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Turban ou ANADIADE dans la société touarègue: Le passage à l’étape d’homme

Par Mali Tribune 1,481 vues
Turban ou ANADIADE dans la société touarègue: Le passage à l’étape d’homme

Le turban est plus qu’une parure dans la société touarègue. Il y est attaché des valeurs et des vertus qui vont au-delà de la symbolique.

 

Appelé turban en français, Etal, Alacho en tamasheq, Fatala en sonrhaï, dialamougou en bambara, Filcol en peulh, bien que porté par tout le monde, au-delà de son rôle ou usage au quotidien pour se protéger des intempéries (vent, soleil) ; le turban joue un rôle et a une signification dans les us et coutumes dans la communauté touarègue. Il constitue un passage très important dans la vie des jeunes garçons. D’ailleurs, pour concrétiser ou officialiser ce passage, une cérémonie est organisée à cet effet. Passer de l’adolescence à l’âge adulte c’est-à-dire devenir un homme, rejoindre le cercle des hommes. 

Ce morceau de tissu est une école de sagesse pour les jeunes, les vieux des communautés maures, touaregs, songhaïs, peuls, ... Il doit être porté par un jeune garçon à l’âge de 18 ans.

Le turban est un masque, démasqué on ne vous reconnaît pas, non masqué aussi on ne vous reconnaît pas.

La cérémonie de prise de turban est appelée chez les Touaregs « Anadiade ». C’est une cérémonie au cours de laquelle est noué le turban sur la tête du jeune garçon chez les touaregs. Dans les contrées, cette cérémonie est faite à l'âge de 17, 18 ans.

« C’est l’âge idéal car à partir de 18 ans, un homme doit porter le turban. Mais en ville, l’on voit plus cette cérémonie se faire le soir des mariages. Vu l’importance de ce passage, le port du turban, fait l'objet d'un cérémonial, il faut des marabouts, des personnes âgées, tout le monde doit prodiguer des bénédictions au nouveau turbané ».

Le turban est le gardien des différents organes (les sens de l’homme) qui sont sur la tête (l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat).

Alacho, une sorte de turban très chère, est utilisée lors des grands jours tels que le mariage par ceux qui ont les moyens de se l’offrir. Cette étape ou passage dans la vie du jeune garçon nécessite un cérémonial.

Cette cérémonie est dirigée par un imam car la lecture du coran est indispensable et les grands patriarches conseillent au jeune ou nouveau marié ses rôles d’homme, ses responsabilités. Tout le monde peut prendre part à cette cérémonie. Chaque fois que l’on fait passer une bande du tissu sur un des organes de la tête a un sens et porte un message. Une fois le turban est noué, vous agrandissez le rang des hommes. Cela signifie que vous êtes devenu homme.

Le turban passe sur les oreilles pour vous faire savoir qu'un homme doit savoir raison garder,  ne pas dire tout ce que vous entendez, ne pas dire tout ce que vous voyez, savoir s’abstenir, observer.
C’est une école de la sagesse, de l'honneur, de la grandeur. Après cette cérémonie, l’homme doit porter le turban dans les cérémonies.

Aminata Agaly Yattara

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Commentaires (1)

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A
AG AZAMANE il y a 3 ans

Extraits de "Les rites d’initiation chez les touaregs", mémoire de master en anthropologie de la FLASH de Mossa ag-Mohamed Ali, 2009. travail de diplôme corrigé par Mohamed AG HAMATY, tonton de l'étudiant. .... 3. Le port du litham est le rite qui marque le passage de l’adolescent à l’adulte La cérémonie du port du litham « anaghad » est un rite fondamental qui marque le passage de l’état d’adolescent à celui d’adulte. Les rites d’initiation chez les touaregs A dix huit ans, l’enfant devient adolescent lorsque sa barbe commence à se développer. Le Litham est une pièce de tissu en cotonnade légère d’un demi mètre de large sur cinq à six mètres de longueur qui peut atteindre quinze mètres pour les grandes occasions. A l’origine, le litham « alacho » était un produit artisanal très prisé des Touaregs, des Sonrhaïs, des Peulhs et des Toubous qui est fabriqué depuis le moyen âge par les manufactures traditionnelles de filature de Kano (une vielle ville du Nord du Nigeria) ; ce produit de grande consommation des peuples nomades saharo-sahéliens était teint avec de l’indigo (un colorant naturel bleu violacé) qui déteint très facilement sur le visage des hommes qui le portaient d’où l’appellation « hommes bleus du désert » qui est devenu un vrai mythe qui caractérise tous les touaregs des rives Nord et Sud du Sahara ; chez les plus accros et les moins islamisés, comme les Imouchagh, Idnan et Iwoulimiden, le port du voile vient avant celui du boubou et du pantalon ; une légende dit que cette pratique est définitivement rentrée dans les mœurs touaregs depuis le moyen âge quand un groupe de guerriers Garamantes ou Gétules (les ancêtres des berbères du Maghreb) d’une contrée des Ajjer en Libye est revenu défait par ses ennemis, les femmes du campements ont jeté à leurs hommes leurs voiles pour cacher la honte de leur défaite ; ainsi, les femmes touarègues sont dévoilées depuis lors au profit des hommes. Le litham est donc la pièce maîtresse du vêtement masculin que l’homme adulte targui porte continuellement en public ; c’est aussi un signe de respect de l’homme vis-à-vis des étrangers, des personnes âgées et des beaux parents devant lesquels, l’homme touareg doit cacher ses sentiments ; certains exacerbent la pudeur en buvant et en mangeant sous le voile pour que le vis-à-vis ne puisse voir votre bouche et vos percer vos sentiments. Selon Charles de Foucauld : « Le voile de front et de bouche et le pantalon sont les vêtements distinctifs de l’homme […] ; ôter son voile de tête et de bouche, jeter son voile […], ôter son pantalon, sont des expressions qui signifient être déshonoré ». La pratique du rite est une initiative du père de l’enfant qui achète pour la circonstance un litham neuf ainsi qu’un accoutrement masculin neuf (un grand boubou et un pantalon en basin ou percale, une paire de sandales en cuir). Les habits sont d’abord présentés à un ******** <sup><font color=#0066FF;>[masqué car insultes interdites sur Malijet !]</font></sup> qui accomplit les bénédictions d’usage, une manière de demander à Dieu assistance, protection pour l’initié. Ensuite, l’enfant accompagné de ses camarades d’âges (déjà initiés) est conduit auprès d’un parent âgé, vertueux qui procédera au port du litham conformément à une technique séculaire qui consiste à enrouler le tissu autour de la tête de manière que seuls les yeux et le nez demeurent visibles, en commençant naturellement par la formule musulmane « bismillahi » qui est un préambule pour toute action en milieu islamique. Le litham parfumé doit voiler la bouche, une manière d’inviter l’adolescent à contrôler son langage, à l’éloigner de la médisance et de la calomnie. Le litham doit couvrir les oreilles : ce qui signifie que l’initié ne doit prêter attention qu’aux bonnes paroles. L’initié, accompagné de quelques amis, se promène à travers le campement pour recevoir des personnes âgées des conseils de sagesse, de bonne conduite morale et des bénédictions. Les cousins et cousines taquinent l’initié et lui donnent divers cadeaux (parfums, tissus, miroirs). Tam-tam, méchoui et thé constituent le clou de la cérémonie. Chez les touaregs, le port du litham est un véritable engagement social : respect des parents, solidarité envers eux, sens de l’honneur et de la responsabilité. L’adolescent nouvellement turbané doit s’assumer et être apte à accomplir les tâches de la société nomade : conduire les animaux au pâturage, accomplir des missions de voyages pour ravitailler la famille en céréales, tissus, sucre, thé, condiments…. Au besoin, on fournira à l’initié des armes indispensables pour se défendre (épée, lance, fusil), ainsi qu’un moyen de locomotion (chameau, cheval). Si l’adolescent nouvellement turbané s’engage à s’acquitter valablement de son devoir d’homme, on lui propose alors le mariage. Le port du litham est à la fois un symbole identitaire et une marque de respect social. Les rites d’initiation de la fille 1. Le premier rite d’initiation de la fille est l’interdiction de se raser la tête « as- settewiye » Ce rite intervient à l’âge de dix ans pour la jeune fille pubère. Une femme modèle rase définitivement la tête de la jeune tout en lui faisant des bénédictions ; elle accompagne le geste par l’incantation « on ne touchera plus ta chevelure ». C’est une manière de rendre consciente l’initiée de son statut féminin. La mère de la fille qui lui fournit au cours de la cérémonie un boubou (en tissu basin ou guinée) et des parures (un collier de perles « ézabanes » et une paire de chaussures) l’entraîne à faire régulièrement sa toilette, à respecter les us et coutumes et à évoluer dans le cercle de ses camarades d’âges. La jeune fille ainsi initiée est admise dans une école coranique pour apprendre des rudiments de la charia, surtout à accomplir les cinq prières quotidiennes obligatoires pour tout musulman. 2. Le rite du gavage « ajmor » de la jeune fille Autres fois, quand les touaregs avaient beaucoup d'animaux, les filles étaient gavées de lait et de céréales dès le jeune âge (5-7 ans) ; à partir de 9-11 ans, les filles gavées affichent des proportions physiques monstrueuses et volumineuses, des stéatopyges avec des vergetures lézardent le bas-ventre et la base des membres, ces scarifications confèrent à la jeune fille un look bien apprécié qu’elle se fait le devoir d’afficher en public. La fille gavée a une croissance accélérée comme les veaux élevés aux hormones ; elle grandit vite et devient une femme épanouie à 9-12 ans et ainsi prête pour le mariage qui est très souvent « arrangé » par la mère qui n’accepte que les propositions des hommes riches qui pourraient poursuivre le maintient de l’embonpoint de la fille-femme. Il est clair que cette pratique qui fait de la femme targuie un objet de prestige, bien que vivace chez les nobles Imouchagh – qui du reste, gavent aussi des hommes -, tend à disparaître. 3. Le port du voile « assouar » est un rite d’initiation essentiel de la jeune fille Ce rite intervient dès l’âge de treize ans, au début de la puberté, quand la fille commence à se faire tresser les cheveux qui sont laissés pousser depuis 7 ans. Le jour de la cérémonie de l’« assouar », le voile (une pièce 10m de tissu en guinée ou basin) est remis à une femme respectable du campement chargée de tresser et d’habiller la jeune fille, tout en lui fait porter ses parures (boucles d’oreilles, collier de perles ou à base d’argent métal, les bracelets en argent, la bague). L’aspirante est promenée de tente en tente pour recevoir de ses aînés (adolescents et adolescentes) les cadeaux d’usage : flacons de parfum, parures, chaussures, tissus, savons… Ce deuxième rite d’initiation confère à la jeune fille le statut de femme dont les attributions sont diverses : faire la cuisine, dressage et entretien de la tente, tannage des peaux et confection de la tente traditionnelle nomade en peaux, appui à la mère pour faire la toilette quotidienne des enfants. L’éducation sexuelle, assurée discrètement par la mère, intervient essentiellement à partir de ce deuxième rite ; la mère qui apprend à sa fille comment s’habiller décemment, à ******** <sup><font color=#0066FF;>[masqué car insultes interdites sur Malijet !]</font></sup>équenter les manifestations de ses camarades d’âge, à éviter les mauvaises ******** <sup><font color=#0066FF;>[masqué car insultes interdites sur Malijet !]</font></sup>équentations lui prodigue des conseils et des règles de conduite pour qu’elle ait une bonne éducation morale : respect des parents, des personnes âgées, des voisins, des us et coutumes concourant à la paix et à la stabilité sociale. La mère attire l’attention de sa fille sur certaines valeurs morales : la charité, la solidarité, le courage, le respect du mari, tout en évitant certains comportements tels que : le vol, mensonge, la calomnie, la débauche. La nouvelle initiée devient une femme qui devra jouer pleinement son rôle dans la société : relever le défi de l’éducation de ses futures enfants, le respect du mari ; à ce propos, l’adage targui qui dit : « la femme est le pantalon de son mari » signifiera qu’elle veille jalousement sur l’honorabilité de son mari : respect des voisins et des étrangers, hospitalité à leur égard. La cérémonie rituelle se termine par une fête ponctuée de chants et danses. Le concept moral et social touareg dit "takaraket" est la pudeur qui interdit à la femme tout comportement dégradant.