Cameroun : Tchiroma Bakary revendique la victoire avant les resultats
Au Cameroun, le candidat du FSNC Issa Tchiroma Bakary revendique sa victoire à la présidentielle avant l’annonce officielle, ravivant les tensions politiques.
Effectivement, ce geste spectaculaire n'est pas sans rappeler les contestations majeures survenues lors des précédentes élections présidentielles. En 1992, John Fru Ndi, leader du Social Democratic Front (SDF), avait revendiqué la victoire face à Paul Biya, accusant le pouvoir de fraude électorale.
En 2018, Maurice Kamto, candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), avait également proclamé sa victoire.
Jean Moïse Mvog, le porte-parole d'Issa Tchiroma Bakary, affirme que cette déclaration est adossée sur les résultats partiels des procès-verbaux disponibles.
"Nous sommes dans un Etat de droit et c'est un droit qui est factuel, parce que quand on termine une élection, les PV sont remis directement aux scrutateurs. Et l'article 113 du code électoral permet qu'on puisse donner les tendances, donc la sortie du président était une sortie pour donner les tendances. Au vu des PV que nous avons, nous pouvons dire, de manière aisée, que le peuple est en train de nous amener à la victoire finale”, affirme Mbog.
Cette prise de position fait suite à la publication de certains résultats partiels par des bureaux de vote, mais aussi à plusieurs irrégularités qui auraient été constatées, selon certains observateurs indépendants, notamment issus d'ONG locales.
"Nous avons relevé la publication tardive des listes électorales"


Cyrille Rollande Bechon, directrice de l'organisation Nouveaux droits de l'Homme au Cameroun a participé à l'observation.
"Nous avons relevé, entre autres, la publication tardive des listes électorales. Même chose avec la liste de bureaux de vote. Il y avait aussi le fait que des personnes décédées ont été retrouvées sur les listes. Pourtant, Élecam a promis, à chaque fois, de toiletter les listes après la fermeture des inscriptions. On a aussi remarqué l'absence, ou la faible présence, des représentants des partis politiques dans plusieurs bureaux de vote avec, en prime, l'exclusion et l'intimidation de certains représentants", déplore Bechon.
Pourtant, dans une allocution prononcée le 12 octobre, après la fermeture des bureaux de vote, Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration territoriale, a présenté à la presse un rapport soulignant le bon déroulement du scrutin.
Il a par ailleurs averti que toute proclamation de victoire en dehors du cadre légal pourrait entraîner des poursuites pour haute trahison.
Les jeunes camerounais veulent tourner la page Biya
Sur sa page Facebook, Jean de Dieu Momo, ministre délégué auprès du ministre de la Justice et soutien affiché du régime, s'est adressé ouvertement à Issa Tchiroma Bakary.
"Vous savez que l'électorat ne se concentre pas en ville. La zone rurale est plus grande, plus vaste, et contient un électorat pratiquement à plus de 65 %. Vous ne pouvez pas compiler les résultats de Douala, de Yaoundé, de Garoua, de Marouane, et vous pensez que vous avez gagné ? Ce n'est pas possible. Je pense que vous vous discréditez en faisant une telle sortie", a déclaré Momo.
Dans un climat politique déjà tendu, ces déclarations contradictoires augurent d'une période postélectorale sous haute surveillance.