dimanche 22 février 2026
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Problématique de l’officialisation des langues nationales du Mali : Rencontre avec les acteurs linguistiques de AMALAN

Par Lerepublicainmali 2,038 vues

Autour de 20 millions d’habitants, la population malienne se parle dans treize langues nationales dont 12 sont reconnues comme telles par le gouvernement. Les spécialistes linguistes disent qu’elles ont été ‘’instrumentées’’ et ‘’instrumentalisées’’, parce que dotées d’alphabet, de vocabulaire, d’orthographe, de lexique, de grammaire de référence, des règles de transcription (instrumenter) et utilisées, mises en application (instrumentaliser). Ainsi toutes les langues nationales du Mali sont enseignées, respectivement dans les aires linguistiques où les populations les parlent. Cependant, quand on parle d’officialisation aujourd’hui, ce ne sont pas toutes les 13 langues nationales qu’on va officialiser ensemble. L’officialisation se fait de façon progressive, et commencera par une langue. Notre entretien avec le Directeur général de l’AMALAN, Adama Diokolo Coulibaly. A lire

Ainsi, officiellement, il y a 13 langues nationales enregistrées au niveau de l’Académie Malienne des Langues (AMALAN), qui est la structure spécialisée, abritant les « unités linguistiques » représentant toutes les langues du Mali. Ce sont : Bamanankan, Songhaï, Bamou (Bobo), Syenara (Senoufo), Mamara (Minianka), Fulfudé (Peulh), Malinké, Soninké, Kasonké, Bozo, Dogoso (Dogon), Tamasheq, Hasanya (maure).

L’AMALAN est née sur les cendres de l’ancienne Direction nationale de l'Alphabétisation fonctionnelle et de la Linguistique appliquée (D.N.A.F.L.A.). Elle comprend trois départements en charge respectivement de Planification, Normes et Certification ; Etudes et recherches linguistiques (avec 13 unités de langues) ; et le département Documentation, Publication et Informatique, nous précise Yacouba Sogoré, agent comptable et pas moins un fin connaisseur de la boite, lors de notre visite mi-juin dernier. L’AMALAN s’organise présentement à mettre en place ces organes consultatifs, que sont l’Assemblée des Académiciens, le Comité scientifique et la Commission des Langues, indique Yacouba Sogoré. L’AMALAN qui est un Etablissement public à caractère scientifique technique et culturel (EPST), a l’autonomie financière. Comme sources de financement, à côté de la subvention de l’Etat, l’AMALAN dispose de ressources propres générées par ses activités, notamment la traduction des documents et leur certification (validation), nous confie Yacouba Sogoré. Cet homme d’un commerce agréable, nous a facilité notre introduction en voulant bien nous organiser une rencontre avec le Directeur général par intérim de AMALAN, Dr Adama Diokolo Coulibaly, un doyen expérimenté et d’une disponibilité exemplaire, quand il s’agit de la question des langues nationales. Lors de l’entretien qu’il nous a accordé, le Directeur général avait à ses côtés le Secrétaire général, Seydou Traoré, tous se sont prêtés à notre quête de précisions sur ce domaine de leur compétence.

La treizième qui est la langue Hasanya (maure, proche de l’arabe, parlée dans le nord du Mali) est en voie d’instrumentalisation parce que l’AMALAN est en train d’en valider l’alphabet, qui a été fait. « La validation a été faite à l’interne, mais il faut une validation complète par les organes de consultation en cours de mise en place. A l’AMALAN on n’a pas de spécialiste de cette langue, les gens la parlent couramment, mais on manque de spécialiste. On est à la recherche d’un spécialiste pour la validation au niveau national », selon Seydou Traoré, Secrétaire général de l’AMALAN.

Toutes les langues nationales enseignées au Mali

Selon le Directeur général de l’AMALAN, le Bamanankan, le Fulfuldé (Peulh), le Syenara, le Mamara (Minianka), le Songhaï, le kel Tamasheq, le Dogoso, bref toutes les langues nationales sont enseignées, respectivement dans les aires linguistiques où les populations les parlent. Par exemple le Bamanankan à Ségou, Koulikoro, Bamako, Kayes ; le Songhaï et le Kel Tamasheq à Gao, Kidal, Tombouctou, Menaka ; le Mamara (Minianka) et le Syenara à Koutiala, Sikasso, San etc.

Il va de soit, que certaines langues ont plus de locuteurs que d’autres au sein de la population, et selon les régions. Selon le Directeur général par intérim, Adama Diokolo Coulibaly, « dans le document de politique linguistique validé par l’Académie malienne des Langues, on parle de multilinguisme convivial. Cela veut dire que toutes les langues se valent, donc on ne peut parler de langue dominante et de langue minoritaire. Au niveau des 13 langues nationales du Mali, toutes les langues se valent. Cette politique de multilinguisme convivial ne nous permet pas de dire que telle langue domine les autres. Toutefois dans un pays où il y a le multilinguisme, il toujours une langue qui s’impose naturellement. La langue s’impose par le nombre de locuteurs d’abord, par son extension géographique, et par l’utilisation dans le domaine économique (dans le commerce, dans les marchés). Quand vous partez aujourd’hui dans le marché de Gao, il y a une langue qui domine là bas. Dans la ville c’est le Songhaï, mais dans le marché c’est le Bamanankan aussi. Au marché de Koutiala, il y a le Mamara (Minianka), mais il y a le Bamananka aussi. A Sikasso et Kayes, c’est la même chose. Mais on ne peut pas dire que le Bamanankan domine. La politique de multilinguisme convivial ne prône pas de parler de la dominance, de dire que le Bamanakan domine. Toutes les langues se valent », selon le Directeur général par intérim, Adama Diokolo Coulibaly.

Aucune des 13 langues nationale n’est officielle

Répondant à notre question sur l’officialisation des langues nationales, DG Adama Diokolo Coulibaly a soutenu qu’il y a une loi sur les modalités de promotion et d’officialisation des langues nationales. Ce dossier se trouve au niveau de l’Assemblée nationale, maintenant c’est le Conseil national de Transition (CNT). Dans un premier temps, il a été demandé à l’AMALAN de dégager les critères de domination d’une langue. Pour cause, quand on parle d’officialisation aujourd’hui, ce ne sont pas toutes les 13 langues nationales qu’on va officialiser ensemble. L’officialisation se fait de façon progressive, et commencera par une langue. Si on voit qu’il y a une langue qui est la plus parlée, qui s’impose, on va commencer par ça, comme par exemple le Bamanankan. La preuve est qu’aujourd’hui, en prenant le cas de ‘’Mali kura Taa sira’’, c’est uniquement en Bamanakan, et pourtant le Premier ministre n’est pas Bamanan. Pourquoi, il a opté pour le Bamanankan, c’est parce que c’est la majorité, là il devrait y avoir moins de problème. « Si on parle d’officialisation, on va commencer de façon progressive, par une langue, puis deux ou trois langues peut-être, des langues les plus parlées : le Bamanakan, puis le Fulfuldé et le Songhaï, il y a le Dogoso (Dogonon) également, quand on prend le nombre de locuteurs. On ne peut pas prendre toutes les 13 langues à la fois pour les officialiser. Le Bamanankan est parlé un peu partout. Dans la cinquième région où il y a les Dogoso, de plus en plus les Dogonon parlent aussi le Bamanankan dans leurs localités », indique le Directeur général de l’AMALAN, Adama Diokolo Coulibaly. La première langue nationale officielle doit être pratiquée au niveau de toute la République, de tout le pays ; il faut que les gens parviennent à travailler avec cette langue, dans l’administration, dans les juridictions et partout où la souveraineté de l’Etat doit s’exprimer, répond il à notre question sur l’officialisation des langues nationales.

Pourquoi le N’ko n’est pas une langue

« Le N’ko est une écriture, mais ce n’est pas une langue, explique le Directeur général de l’AMALAN. Dans l’instrumentation l’alphabet intervient, ainsi que l’écriture et la langue. Le Nko est une écriture, il y a un alphabet mais il n’ya pas une langue N’Ko », tranche, le Directeur général Adama Diokolo Coulibaly. Ce qui fait qu’on peut transcrire toutes les langues avec le N’ko, mais il n’ya pas une langue N’Ko, explique-t-il. Le Bamanankan est transcrit, mais sa transcription est différente de celle du Songhaï. Il y a des lettres qui existe en Bamanankan, mais qui n’existe pas en Songhaï et vice versa. La transcription du Songhaï se fait avec cet alphabet Songhaï. Le N’Ko est un système d’écriture avec lequel on peut transcrire le Bamanankan et toutes les langues. Mais on ne parle pas N’ko, parce que la langue n’existe pas. « On transcrit avec le N’ko, mais on ne traduit pas dans le N’Ko, parce que ce n’est pas une langue », a conclu le Directeur général de l’AMALAN.

  1. Daou

 

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