APPEL NATIONAL: LE DJOLIBA EN DANGER, UN SURSAUT COLLECTIF EST VITAL
Citoyennes, citoyens, leaders communautaires et religieux, autorités publiques et législateurs, acteurs de la société civile,
Le fleuve Niger localement appelé le Djoliba n’est pas un simple ruban d’eau. Il est la mémoire vivante de notre peuple, le souffle discret de Bamako, l’artère nourricière du Mali tout entier. Il abreuve nos cultures, rythme nos traditions, inspire nos artisans, guide nos pêcheurs Bozos depuis des générations.
Et pourtant, ce fleuve sacré est aujourd’hui menacé de silence.
Chaque sac-poubelle abandonné, chaque effluent toxique rejeté, chaque opération de dragage incontrôlée est une blessure infligée à ce symbole du Mali. Les berges s’effondrent. L’eau s’asphyxie. Les poissons disparaissent. Les maladies s’installent. Ce n’est pas seulement l’écosystème que nous détruisons, c’est une part de notre identité, un legs dont nous sommes en train de priver nos enfants. Mais il est encore temps.
Encore temps de s’unir, encore temps d’agir…
À vous, citoyennes et citoyens :
Vous êtes les premiers gardiens du fleuve. Chaque geste compte. Refusez de jeter vos déchets près ou dans le fleuve. Participez aux journées de nettoyage.
Parlez-en autour de vous. Éduquez, alertez, montrez l’exemple.
Le fleuve n’est pas une décharge, il est notre source de vie.
À vous, leaders religieux, coutumiers, communautaires :
Votre voix porte dans les coeurs. Dans vos prêches, dans vos cérémonies, dans vos rassemblements : rappelez que préserver le fleuve, c’est honorer la Création, c’est protéger le bien commun.
Aux artisans de l’indigo, aux pêcheurs et aux orpailleurs :
Vous vivez du fleuve depuis des générations. Vous en êtes les témoins et les sentinelles. Ralliez-vous à cet appel. Exigeons des pratiques durables. Proposons des solutions concrètes.
Les lavoirs à indigo, essentiels à votre art et à votre culture, peuvent être modernisés grâce à des partenariats public-privé, intégrant des systèmes efficaces de traitement des effluents. Les techniques d’extraction peuvent être améliorées, tout en préservant les savoir-faire ancestraux qui font la richesse de vos communautés.
À la société civile, aux ONG, aux associations :
Faites entendre votre voix. Lancez des campagnes ciblées, ancrées dans les réalités locales. Impliquez les jeunes, les femmes, les écoles, les artistes. Fédérons les énergies, construisons des alliances durables, portons ensemble un message fort :
le fleuve Niger doit vivre.
Aux autorités publiques et aux législateurs :
Il est urgent de faire de la protection du fleuve Niger une priorité nationale. Nous appelons à l’adoption d’une loi spéciale dédiée à sa sauvegarde :
Une loi qui encadre le dragage, interdit les constructions anarchiques en bordure, réglemente les rejets polluants, et sanctionne sévèrement les comportements relevant de l’incivisme écologique.
Cette loi doit s’accompagner d’investissements dans des infrastructures modernes de traitement des déchets et des eaux usées, ainsi que de la création de moyens concrets pour son application : appui renforcé aux collectivités locales, à la police environnementale et aux agents des Eaux et Forêts.
Renforcez les contrôles sur le terrain. Appliquez les sanctions avec rigueur. Et inscrivez la préservation du fleuve dans toutes les politiques publiques, au même titre que la santé, l’éducation ou la sécurité.
Car sans fleuve vivant, il n’y a ni ville viable, ni avenir durable.
Un serment collectif pour demain
Protéger le fleuve Niger, c’est défendre notre dignité.
C’est garantir à nos enfants une eau claire, un climat respirable, une culture vivante.
C’est faire de Bamako une ville durable, belle et respectueuse de ses racines.
Le fleuve nous parle. Écoutons-le avant qu’il ne se taise.
Le Grain