vendredi 17 avril 2026
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Procès de l’achat de l’avion présidentiel : Un enchevêtrement de responsabilités et de suspicions

Par Le Républicain 2,418 vues
Procès de l’achat de l’avion présidentiel : Un enchevêtrement de responsabilités et de suspicions

Le procès concernant l’achat controversé de l’avion présidentiel de l’ancien Président du Mali feu Ibrahim Boubacar Kéîta, qui s'est intensifié ces derniers jours, met en lumière des zones d’ombre dans la gestion des finances publiques au sommet de l’État. Plusieurs personnalités de haut rang, dont Mme Bouaré Fily Sissoko, ancienne ministre des Finances, et Boubacar Ben Bouillé Haidara, ancien Directeur Général du Trésor, ont été appelées à témoigner sur des transactions financières pour le moins opaques.

Témoignages clés : entre justifications et accusations

Le témoignage de Boubacar Ben Bouillé Haidara, le 30 septembre 2024, a marqué un tournant dans ce procès. Appelé à s’expliquer sur le décaissement de 15 milliards de francs CFA, l’ancien Directeur du Trésor a présenté des lettres du ministère de l’Économie et des Finances, mais n’a pas pu fournir de pièces justificatives essentielles, telles que les factures. Cette absence de documents a suscité la frustration des conseillers de la cour. « Des preuves tangibles sont indispensables pour éclaircir les échanges financiers », a insisté un membre de la cour. Ce même jour, le ministère public a demandé l’introduction de nouvelles charges, notamment pour « association de malfaiteurs » et « coalition contre la loi », ce qui a suscité la colère de la défense, accusant le parquet de vouloir prolonger inutilement les débats.

Le 27 septembre 2024, Mme Bouaré Fily Sissoko, ancienne ministre des Finances, a également été interrogée sur la gestion des équipements militaires et le rôle qu’elle a joué dans la signature d'un protocole avec la société GUO Star, d'un montant de 69 milliards de FCFA. Elle a confirmé qu'une partie des fonds avait été débloquée, bien qu'elle ait pris soin de se distancier des négociations sur les prix. Selon elle, le Mali avait accepté une marge bénéficiaire de 10 à 15 %, bien que les prix des fournitures militaires, libéralisés depuis 1986, soient difficiles à vérifier. Le rapport du Bureau du Vérificateur Général a cependant relevé des suspicions de surfacturation, pointant par exemple des gilets pare-balles facturés à 650 000 FCFA, alors que leur coût en usine ne serait que de 250 000 FCFA.

Des contradictions autour d'une transaction de 15 milliards de FCFA

Au cœur du procès se trouve une mystérieuse transaction de 15 milliards de FCFA, effectuée sans autorisation claire. Lors de l’audience du 26 septembre, la cour a demandé au Directeur National du Trésor de fournir des preuves supplémentaires, notamment une lettre d’autorisation, des factures et un bordereau de réception de l’avion. Les réponses hésitantes du Directeur du Trésor ont laissé planer des doutes sur la légitimité de cette somme.

Mme Bouaré Fily Sissoko a réfuté toute responsabilité dans ce paiement, affirmant que les documents avaient été régularisés après coup. Lors de son audition, elle a fait preuve de sérénité en expliquant qu'elle avait agi sous les instructions de sa hiérarchie. « Tout ce que je sais, c’est que l’avion est ici, au Mali, et qu’il continue à servir le pays », a-t-elle déclaré.

Un avion aux coûts contestés

Le coût réel de l’acquisition de l’avion présidentiel est également sujet à controverse. Selon Mme Bouaré, l’avion a été acheté pour 18 milliards de FCFA, mais d’autres sources évoquent un coût de 7 milliards de FCFA. Cette différence soulève de sérieux doutes sur la transparence de l’opération. D’autres irrégularités ont également été relevées, notamment l’immatriculation de l’avion à Anguilla, et non au Mali, comme l'a souligné le procureur général.

Un procès révélateur des pratiques de gouvernance

Ce procès met en lumière les failles dans la gestion des ressources publiques au Mali. Les confrontations tendues entre les témoins, les accusations de surfacturation et les absences de justificatifs soulignent un manque de rigueur dans les processus de décision au sein de l’administration. « Qui a ordonné le versement des 15 milliards de FCFA et sur quelle base ? » reste la question clé, tandis que la cour attend toujours les preuves promises.

Le procès continue de captiver l’attention du public, dans un contexte où la responsabilité des fonctionnaires face aux injonctions de leurs supérieurs est de plus en plus scrutée. Mme Bouaré, qui a déjà passé trois ans en détention provisoire, a exprimé sa détermination à prouver son innocence, refusant de verser une caution pour obtenir sa libération conditionnelle.

Les audiences prévues pour les prochains jours pourraient apporter des éclaircissements cruciaux sur les responsabilités des différents acteurs impliqués dans cette affaire. Les regards se tournent désormais vers les documents manquants, qui pourraient bien déterminer l’issue de ce procès.

Madiassa Kaba Diakité

 

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