[Bonnes feuilles] "Afrique Adieu", un agent de la DGSE balance sur les dessous de la France-Afrique
Dans « Afrique Adieu. Mémoires d'un officier du secteur Afrique noire de la DGSE » (Mareuil Éditions), Jean-Pierre Augé dévoile, au travers du récit de sa carrière d'agent des services spéciaux, l'action secrète de la France sur le continent africain. Manipulations, réseaux parallèles, valises de billets, perte d'influence française, le militaire raconte tout. Quitte à déranger. Extraits exclusifs.
Il fallait bien quelqu’un pour tenir le rôle de paratonnerre. Bernard Émié, à la tête de la Direction générale de la Sécurité extérieur (DGSE) de 2017 à janvier 2024, était tout désigné pour l’incarner. Les différents coups d’États en Afrique de l’Ouest ou l’incapacité pour les services français de prévoir l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, contrairement à la CIA, ont mis Emmanuel Macron dans tous ses états. Les succès de l’ambassadeur contre le terrorisme ou la qualité des informations sur la mutinerie de Prigojine, le patron de Wagner, contre Poutine, ne lui auront pas permis d’éviter les foudres jupitériennes.
Pour autant, le maître espion Émié est-il vraiment le seul responsable ? Rien n’est moins sûr à la lecture du livre de Jean-Pierre Augé Afrique Adieu à paraître le 4 avril aux éditions Mareuil. Au fil des 335 pages qui reviennent sur le parcours de cet agent secret de la DGSE, militaire et homme de terrain qui finira sa carrière comme chef du secteur Afrique noire « SR/N », la France semble depuis longtemps s’être condamnée à une certaine cécité en matière de renseignement sur le continent africain. Longtemps l’un des terrains privilégiés de la DGSE, les affaires africaines ont peu à peu été abandonnées. Plusieurs raisons à cela selon lui.
D'abord, le goût trop prononcé de certains hommes politiques pour les réseaux parallèles et concurrents à la DGSE : « Jacques Foccart est incontestablement le maître d’œuvre de cette politique déviante de « trouble coopération » qui brouilla la vocation même de la France-Afrique (…) telle que souhaitée par de Gaulle », écrit l'ancien officier traitant.
Un poids dont on comprend mieux l’intérêt à l’occasion de cette anecdote rapportée par Jean-Pierre Augé : alors jeune agent soucieux de rendre compte de tout ce qu’il observe, il se fera sérieusement tancer pour avoir signalé les tribulations de « l’émissaire d’un candidat à la magistrature suprême », lors de la campagne présidentielle de 1995, pour faire appel à la « générosité de certains chefs d’États africains du pré carré, piliers de la France-Afrique ». Heureusement pour lui (et sa carrière), « le bénéficiaire de ses largesses n’est finalement pas élu ».