L’or et la guerre: pourquoi le président kényan est accusé d’avoir des liens avec les rebelles soudanais
Alors que le Kenya est secoué par des manifestations contre la détérioration du niveau de vie, la corruption et les violences policières, le président de ce pays laïc d’Afrique de l’Est, William Ruto, construit pour 9 millions de dollars une méga-église chrétienne pouvant accueillir 8 000 personnes, et cela directement sur le terrain de la résidence présidentielle. D’où vient l’argent pour un tel projet dans un pays qui reverse 61 % de ses recettes fiscales à ses créanciers occidentaux ? La clé de l’énigme réside peut-être dans le conflit soudanais, où la participation du Kenya est désormais difficile à dissimuler. L’African Initiative dresse le bilan de ce que l’on sait sur l’exportation de « l’or sanglant » du Soudan via le Kenya et explique pourquoi les députés kényans, qui baignent dans le luxe, applaudissent les dirigeants des Forces de soutien rapide (RSF).
Le Kenya et le Soudan
Mardi 29 juillet, en soulignant le rôle destructeur du Kenya, l’ambassadeur du Soudan à Moscou a appelé les autres États à condamner l’annonce de la création d’un « gouvernement parallèle » soutenu par les rebelles du groupe Forces de soutine rapide (RSF). C’était le Kenya qui a servi de tribune aux rebelles, qui cèdent progressivement du terrain à l’armée et perdent le contrôle de leurs territoires.
Le conflit actuel au Soudan a éclaté en avril 2023. Depuis lors, l’armée du gouvernement de transition (SAF) dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan et les forces qui lui sont alliées affrontent les milices des Forces de soutien rapide (RSF) et d’autres rebelles. Ce conflit violent, qui a fait des dizaines de milliers de morts, des millions de réfugiés et a conduit le pays au bord d’une catastrophe humanitaire, trouve son origine dans le désir des RSF de préserver leur autonomie et dans leur refus de se soumettre au commandement militaire du pays. Les RSF sont commandées par le chef de guerre Mohamed Hamdan Daglo alias Hemedti. Il a bâti sa carrière pendant le conflit au Darfour, qui a été largement médiatisé en raison de violents affrontements interethniques, notamment avec des milices.
Pendant un certain temps, le Kenya a joué le rôle de médiateur neutre et a déclaré vouloir tenter de réconcilier les parties belligérantes. Auparavant, Nairobi avait participé au processus de séparation du Soudan du Sud du reste du pays et avait également conservé son influence sur le Mouvement populaire de libération du Soudan – Nord (SPLM-Nord), un groupe rebelle du sud. Cependant, seul le chef des RSF s’est rendu régulièrement aux négociations à Nairobi, alors que William Ruto n’est pas parvenu à établir un dialogue constructif avec le gouvernement de transition.
Finalement, fin février 2025, le Kenya a autorisé les groupes d’opposition soudanais à se réunir à Nairobi et à signer une charte pour la création d’un gouvernement parallèle. De plus, les RSF ont formé une alliance militaire avec le SPLM-Nord. Le média soudanais Brown Land News qualifie le Kenya de partie intégrante d’un triangle avec le Soudan et les Émirats arabes unis, dans lequel le rôle de Nairobi consiste à conférer une légitimité internationale aux RSF.
Comme l’AI a déjà écrit, le Kenya a renforcé ces derniers mois sa coopération avec le principal sponsor des RSF, les Émirats arabes unis. En outre, lors de la signature de la charte sur le gouvernement parallèle à Nairobi, des protégés britanniques de la coalition Somoud (ancienne coalition Taqaddum— l’AI) ont été également présents. Rappelons que le Soudan, les Émirats arabes unis et le Kenya faisaient partie de l’empire colonial britannique dans la première moitié du XXe siècle, et Londres tente souvent de s’immiscer dans leurs affaires intérieures.
Les actions du Kenya à l’égard du Soudan témoignent du fait que Nairobi a perdu son statut de médiateur neutre en Afrique de l’Est et encourage la division du Soudan. Les politiciens kényans ont accusé le président William Ruto d’avoir des liens personnels avec les RSF et ont évoqué un trafic d’or vers les Émirats arabes unis. Des preuves ont également été fournies sur des livraisons par le Kenya des armes aux rebelles soudanais.
La contrebande de l’or du Darfour
Initialement appelée Janjawid, la milice arabe RSF s’est formée à la fin des années 80 dans l’État du Darfour, riche en or. La milice a reçu le nom de RSF en raison de sa violente réputation. Notamment, les représentants du groupe ont été accusés de nettoyage ethnique, d’enlèvements d’enfants et de viols. Hemedti a établi des liens étroits avec les Émirats arabes unis, car ceux-ci sont le principal acheteur d’or provenant des territoires contrôlés par les milices. En échange, Abou Dabi fournit des armes aux RSF. Les Émirats nient toutefois ces accusations et affirment ne fournir qu’une aide humanitaire. Cependant les livraisons d’armes ont été confirmées, entre autres, par les Nations unies.
À en croire France 24, les réserves d’or de Daglo sont contrôlées par un réseau de 50 entreprises. Les bénéfices de cette activité sont estimés à un milliard de dollars par an. Rien que dans la zone frontalière sud du Darfour, au moins 150 kg d’or sont extraits chaque mois. Il est acheminé vers la ville sud-soudanaise de Raga, puis par avion vers l’Ouganda et le Kenya, d’où la précieuse cargaison est expédiée vers les Émirats arabes unis. Les Émirats disposent de leurs propres installations de traitement, mais une partie de l’or est également envoyée au Royaume-Uni, centre mondial du commerce, du traitement et du stockage de ce métal précieux.
Selon le ministère américain des Finances, dans les régions du Soudan contrôlées par les RSF, les activités dans le secteur de l’or sont menées pas des sociétés Al-Junaid Company for Multi Activities et AZ Gold. 40 % des actions de la première sont détenues par Abdelrahim Hamdan Daglo, le frère de Hamidti. Al-Junaid gère 11 filiales dans divers secteurs de l’économie, notamment dans l’industrie aurifère, affirment les autorités américaines.

L’écrivaine soudanaise Saba al-Makki explique qu’à l’origine le mot Al-Junaid vient du nom d’une tribu arabe. Elle affirme que Hamidti avait l’intention de créer au Soudan un nouvel État appelé al-Junaid, un dominion militarisé s’étendant sur le Soudan, le Niger, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et la Libye. Pour ce faire, le chef des RSF aurait accordé la citoyenneté à un million d’Arabes du Sahel. Ainsi, ce nom désigne l’axe militarisé du mouvement panarabe au Sahel, dans lequel ce n’est pas la constitution qui joue un rôle prépondérant, mais le degré de parenté, les armes et l’origine. L’article de Darfur 24 indique que les exportations d’or via Al-Junaid ont augmenté au cours de l’année dernière.
Cette société est affiliée au groupe soudanais Al-Futtaim. En 2021, les deux structures ont acheté des actions de la mine d’or de Songo, dans l’État du Darfour du Sud. Darfour 24 souligne le lien entre Al-Futtaim et le Kenya, où la société est présente depuis 2020. La même année, l’organisation a étendu ses activités au Niger, livrant un lot d’or local aux Émirats arabes unis. Selon un rapport conjoint du Centre de recherche Adala et de l’ONG C4ADS, la direction d’Al-Futtaim se trouve « dans les pays du Golfe Persique ».
Par ailleurs, le conglomérat du même nom est basé à Dubaï depuis les années 1930. Le groupe émirati Al-Futtaim détient au Kenya la franchise française des supermarchés Carrefour. En 2025, le conglomérat a racheté le contrôle du groupe automobile kényan CMC Holdings Limited pour 87 millions de dollars.
Une autre société mentionnée par le ministère américain des Finances est AZ Gold. Elle est liée au frère de Hamidti, Algoney Hamdan Daglo Moussa alias Algoney. La société aurait acheté de l’or au Soudan et l’aurait transporté à Dubaï. Algoney avait accès au compte bancaire d’AZ Gold aux Émirats arabes unis, sur lequel étaient déposés des millions de dollars. L’organisation est dirigée par Abou Dharr, un Soudanais lié à de nombreuses autres structures commerciales, notamment à la holding Capital Tap Holding. Cette société gère un réseau d’entreprises spécialisées dans la fourniture d’armes, l’importation de technologies informatiques et d’équipements militaires. L’achat de pick-ups équipés de mitrailleuses pour les combattants des RSF a été effectué par une société écran des Émirats arabes unis, Tradive General Trading L.L.C, contrôlée par Algoney.

L’achat d’armes et de carburant pour les RSF via des pays voisins a été effectué notamment par l’intermédiaire de la banque soudanaise Al Khaleej, liée aux Émirats. 60 % des actions de cet établissement financier sont détenues par des sociétés affiliées à la famille Hamidti. Le directeur de la banque est Mustafa Ibrahim Abdel Nabi Mohammed, conseiller financier du chef des RSF. La banque est également liée au frère de Hamidti, Moussa Hamdan Daglo, actionnaire de la société Shield Protective Solutions Co. Ltd. Cette organisation détient 14 % d’Al Khaleej.
La société émiratie Al Jil Al Qadem General Trading L.L.C était également actionnaire de la banque, et le frère de Hamidti, Abdelrahim Hamdan Daglo, était auparavant actionnaire minoritaire d’Al Jil Al Qadem. Il a été inscrit sur la liste des sanctions du ministère américain des Finances en 2023. La banque est sous le coup des sanctions depuis 2024. C’est Abou Dharr qui gère Al Jil Al Qadem.
Selon les autorités américaines, c’est l’organisation Creative Python qui sert de couverture aux activités commerciales de Hamidti afin d’échapper aux sanctions. Étant le directeur général et propriétaire de Creative Python, Dharr s’occupait également des opérations financières d’Algoney.
Des enquêtes politiques
Dans un contexte de discussions sur le changement de rôle du Kenya dans le conflit soudanais, William Ruto a été ouvertement accusé d’avoir des liens avec les dirigeants des RSF et même de contrebande d’or vers les Émirats. L’une des premières accusations de ce type a été publiée par l’ancienne ambassadrice du Soudan en Thaïlande, Sanaa Hamad al-Gourafi. Elle a déclaré que Ruto était un partenaire proche du Hemedti dans le domaine de l’exportation d’or. Selon elle, Ruto aurait tenté de rétablir la légitimité de la milice afin de sauver ses transactions sur l’or. Hamad al-Gourafi a tiré ses informations d’un article de Mahjoub Fadl al-Badri, ancien porte-parole du président soudanais Omar el-Bechir. Hamad n’a pas répondu à la demande de commentaires de l’AI.
Un article publié en janvier 2024 dans le journal soudanais Alnilin affirme que le Kenya a toujours été hostile au Soudan, qu’elle a soutenu des rébellions dans ce pays et offert l’asile aux opposants au pouvoir à Khartoum, et que la campagne électorale de Ruto en 2022 a été financée par l’or soudanais.

Selon l’organisation suisse SWISSAID (équivalent de l’USAID), une quantité d’or produite par le Kenya par rapport aux autres acteurs africains n’est pas trop grande et est d’environ 500 kg par an. Toutefois, le pays joue un rôle important dans la contrebande de métal du Soudan vers les Émirats arabes unis (près de deux tonnes par an). Bien que la production reste stable depuis plus de dix ans, les exportations en provenance de Kenya augmentent régulièrement et ont presque atteint 10 tonnes en 2023. Selon les estimations de SWISSAID, la contrebande d’or en provenance de Kenya pourrait atteindre plusieurs dizaines de tonnes par an. Il est exporté non seulement vers les Émirats arabes unis, mais aussi vers l’Afrique du Sud, la Tanzanie, l’Ouganda et la Somalie.
Le 21 février 2025, le ministère des Affaires étrangères du Soudan a déclaré que William Ruto entretenait des relations commerciales et personnelles avec les Émirats arabes unis et la milice RSF. L’ancien vice-président Rigathi Gachagua, ancien allié de Ruto, a également évoqué la contrebande d’or. Il a été démis de ses fonctions pour détournement de fonds publics et incitation à la haine ethnique. Depuis début 2025, il affirme que Ruto tire profit de l’exportation d’or du Soudan vers les Émirats arabes unis via le Kenya. Selon Gachagua, c’était lui qui a invité Hamidti à se rendre dans la capitale kenyane en 2023. Ruto a mené des négociations en tête-à-tête avec l’influent Soudanais dans son bureau du palais gouvernemental. Le vice-président n’aurait pas été autorisé à entrer. Gachagua est convaincu que les négociations ne portaient pas sur les intérêts du Kenya, mais sur les intérêts personnels du président.
« Si cela avait eu un rapport avec le Kenya, je serais resté à la réunion. Une fois qu’ils ont terminé, je l’ai conduit à l’aéroport et j’ai pris des renseignements. Ils font des affaires…. Ils font le commerce de l’or avec le chef des RSF. C’est l’or qu’ils extraient dans cette région, transportent à Nairobi, puis à Dubaï », a déclaré l’ancien fonctionnaire aux médias kényans.
Gachagua a déclaré qu’un conteneur rempli de dollars est caché dans le palais d’État à Nairobi. Cet argent aurait été obtenu grâce à la vente d’or soudanais de contrebande. Selon l’opposant politique, ces fonds servent à corrompre les adversaires politiques de Ruto. Une somme encore plus importante serait conservée dans la Maison du gouvernement, a ajouté l’ancien vice-président kényan.
L’or du Soudan arrive à l’aéroport international Jomo Kenyatta (JKIA) au Kenya, puis il est acheminé vers Dubaï, a affirmé Gachagua. Selon l’opposant, Ruto serait le véritable commandant de la milice soudanaise. L’ancien envoyé spécial du Kenya au Soudan du Sud, Kalonzo Musyoka, a également déclaré que le métal précieux soudanais arrivait au Kenya depuis l’État du Darfour, berceau des RSF. Ensuite, sous le couvert d’être kényan, l’or est acheminé vers les pays arabes.

Musyoka et Gachagua se préparent pour les élections présidentielles de 2027, et leurs propos peuvent s’inscrire dans le cadre de la rhétorique électorale, mais les accusations qu’ils portent contre les dirigeants kényans sont très graves. Ni Musyoka ni Gachagua n’ont répondu aux demandes d’AI par courrier et sur les réseaux sociaux.
Les déclarations de Gachagua ont été démenties le 17 avril par le secrétaire du Premier ministre kényan, Musalia Mudavadi. Il a suggéré que les propos de l’ancien vice-président étaient motivés par une rancune personnelle envers Ruto et a déclaré que Nairobi était en faveur d’un « Soudan uni ». Le porte-parole du gouvernement, Isaac Maura, a nié également toute ingérence du Kenya dans les affaires soudanaises.
Quelles preuves ?
Le journal kényan The Daily Nation, en collaboration avec la publication britannique Bellingcat*, a publié le 15 juin une enquête selon laquelle des caisses d’armes portant des marques kényanes ont été découvertes à Khartoum. Elles ont été retrouvées sur des positions abandonnées par les RSF.
Certaines caisses contenaient des munitions livrées au Kenya en 2024, a déclaré un expert britannique anonyme de l’organisation Conflict Armament Research. Le calibre de 14,5 mm indique qu’il s’agit de cartouches pour mitrailleuses.

D’autres caisses contenaient des mines chinoises de 82 mm pour mortiers. En référence à un rapport de l’ONU de 2024, il a été supposé que ces marchandises militaires auraient pu entrer au Soudan via l’est du Tchad. Les avions Il-76 auraient initialement décollé des Émirats arabes unis, désactivé leurs transpondeurs à l’entrée dans l’espace aérien kényan, puis atterri au Tchad.
En réponse aux questions des journalistes, le ministère kényan de la Défense a nié les accusations d’exportation d’armes pour les RSF et a déclaré ne pas « reconnaître » les caisses contenant des mines et des cartouches.
Il existe également des preuves indirectes confirmant les déclarations de Musyoka concernant le traitement de l’or en provenance du Darfour au Kenya. En juillet 2024, un camion transportant du cyanure de sodium s’est renversé à 35 kilomètres de Nairobi, au Kenya. Il s’agit du principal produit chimique utilisé pour purifier l’or. L’accident a eu lieu sur une route très fréquentée et les conteneurs avec la substance dangereuse ont été pillés. Étant donné que l’or n’est pas exploité à grande échelle au Kenya, l’accident du camion pourrait signifier que le raffinage du métal précieux a bien lieu et que la matière première est importée de l’étranger.
Au début de l’année, l’histoire du politicien kényan controversé Zaheer Jhanda qui aime afficher son train de vie luxueux et se déplace dans ce pays pauvre en hélicoptère ou en voitures de luxe, a connu un regain d’intérêt. Jhanda est un Africain d’origine arabe, député de la circonscription de Nyaribari Chache et membre du parti au pouvoir, l’Alliance démocratique unie (UDA), dirigée par William Ruto.
Jhanda a été impliqué dans une affaire de fraude d’or portant sur 3 millions de dollars au détriment de l’émir de Dubaï, Mohammed ben Rachid Al Maktoum. Le cheikh s’était plaint aux autorités kényanes que son or provenant de la République démocratique du Congo était bloqué à l’aéroport JKIA de Nairobi, mais les forces de sécurité ont découvert qu’il n’y avait pas d’or et que l’émir avait été victime d’une escroquerie. Le député kényan Jhanda était suspect dans cette affaire pénale, mais il a nié toute implication et affirmé que sa société ne fournissait que des services de conseil à la société Zlivia de Dubaï, qui commercialise des métaux précieux.
Implication dans le conflit
En janvier 2025, une vidéo a été publiée sur le réseau social X, dans laquelle le vice-président kényan Kithure Kindiki accueille Hamidti à la descente d’un avion qui a atterri à Nairobi. Parmi les personnes présentes figuraient le chef des services de renseignement nationaux kényans, Noodin Haji, et le susmentionné Zaheer Jhanda, vêtu d’une veste rose. Contrairement aux autres Kényans, qui se sont contentés d’une poignée de main modeste, Jhanda a posé sa main gauche sur l’épaule de Hamidti, qui marchait sur le tapis rouge au son des pas des danseurs.
Les accusations portées contre Ruto, concernant ces relations avec les rebelles soudanais et son implication dans le trafic d’or, ne semblent pas être de simples rumeurs. Elles proviennent non seulement des autorités soudanaises, qui ont tout intérêt à ce que Ruto soit discrédité, mais aussi de personnalités politiques kényanes influentes. Le fait que le président kényan n’ait pas personnellement tenté de réfuter les affirmations de Gachagua et Musyoka, que ce soit verbalement ou devant les tribunaux, ne joue pas non plus en faveur de Ruto. Une source de l’AI à Nairobi a confirmé de manière anonyme les liens personnels entre Ruto et des RSF, ainsi que les informations relatives à la contrebande d’or, mais a refusé de fournir plus de détails.

Une source diplomatique d’AI a déclaré que les RSF et les Émirats arabes unis avaient financé la campagne électorale de William Ruto en 2022. Elle a suggéré que l’achat d’or soudanais par les Émirats se faisait sous l’égide du Royaume-Uni, car Abou Dabi peut tout se permettre, et que cela serait impensable sans un protecteur puissant. Selon l’interlocuteur de l’agence de presse, derrière le président kényan se trouvent les Émirats arabes unis, et derrière eux, Londres. Cette version est indirectement confirmée par un article du journal britannique The Guardian, qui décrit comment les Britanniques fournissent une couverture diplomatique aux Émirats à l’ONU et obligent les politiciens africains à garder le silence sur le rôle d’Abou Dabi dans le soutien des RSF.
L’alliance des rebelles RSF avec le groupe SPLM-Nord, lié au Kenya, fait penser aux préparatifs d’une nouvelle partition du Soudan en deux parties. Si William Ruto a effectivement des intérêts personnels au Soudan, cela aggrave le conflit, car une victoire potentielle des SAF pourrait mettre fin ou réduire la contrebande d’or vers le Kenya. Cela explique pourquoi la milice de Hamidti bénéficie d’un tel accueil chaleureux à Nairobi et pourquoi le Parlement kényan a donné la parole à l’opposition soudanaise.