La CEDEAO prépare un fonds fiduciaire pour sécuriser les transactions énergétiques
Avec une demande électrique croissant de 6 % par an et de fortes disparités entre pays, le marché sous-régional représente une solution crédible. Toutefois, les relations commerciales bilatérales en matière d’échange d’électricité, entravées par des dysfonctionnements d’approvisionnement et des retards de paiement, ont refroidi les ardeurs.
A Lomé, dans le cadre du premier Sommet de la Coopération énergétique en Afrique de l’Ouest (WA-ECS) ouvert le mardi 3 décembre, les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont confirmé leur intention de créer un fonds fiduciaire destiné à sécuriser les transactions énergétiques transfrontalières. Ce projet, en discussion depuis 2020 avec la Banque mondiale, devrait permettre de lever un des principaux obstacles au développement d’un marché régional intégré de l’électricité : les problèmes chroniques de paiement.
Ce projet se justifie par des difficultés récurrentes dans la sous-région, comme l’a souligné Kwawu Mensan Gaba, Directeur sectoriel Energie Afrique de l'Ouest de la Banque mondiale. Par exemple, le Nigeria, principal fournisseur d’électricité pour plusieurs de ses voisins, dont le Togo, le Bénin et le Niger, a récemment exprimé ses frustrations face à l’accumulation d’arriérés de paiement. En août 2024, la Commission nigériane de Régulation de l'Électricité (NERC) dénonçait les dettes significatives de ces pays. Ainsi, le Bénin devait 3,15 millions de dollars à Para-SBEE et 4,46 millions de dollars à Transcorp-SBEE, tandis que le Niger affichait une dette de 1,21 million de dollars envers Mainstream-NIGELEC. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire, fournisseur net d’électricité dans la région, a également signalé des cas récurrents de non-paiement, ce qui fragilise les finances des entreprises énergétiques.
Ces tensions financières ont un impact direct sur la capacité des fournisseurs à investir dans l’entretien et l’expansion des infrastructures énergétiques, ce qui ralentit les ambitions régionales de construire un marché énergétique intégré.
Un commerce régional au ralenti
Actuellement, les échanges transfrontaliers d’électricité en Afrique de l’Ouest représentent moins de 10 % de l’offre totale, un chiffre bien en deçà des attentes pour une région qui travaille depuis deux décennies à bâtir un marché énergétique commun.
« Ce niveau est largement insuffisant pour répondre aux besoins croissants de nos populations et atteindre nos objectifs d’intégration régionale », a déploré Sediko Douka, Commissaire chargé de l’Énergie et des Mines de la CEDEAO, lors de son intervention. Il a ajouté que la mise en place d’un fonds fiduciaire est essentielle pour rassurer les fournisseurs et garantir une transition énergétique durable dans la région. « L’objectif est de créer un environnement où l’acheteur paie à échéance et où le producteur garantit la qualité et la disponibilité du service », a précisé M. Douka.
Un levier pour rassurer les investisseurs
Le fonds fiduciaire doit donc répondre à une double ambition : garantir aux producteurs d’énergie le paiement des factures et attirer davantage d’investissements privés dans un secteur vital pour la région. Et pour cela, à Abuja (siège de la CEDEAO, Ndlr), on compte notamment sur les banques commerciales pour définir les modalités de ce mécanisme.
Selon la CEDEAO, ce fonds pourrait aider à débloquer les projets structurants de son plan directeur des infrastructures énergétiques 2019-2033, adopté depuis 2018 par les chefs d’Etat. Dans les cartons de la CEDEAO : 75 projets pour électrifier l’Afrique de l’Ouest. Objectif ? Injecter 16 000 MW supplémentaires dans les réseaux et tisser 23 000 kilomètres de lignes d’interconnexion. Pas moins de 70 % de la production attendue viendront des énergies renouvelables, l’hydroélectricité en tête, épaulée par le gaz naturel, une énergie de transition, a insisté le commissaire. 5 milliards $ ont déjà été injectés dans le réseau depuis 2020, ont indiqué des sources.
Un défi colossal pour la région
La mise en place d’un tel mécanisme est annoncée alors que la moitié de la population ouest-africaine reste sans accès à l’électricité. La région devra mobiliser environ 30 milliards de dollars d’ici 2030 pour moderniser ses infrastructures et intégrer davantage d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.