le gouvernement de la transition a surpris les observateurs de la scène publique par une annonce lourde d’implications pour le retour à l’ordre conditionnel. Il s’agit d’une décision aux relents d’oukase, qui se résume au renoncement à tous les autres rendez-vous électoraux au profit de la seule élection présidentielle. Tout en donnant l’air d’accorder la priorité au retour tant attendu à la normalité républicaine, la mesure s’assimile plutôt a un saut assumé dans l’inconnu. La prochaine étape du processus électoral, après le gage de l’épisode référendaire, replonge en effet dans l’incertitude, au mépris des promesses et assurances données à la CEDEAO ainsi qu’à la communauté internationale toute entière sur le cap de Février 2024.

Selon le même communiqué porté par le ministre d’Etat en charge des élections, il est notamment mentionné en filigrane que l’unique consultation retenue pendant la durée de la Transition est différée sans la moindre indication d’une nouvelle échéance.

 

    Quand l’ordre constitutionnel ne vaut pas 5 milliards

La principale raison évoquée n’est manifestement pas celle qu’on attendait, mais elle se présente tout autant sous les traits d’un alibi, pour beaucoup d’observateurs. Il s’agit de l’indisponibilité des bases RAVEC sur lesquelles repose le fichier électoral et que les autorités disent vouloir enrichir de nouveaux inscrits en âge de voter, pour plus de participation à la prochaine présidentielle. Or le même fichier avait pourtant servi aux opérations référendaires précédemment validées par les mêmes autorités avec un taux participation dont elles admettent finalement l’insignifiance. À cette incohérence s’ajoutent par ailleurs les explications peu convaincantes sur lesquelles reposent les raisins de l’inaccessibilité des données détenus par le concepteur du Ravec, en l’occurrence la société IDEMIA sur laquelle le communiqué fait pleuvoir toute un torrent d’incriminations. Pour avoir refusé de libérer la clé d’accès au système, le prestataire franco-américain est notamment accusé de faire obstacle au processus électoral malien alors qu’il ne lui est reproché aucun manquement à ses obligations contractuelles. Le mot de passe en cause n’étant libérable, en effet, qu’après règlement de totalité du montant de la prestation, soit 17 milliards sur lesquels 5 milliards restent en souffrance. Il était donc loisible de consacrer les efforts au paiement de ce reliquat pour être en phase avec le délai initial convenu pour le retour à l’ordre constitutionnel. Au lieu de quoi, le rendez-vous s’englue finalement dans un processus beaucoup plus tortueux et complexe en étant suspendu au basculement annoncé des bases données sur un système plus autonome ainsi qu’à l’élaboration d’un mécanisme d’enrôlement et de révision en ligne pour un pays où l’écrasante majorité des électeurs n’ont qu’une maîtrise rudimentaire de l’informatique. Il n’y a pas meilleur moyen, en définitive, d’enliser le retour à l’ordre constitutionnel, au nez et à la barde d’acteurs politiques médusés devant la survenue de motifs autres que les obstacles sécuritaires auxquels elles s’attendaient.

 

    Un vent de protestation dans la couveuse 

Ça n’est pourtant pas la première fois que le chronogramme électoral cristallise le débat et se hisse au devant de la scène. La gestion du séquençage du calendrier était précédemment l’objet de concertations inachevées entre les acteurs publics et le ministre en charge de l’administration, sur fond de tentative d’en galvauder les conclusions en faisant porter la prorogation par une majorité factice des acteurs concertés. Cette première tentative ayant fait chou blanc, les autorités ont visiblement opté pour le passage en force : un chemin qu’elle présente comme la survenue de contraintes techniques en rapport avec difficultés d’accès aux données administratives exploitables pour les élections. Sauf que la manœuvre est aussi interprétable, pour beaucoup d’observateurs, comme une dévalorisation de l’ordre constitutionnel ainsi rabaissé en deçà du reliquat dû au prestataire du Ravec  : 5 milliards F CFA dont le règlement aurait permis de surmonter les obstacles électoraux.

Quoi qu’il en soit, le dessein d’une énième rallonge de la Transition n’a pas l’air de prospérer dans l’élite politique, au regard de la salve de réserves et d’indignations déclenchées par l’annonce du report. Les acteurs politiques sont unanimes, en effet, sur le caractère cavalier et unilatéral de la mesure, quoiqu’on les désaccords exprimés sous forme plaidoyer pour l’ordre constitutionnel le disputent aux rejets ainsi qu’aux exigences d’un maintien du chronogramme électoral dans le terme initialement convenu. Aux antipodes des voix conciliantes et résignées sont vent debout des partis politiques comme YELEMA de Moussa Mara, LDC du Général Moussa Sinko, Asma - CFP ou encore des mouvements comme Appel du 20 Février ou encore la très redoutable CMAS de l’imam Mahmoud Dicko, qui ne fait d’ailleurs aucun mystère de son intention de mobiliser ses troupes pour en découdre sur la question.

En définitive, la levée de bouclier est latente et préfigure une grande brèche jamais ouverte auparavant pour les protestations d’envergure contre la Transition. En plus du déclenchement d’un éventuel bras de fer avec les autorités de la sous-région, la menace intervient dans un contexte de baisse drastique de notoriété sur le front sécuritaire.

A.KEÏTA

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Commentaires (1)

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A
Anonyme il y a 2 ans

Enfin un article décrivant la triste réalité et non un article de propagande de plus!