L’Eau du fleuve Niger a jauni : Ouf de soulagement après la corvée d’eau ?
Plus une seule goutte d’eau n’a coulé dans les foyers. Trouver de l’eau potable pour boire est devenu un luxe ; alors se laver, n’en parlons même pas ! Plusieurs quartiers ont passé 72 heures sans eau à cause de la situation de jaunissement de l’eau du fleuve Niger qui est traité et mise à distribution par la Somagep SA. Aujourd’hui, la situation est plus ou moins revenue à la normale.
Trois jours, c’est le temps mis par certains quartiers sans voir la couleur de l’eau dans les robinets. En cause : une pollution visible et inquiétante du fleuve Niger, dont la couleur est devenue jaunâtre. En amont de la capitale, les activités de dragage liées à l’exploitation artisanale de l’or ont été identifiées comme la cause probable de cette altération préoccupante. Pour prévenir les risques sanitaires, la Société Malienne de Gestion de l’Eau Potable (SOMAGEP SA) a décidé de suspendre temporairement la distribution d’eau dans plusieurs zones, le temps de traiter convenablement cette eau désormais « contaminée ».
Cette coupure a transformé le quotidien de milliers de familles en un véritable parcours du combattant. Dans les rues des quartiers touchés comme Faladié, Sirakoro Meguetana, Baco Djicoroni, Yirimadio ou encore Niamana, la corvée d’eau est redevenue la norme. Seaux, bidons, fûts, bassines… tous les récipients ont été réquisitionnés. Les points d’eau accessibles, souvent rares et éloignés, ont vu se former de longues files d’attente dès l’aube. Des femmes, des enfants, des hommes même, ont attendu parfois pendant des heures pour remplir quelques bidons.
Les réserves d’eaux épuisées
« On n’a plus une seule goutte d’eau à la maison. Les réserves sont épuisées. Trouver de l’eau potable pour boire est devenu un luxe, alors se laver, n’en parlons pas ! », a martélé Aissata, résidente à Baco-Djicoroni. Et de sourire « Après cette étape, l’eau est de retour. Je me félicite de la qualité de l’eau après 3 jours de corvée d’eau ».
Dans certaines familles, les gestes les plus élémentaires de l’hygiène quotidienne ont été relégués au second plan. Se laver est devenu exceptionnel, laver les habits a été un projet reporté. Même les plus coquets, habitués à prendre deux, trois douches par jour, se sont contentés désormais d’un simple rinçage… quand l’eau était disponible. Les vêtements sales se sont entassés, faute de pouvoir les nettoyer.
Si certains citoyens ont compris la décision de la SOMAGEP de ne distribuer que de l’eau traitée, d’autres n’ont pas caché leur indignation. Beaucoup ont dénoncé l’inaction des autorités face aux multiples alertes concernant les activités minières illégales sur le fleuve. Ces pratiques de dragage, souvent menées par des sociétés ou individus sans scrupules.
Fleuve Falémé aussi
Le Niger, fleuve nourricier et emblème de la vie au Mali, a été mis en danger. Sa couleur jaunâtre, visible à l’œil nu, a lancé un cri d’alerte écologique. La pollution menace non seulement la santé des populations, mais aussi les écosystèmes aquatiques, l’agriculture et la pêche fluviale.
Le même phénomène a été constaté du côté du fleuve Falémé, dans la région de Kayes. Là-bas, c’est le comble. Malgré les alertes des populations depuis des années, le gouvernement n’a pas pris de mesures sérieuses pour protéger ce fleuve.
A cette allure, les autorités sanitaires et les laboratoires doivent lancer des analyses sur les eaux consommés des deux fleuves et sur leurs impacts sanitaires chez les consommateurs.
En attendant, la solution est toute simple : interdiction formelle des activités minières pouvant conduire à polluer l’eau des deux fleuves. La survie et le bien être des populations en dépendent. Au-delà de la coupure actuelle, c’est la souveraineté hydrique du pays qui est mise en jeu.
Djibril Diallo