Mali : Une nouvelle alliance de leaders religieux et traditionnels contre le mariage d'enfants
Une nouvelle force est née au Mali : une union nationale de chefs religieux et de figures traditionnelles qui se dressent ensemble contre le mariage des enfants. Cette initiative a été annoncée par Avocats Sans Frontières Canada (ASF Canada), en collaboration avec Women in Law and Development in Africa Mali (WILDAF-Mali) et l'Association pour la Promotion et la Défense des Droits des Femmes (APDF). C'est le résultat d'un atelier qui s'est tenu à l'Azalaï Hotel de Bamako les 28 et 29 juillet 2025.
L'objectif principal de cette alliance est de mobiliser les autorités religieuses et coutumières pour combattre activement le mariage des enfants, une pratique malheureusement encore très courante au Mali. Les chiffres du Child Marriage Data Portal (2024) montrent que le Mali est l'un des pays d'Afrique subsaharienne les plus touchés : plus de la moitié des femmes entre 20 et 25 ans ont été mariées avant leur 18e anniversaire, et une part importante avant l'âge de 15 ans.
Malgré les promesses faites dans le cadre de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant et du Protocole de Maputo, la loi malienne sur les personnes et la famille autorise encore le mariage des filles dès 16 ans, et même plus jeunes avec l'accord des parents ou une autorisation d'un juge.
Un atelier pour élaborer des actions concrètes
L'atelier, financé par le projet Justice et Paix au Mali (JUPAX) avec le soutien d'Affaires mondiales Canada, a rassemblé une vingtaine de chefs religieux et traditionnels des régions de Ségou, Sikasso, Mopti, Gao, Tombouctou et Bamako. Ils ont appris les conséquences graves du mariage des enfants sur les plans juridique, social et de la santé. Après ces formations, ils ont créé des plans d'action pour leurs régions et mis en place un groupe de suivi sur WhatsApp pour rester connectés.
En parallèle, une réunion a rassemblé des représentants des ministères concernés (Affaires Religieuses, Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Justice et Droits de l’Homme), du Haut Conseil Islamique et d'organisations de la société civile. Ils ont fait des suggestions précises pour renforcer les systèmes d'alerte dans les villages, améliorer l'application des lois et mieux protéger les jeunes filles en danger.
Pourquoi les chefs religieux et coutumiers sont-ils si importants?
Ces leaders ont une grande influence morale dans leurs communautés. Leur rôle est essentiel pour changer les habitudes et les idées religieuses qui encouragent le mariage des enfants. En les impliquant dans ce combat, le groupe ASF Canada – WILDAF – APDF espère transformer ces figures respectées en une force puissante contre cette pratique profondément ancrée.
Vers une meilleure protection des jeunes filles
L'un des résultats les plus importants de l'atelier est la création d'un groupe de pilotage et d'un espace de discussion en ligne (WhatsApp) pour suivre les engagements pris. L'objectif est de s'assurer que les actions continuent et que les différents acteurs restent en contact après l'événement de Bamako.
ASF Canada travaille depuis plus de 20 ans à aider les personnes vulnérables à accéder à la justice dans le respect des droits humains. Le projet JUPAX (2021-2025), soutenu par Affaires mondiales Canada, vise à donner aux femmes et aux filles les moyens de faire respecter leurs droits, en mettant l'accent sur la justice, l'égalité entre les sexes, la réconciliation et la paix au Mali.
Cette nouvelle alliance représente un grand pas en avant vers l'élimination du mariage des enfants au Mali, en utilisant l'influence et le pouvoir moral des leaders de la communauté.
Fanta Diop/Malijet.com