vendredi 17 avril 2026
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Air France, la douane et les passagers

Par Le Témoin 7,179 vues
Air France, la douane et les passagers

Les autorités maliennes de transition ne fléchissent pas sur leurs principes. L’attachement à la souveraineté s’est derechef affiché et réaffirmé avec la tentative de reprise des vols d’Air France sous un format différent. Annoncé en grande pompe par la compagnie française, le retour de celle-ci sur le tarmac de l’aéroport de Senou ne sera pas opéré de sitôt. En cause, le niet catégorique des plus hautes autorités dans une affaire qui a même coûté sa tête au directeur général de l’ANAC, fautif dans doute d’avoir abusé de son autorité pour sauter sur l’offre de reprise des vols d’Air France. Le directoire de l’aviation civile n’est pourtant pas la seule victime du bras de fer entre Bamako et Paris. En plus d’usagers du transport aérien contraints à l’allongement de leur trajet pour chaque aller ou retour, les finances n’en font pas moins les frais. En effet, par-delà les profits d’Air France sur lesquels le ministre malien des Affaires étrangères avait longuement épilogué, il se trouve que les cagnottes maliennes n’en souffrent pas moins au regard d’énormes manques à gagner en termes de recettes douanières. Par ces temps de disette, en clair, il se susurre que l’administration douanière ne cracherait pas sur les potentielles ressources à tirer des marchandises affrétées par la compagnie française. Surtout que nos sources indiquent qu’elles s’accumulent dans les entrepôts aériens depuis le déclenchement des bisbilles entre l’Etat malien et la compagnie française.

Le dilemme de l’INA

Le siège de l’Institut National des Arts est au cœur d’une polémique extra - académique depuis plusieurs années sur fond d’incompatibilité entre profits commerciaux et intérêts artistiques. Le joyau historique devait subir le même sort que nombre d’autres bâtiments publics cédés à des repreneurs. L’INA était même formellement revenu à l’opérateur Demba Yatassaye d’IBK à base d’un engagement à doter l’école d’un nouvel abri plus commode sur un site beaucoup moins exposé à l’affluence humaine et à la submersion marchande. Après plusieurs bourdonnements et murmures, le deal a formellement avorté, il y a deux semaines, suite au renoncement à la cession de la bâtisse avalisé par décision du conseil des ministres. Le hic est que le repreneur s’est déjà acquitté pour sa part de ses obligations contractuelles en mettant à la disposition de l’Etat malien, pour les besoins de ses formations artistiques, une bâtisse flambant-neuve en zone aéroportuaire. Pas suffisant, selon toute évidence, pour effacer le mythe historique qui entoure la vieille bâtisse vétuste submergée par les activités du Grand Marché de Bamako. Sauf que le nouveau joyau a coûté à l’opérateur Yatassaye près de 2 milliards de nos francs, à en croire nos sources, un investissement qui ne manquera pas de faire jaser parce qu’il repose sur une convention dûment passée avec le ministère de la Culture sous N’Diaye Ramata Diallo.

Difficile changement à la tête de l’ADN

Officiellement, l’Agence pour le Développement du Nord est dirigée depuis trois semaines environ par un nouveau directeur. Il s’agit du nommé Moulaye Abderhamane qui devait normalement remplacé Aklinine Ag Mohamed. Depuis le communiqué du conseil des ministres y relatif, le processus du remplacement a du plomb dans l’aile. Il semble se heurter à blocage des raisons jusqu’ici inexpliquées et il nous revient, de bonne source, que l’incertitude est davantage alimentée par un retard inhabituel qu’accuse une passation de service qui a du mal à intervenir. Conséquence : le DG en fonction continue de gérer la boîte comme s’il n’y avait pas de changement à son sommet.  Les supputations et commentaires vont bon train, en définitive, et sont davantage confortés par le blocage du décret de nomination du nouveau DG encore factice de l’ADN, qui reste en souffrance près d’un mois après la décision du conseil des ministres. Il se pose notamment la question de savoir si l’Agence de Développement du Nord n’est pas destiné à être conduite par celui qui l’a portée sur les fonts baptismaux et qui l’a vu grandir. 

Quand la CMAS se démarque sur la scène politique

Face aux velléités de perpétuation de la Transition, la résignation l’emporte largement sur la résistance dans les rangs de la classe politique malienne. En dehors des molles réserves sur la démarche de modification du chronogramme électoral, aucune action d’envergure n’a été entreprise dans les proportions du malaise et des frustrations occasionnées par le report de la présidentielle. Il existe néanmoins une exception qu’incarne la CMAS, une association à tendance politico-religieuse qui avait pourtant joué un rôle central dans l’avènement de la Transition actuelle. Avec l’imam Mahmoud Dicko comme parrain et autorité morale, le mouvement se singularise désormais comme la seule entité politique ayant frontalement bravé la toute-puissante autorité de la junte sur le chronogramme du retour à l’ordre constitutionnel. À défaut du virage tant attendu et promis vers la normalité, la Coordination des mouvements acquis à la cause de l’ancien président du HCIM réclame ni plus ni moins le retour de l’armée dans les casernes pour laisser la place aux civils dans la conduite de ce qu’il reste de la Transition. La CMAS a poussé la bravade au point de projeter une marche de protestation finalement étouffée dans l’œuf certes avec les sollicitations de renoncement mais aussi par le manque d’entregent des autres mécontents à lui emboîter le pas.

Prof K. Doumbia, le détenu atypique et corvéable

Dans notre précédente parution, nous le désignions sous l’identité de «professeur bagnard» par convenance. Il s’agit de l’ancien secrétaire général de la présidence tombé en disgrâce et arrêté en même temps que son employeur déposé et remplacé en pleine marche de la Transition par son vice-président, Assimi Goïta. Curieusement, la libération du duo Bah N’Daou - Moctar Ouane n’entraînera pas l’élargissement du chef de l’administration présidentielle de l’époque. Le jeune Professeur K. Doumbia demeure incarcéré depuis plus de deux ans pour des motifs qui ne semblent pas plus clairs que la nébuleuse qui entourent le dossier. Son incarcération, selon nos sources, pourrait ainsi s’expliquer par le refus qu’on lui prête de coopérer en tant que principal dépositaire des données de la Sécurité d’Etat sous le président Bah N’Daou en son temps. Son sort pourrait tout aussi découler de l’exploitation gratuite dont il est l’objet en tant que détenu taillable et corvéable à la merci du régime.  Os sources confient qu’il lui arrive d’être temporairement extrait de son cachot pour des prestations intellectuelles forcées et bénévoles pour le compte de la plus haute administration. L’ancien secrétaire général de la présidence serait même doté des commodités et du confort en adéquation avec les besoins de la corvée qu’on lui inflige. Un bureau équipé d’ordinateurs est mis à sa disposition au coeur de la chienlit carcérale où sa moindre soif livresque est aussitôt assouvie par l’acheminement de chaque publication qu’il sollicite. Pas suffisant, toutefois, pour s’accommoder d’une détention qui frise l’arbitraire ainsi que du martyre d’être dépourvu des moyens d’assurer convenablement ses devoirs conjugaux et familiaux En plus d’être marié, le Professeur Doumbia, selon nos recoupements, est l’unique garçon d’une fratrie de cinq enfants et la suppression de ses avantages de secrétaire général lui ôte toute possibilité de demeurer l’espoir de ses sœurs dont certaines ont même été frappées de veuvage pendant sa détention.

Les populations de Rharous crient à la disette 

Plus que Tombouctou et Gao, c’est la localité de Rharous qui fait davantage les frais de l’impitoyable blocus des groupes armés terroristes. Le phénomène affecte la population au point d’éclipser le décès de l’ancien préfet Drissa Sanogo jadis enlevé par les djihadistes. Les mêmes qui infligent également à toute la région de Tombouctou ainsi qu’à celle de Gao un embargo que les autorités du pays feignent d’ignorer alors que les voies fluviales, moyens incontournables d’acheminement des cargaisons de denrées alimentaires, demeurent inaccessibles et bouchées depuis la tragédie du bateau «Tombouctou». Au risque d’être arraisonnée et vidée de leurs contenus, les pinasses sont également aux arrêts au grand de consommateurs frappées à la fois par les obus et sur le porte-monnaie avec la hausse vertigineuse des prix. Les consommateurs de la localité de Rharous en souffrent beaucoup et tirent la sonnette d’alarme sur l’imminence d’une disette inédite. Et pour cause, à la différence des deux chefs-lieux de région, aucune réserve de stocks ne vient soulager les consommateurs. Riches et pauvres sont logés à la même enceinte parce que pour supporter le poids l’inflation il faut que la denrée soit disponible. Or les pirates et maraudeurs djihadistes sont aux aguets de la moindre cargaison à destination d’une localité où les lanceurs d’alerte craignent que la famine n’entraîne dans son sillage d’autres phénomènes sociaux.

Minusma : Péril sur le plan de retrait

A la demande du Mali, les Nations Unies ont ordonné le retrait définitif de Minusma après 10 ans de présence mitigée et diversement appréciée. Programmé pour le 31 décembre 2023, ce retrait risque de subir un léger réaménagement dicté par l'intensification des tensions et une présence armée croissante dans le nord du Mali, selon un communiqué des Nations-Unies sur le rythme du des engagements. En plus de compromettre les opérations aériennes menées par la mission qui protègent sa réduction et facilitent son retrait, la situation, selon la même note de l’ONU en date du 14 octobre, risque de compromettre le départ ordonné dans les délais impartis, à cause notamment du péril qui pèse sur le transfert en toute sécurité de son personnel et de ses biens. Le document relève par exemple le cas de convois logistiques bloqués à Gao et suspendus bloqués à l’autorisation de quitter cette ville pour regagner Aguelhoc, Tessalit et Kidal en vue d’y récupérer le matériel des Nations unies ainsi que des pays contributeurs de troupes actuellement. De quoi rendre incertain le calendrier initial de retrait et jeter le doute sur la capacité de la Minusma à le respecter.  

Pour sauver la date de retrait, l’ONU exhorte le gouvernement de transition au strict respect des dispositions de l’Accord sur le statut des forces jusqu’au départ du dernier élément de la MINUSMA du Mali et rappelle par la même occasion aux parties Etat malien et les groupes armées) leur obligation de s'abstenir de toute action ou déclaration pouvant compromettre le retrait en toute sécurité et dans les délais impartis. Or l’organisation des Nations-Unies constate un accroissement des tensions dans le nord du Mali qui en rajoute chaque jour à la probabilité d’un départ forcé sans les équipements appartenant aux pays contributeurs de troupes ou aux Nations Unies. Ce qui entraîne forcément des pertes financières aux pays contributeurs de troupes et compromettre le soutien des Nations Unies aux futures opérations de maintien de la paix pour lesquelles lesdits équipements sont nécessaires. Avec l'inquiétude que ces équipements ne tombent entre les mains des terroristes ou du CSP-PSD, l'Etat ne serait peut-être pas opposé à un léger réaménagement de calendrier. Sauf que ce péril s’annonce en même temps que la Minusma s’attire les tirs croisés des différents protagonistes qui se disputent âprement ses anciennes emprises. Dans la bataille de positionnement qui les oppose, gouvernement et CMA prennent chacun la mission onusienne pour responsable de chaque avantage engrangé par la partie adverse. C’est le cas des postes avancés de Kidal dont la récupération par le CSP-PSD a inspiré des mises en garde et dénonciations au ministre malien des Affaires étrangères, tandis que le camp opposé s’indigne que l’abandon des camps récupérables se fasse dans la cadence favorable aux forces régulières. En définitivement, il y a peut-être lieu de s’interroger si l’enlisement de la crise malienne dans les hostilités n’est pas sur le point d’imposer aux Nations-Unies une reconsidération de leur agenda au nom du Chapitre 7 qui préconise un usage de la force contre la volonté des pays d’accueil.

Amidou KEÏTA

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Commentaires (2)

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A
Anonyme il y a 2 ans

Mi chemin mon ami !

A
AG MOSSA ATTAHER Dicko il y a 2 ans

J'ai commencé à lire et je me suis découragé mais en mis chemin j'ai pris du goût à poursuivre la lecture car elle m'a motivé. Seulement vous utilisez un français très soutenu.