samedi 21 février 2026
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Lutte contre l’esclavage au Mali : des avancées majeures malgré les défis

Par Malijet 1,617 vues
Lutte contre l’esclavage au Mali : des avancées majeures malgré les défis

L'Hôtel Dunia a accueilli ce 28 août la conférence de présentation à mi-parcours du projet MLI/23/03. Œuvré par l'Organisation internationale du Travail (OIT), ce projet a enregistré des résultats notables dans la lutte contre l'esclavage par ascendance au Mali, touchant déjà plus de 1 300 victimes, dont 615 femmes.

Une lutte contre une forme de marginalisation extrême
Le projet s'inscrit dans les priorités nationales et internationales de justice sociale et de respect des droits humains. Il cible un phénomène encore tabou et s'aligne sur les stratégies des Nations Unies, notamment sur la protection de l'État de droit et le programme décennal pour le développement de la justice (PRODEJ). Appuyé par une coalition d'acteurs, dont la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) et l'ONG Temedt, le projet vise à faire reculer cette forme d'exploitation qui prive des milliers de personnes de leurs droits fondamentaux.

Sensibiliser, former, mobiliser
Depuis son lancement, l'initiative a bénéficié à plus de 1 300 personnes. La stratégie de sensibilisation a été large, avec 90 émissions de radio, des ateliers en milieu scolaire et des formations pour les médias, ouvrant ainsi le débat dans des régions où le silence et la peur prévalaient. Une enquête révèle que 86 % des personnes interrogées ont pris conscience des conséquences de l'esclavage, avec une évolution notable des mentalités, y compris dans des zones historiquement réfractaires.

Progrès juridiques et premières victoires
Bien que la loi criminalisant explicitement l'esclavage ne soit pas encore adoptée, des avancées juridiques importantes ont été enregistrées. Le terme "esclavage" est désormais mentionné explicitement dans le nouveau code pénal et le code de procédure pénale.

Entre 2023 et 2024, 53 affaires judiciaires liées à des cas d'esclavage ont été portées devant les tribunaux, conduisant à des décisions historiques, notamment la restitution de terres à des victimes à Diéma. Pour renforcer l'accès au droit, trois nouvelles cliniques para-juridiques ont été créées. Un symposium a également réuni 27 juges de différentes régions pour les former à la gestion de ce type de dossiers.

Des vies transformées, des bases solides pour l'avenir
Selon Boubacar Cissé, le manager du projet, des femmes autrefois marginalisées ont maintenant accès à des services juridiques, à des activités génératrices de revenus et participent activement à la vie communautaire. Le projet a également permis l'obtention d'actes de naissance pour 200 enfants, leur ouvrant ainsi la voie à l'éducation.

Malgré ces avancées, des défis majeurs persistent, tels que l'insécurité dans certaines zones, les résistances socioculturelles, les spoliations foncières et les déplacements de près de 2 000 victimes.

L'évaluation à mi-parcours insiste sur la durabilité du changement engagé, soulignant l'implication croissante des institutions, de la société civile et des leaders traditionnels. « Ce projet ne se contente pas d’assister les victimes, il change les mentalités et les rapports de pouvoir », a déclaré un consultant principal de l'évaluation.

Avec des résultats prometteurs et une approche qui pourrait inspirer d'autres pays du Sahel, le projet, qui prendra fin le 31 août, pourrait marquer un tournant historique dans la lutte contre l'esclavage au Mali.

Faits et chiffres clés (2023-2025) :

-1 300 bénéficiaires directs.

-53 affaires judiciaires engagées.

-90 émissions de radio produites et diffusées.

-200 enfants scolarisés grâce à l’obtention d’actes de naissance.

-3 nouvelles cliniques para-juridiques créées (Kayes, Mopti, Ansongo).

Fanta Diop/Stagiaire

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