Discours intégral du ministre Diop lors de la cérémonie d'ouverture de la réunion des ministres des affaires étrangères de l'AES
Par Malijet
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L’INTEGRALITE DU DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR ABDOULAYE DIOP, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DE LA COOPERATION INTERNATIONALE, A LA CEREMONIE D’OUVERTURE, LE 30 NOVEMBRE 2023, DE LA REUNION DES MINISTRES DES AFFAIRES ETRANGERES DE L’ALLIANCE DES ETATS DU SAHEL (AES)
• Excellence Madame le Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur, ma chère sœur Olivia Ragnaghnewendé ROUAMBA ;
• Excellence Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur et bien cher frère Bakary Yaou SANGARE ;
• Monsieur le Ministre de la Défense et des anciens Combattants ;
• Monsieur le Ministre de la Sécurité et de la Protection civile ;
• Monsieur le Ministre de l’Economie et des Finances ;
• Monsieur le Ministre des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration Africaine
• Madame la Secrétaire exécutive de l’Autorité de Développement intégré des Etats du Liptako-Gourma (ALG) ;
• Monsieur le Président de la Commission des Affaires étrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration africaine ;
• Madame la Conseillère spéciale du Président de la Transition, Chef de l’Etat, en charge des questions diplomatiques ;
• Monsieur le Conseiller diplomatique du Premier ministre, Chef du Gouvernement ;
• Mesdames et Messieurs les Experts du Burkina, du Niger et du Mali ;
• Distingués invités,
Je voudrais, tout d’abord, de vous souhaiter, au nom de Son Excellence Le Colonel Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l'Etat, du Gouvernement et du Peuple du Mali, et en mon nom propre, la chaleureuse bienvenue en terre AES du Mali.
Très chère Olivia et mon frère Bakary, vous avez eu des mots aimables à l’endroit du Mali, de ses Autorités et de son Peuple. Permettez-moi, à travers vous, de reconnaître et saluer l’engagement constant, constructif et dynamique, des autorités et du Peuple du Burkina et du Niger.
Quand nos Chefs d'Etat, Leurs Excellences Le Capitaine Ibrahim TRAORE, Président de la Transition, Chef de l’Etat du Burkina Faso ; Le Colonel Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat de la République du Mali ; et Le Général de Bridage Abdourahamane TIANI, Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie, Chef d’Etat de la République du Niger, nous ont mis en mission avec l’objectif de formaliser, par un cadre juridique, les relations particulières entre le Burkina, le Mali et le Niger, ils avaient une vision claire à l’esprit. Cette vision a très tôt pris forme à travers la signature de la Charte du Liptako-Gourma, instituant l’Alliance des Etats du Sahel.
Le 16 septembre 2023, la première étape du renforcement des liens stratégiques entre nos trois pays venait d’être franchie. Cette étape a permis, en très peu de temps, de réaliser des actions notables, mais surtout, de raffermir notre attachement à surmonter les défis.
En effet, dans cette période de l’histoire de notre sous-région où la menace terroriste est élevée, nos pays, berceaux de cultures riches et de communautés diverses, ont été touchés par les actions des Groupes armés terroristes.
La réaction résolue de nos Armées nationales, leur dévouement indéfectible et leur courage ont été des piliers essentiels. C'est grâce à l'engagement de nos forces armées que des progrès significatifs ont été réalisés dans la restauration de la paix et de la stabilité. Nous leur rendons un hommage appuyé car ils incarnent la résilience de nos peuples et je m’incline respectueusement à la mémoire de toutes les victimes, civiles comme militaires, de la crise au Sahel.
La prévention et la gestion des défis sécuritaires exigent une coordination sans faille et une collaboration étroite.
Nous devons être proactifs dans la préservation de la paix et de la stabilité, tout en favorisant des voies pacifiques et diplomatiques pour résoudre les conflits qui pourraient surgir sur notre chemin.
Cependant, notre Alliance ne se limite plus à la défense et à la sécurité. Nous aspirons, entre autres, à faire de l’AES un espace où l'indépendance et le développement économique dans toutes leurs composantes sont solidement ancrés. Nous parviendrons à l’atteinte de ces objectifs à travers, entre autres, la poursuite de nos concertations diplomatiques et politiques.
Pour cela, nous aurons à examiner les recommandations issues des travaux des Experts, tenus en prélude à notre réunion ministérielle. A cet égard, je tiens à adresser nos chaleureuses félicitations aux Experts qui ont travaillé sans relâche à réaliser la mission qui leur a été confiée.
Dans nos délibérations, nous examinerons entre autres le processus d’opérationnalisation stratégique de l’AES ; nous déterminerons les aspects relatifs aux organes à mettre en place ainsi que l’articulation entre l’expertise existante et les acquis capitalisés par l’Autorité de Développement intégré du Liptako-Gourma et l’AES ; nous accorderons une attention particulière à la coordination de nos actions diplomatiques et politiques ainsi que les questions de communication, en ces temps de guerre informationnelle.
Le monde regarde vers nous, et nous avons la responsabilité de démontrer que notre engagement n'est pas seulement un acte formel, mais une promesse vivante.
Nous devons transformer nos paroles en actions tangibles, édifiant ainsi une architecture institutionnelle robuste qui servira de rempart contre les menaces qui pèsent sur notre espace commun.
Nous devons prioritairement renforcer nos mécanismes de consultation, d'évaluation et de prise de décision, afin de garantir une réactivité optimale aux situations émergentes.
Confrontés à l'impératif de renforcer les bases de notre coopération, nous examinerons les projets de texte qui incarneront notre engagement commun envers la paix, la stabilité et le développement durable. En harmonie avec les principes fondateurs de la Charte, ils devraient favoriser la coordination stratégique, la coopération sécuritaire et la gestion efficace des ressources transfrontalières.
• Mesdames et Messieurs,
Nous sommes conscients des défis colossaux qui se dressent devant nous, mais c'est précisément dans ces moments difficiles que l'unité et la solidarité se révèlent être nos atouts les plus puissants.
Notre Alliance, forgée dans la volonté commune de défendre notre souveraineté, de garantir la sécurité de nos populations et de promouvoir un développement durable, est une force qui transcende les frontières individuelles de nos nations.
Il est admis que l’adversité forge la résilience. Les épreuves que nous avons traversées et celles que nous continuons de traverser ont démontré à suffisance à quel point les populations de nos pays ont été à hauteur des enjeux, avec dignité et renforcées dans leur détermination à soutenir leurs Autorités dans le combat noble et juste pour l’émancipation totale, pour la souveraineté pleine et entière et pour ne plus se voir imposer aucun diktat. C’est ainsi que, grâce à ce soutien de nos Peuples, celui qui importe en priorité, nos Etats se sont engagés dans une dynamique de changement de narratif. Cette nouvelle approche, qui tranche avec la posture à laquelle certains partenaires s’étaient habitués, a pu surprendre au départ.
Je me réjouis cependant que les pays amis et sincères ont saisi la légitimité voire la nécessité de cette évolution dans les rapports.
Il est maintenant derrière nous le temps où les décisions de nos Etats étaient prises en fonction des intérêts d’autres. Il est désormais derrière nous le temps où nos Etats étaient contraints d’accepter des « soutiens techniques », des « assistances humanitaires », des « aides au développement » qui ne visaient qu’un seul objectif, notre maintien sous dépendance, ou même notre maintien sous domination avec son corollaire de condescendance et de néocolonialisme.
Lorsque nos pays se sont affranchis de certains partenariats toxiques, beaucoup avaient prédit le pire, à savoir un embrasement complet de la situation, l’escalade exponentielle de l’insécurité et l’effondrement de nos Etats. Près de deux ans après le départ des Forces Barkhane et Takuba, le Mali est plus que jamais debout et libre, je dirai même libéré. Ce n’est certainement pas le fait d’un heureux hasard si les vaillantes Forces maliennes ont repris le contrôle de la Région et de la ville de Kidal, réussissant ainsi une prouesse que 10 ans de présence internationale n’ont pas permis.
J’en profite pour saluer à nouveau l’engagement sans faille des FAMa dans leur mission régalienne de sécuriser les populations et les biens et de restaurer la présence et l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national.
Je réitère également notre gratitude aux Autorités du Burkina et du Niger qui ont spontanément et instantanément exprimé publiquement leur présence aux côtés du Mali dans nos efforts de restauration de notre souveraineté. Je remercie aussi la Fédération de Russie qui a eu ce courage d’afficher officiellement son soutien au Mali en cette étape décisive dans la vie de notre nation.
• Excellences Madame et Monsieur les Ministres des Affaires étrangères ;
• Messieurs les Ministres ;
• Mesdames et Messieurs,
Je tiens à saluer les efforts courageux déployés par les trois États membres de notre Alliance. Le Burkina, le Mali et le Niger ont jeté les bases d'une coopération exemplaire ; ont tracé un chemin vers l'unité et la sécurité, sous le leadership éclairé de nos Chefs d'État,
Leurs orientations stratégiques nous guident dans cette quête pour l'indépendance économique, la sécurité régionale et le renforcement de nos liens séculaires.
Sous la bannière de l’Alliance des Etats du Sahel, nous sommes appelés à relever les défis qui se dressent devant nous, à préserver notre souveraineté et à bâtir un avenir plus fort et plus prospère pour nos peuples.
Aujourd'hui, nous nous devons de maintenir cet élan, de renforcer notre coopération, et de poursuivre la lutte pour la stabilité de nos régions.
Unis par notre détermination, nous pouvons faire reculer les ombres du passé et construire un avenir radieux pour nos populations. Nous sommes les architectes d'un avenir qui transcende les intérêts individuels au profit du bien commun.
Ensemble, en tant qu'États du Sahel, nous sommes plus forts et ensemble, nous pouvons forger un avenir qui brillera comme un exemple de coopération et de résilience. Nos FAMa ont une devise qui s’adapte parfaitement à la situation de l’AES et, je voudrais conclure affirmant avec force « Unis nous vaincrons ».
Je souhaite plein succès à nos travaux que je déclare ouverts.
Vive les Etats de l’AES !
Je vous remercie.