Vernissage de l’Exposition photos des héroïnes du livre «SIRA»
Une exposition de photos du Livre «SIRA» est ouverte depuis le mercredi 14 décembre 2022 au siège du CISP Mali, à Hippodrome. C’est dans le cadre du festival Off des Rencontres de Bamako Biennale africaine de la photographie que «SIRA», Paroles de migrantes a été présenté. Il s’agit d’une exposition de photographies de Dickonet et Kani Sissoko et des textes de Aichatoun Touré et Loes Kuijpers. À l’ouverture, plusieurs acteurs travaillant sur la question migrante au Mali ainsi que des migrants eux-mêmes y étaient présents.
Suite à l’organisation d’un atelier « Paroles de Migrantes », la formation au Groupe de parole thérapeutique, sur la thématique « Genre et migration », du monitoring sur la violation des Droits Humains, et le Travail thérapeutique de réseau à Siby, des femmes migrantes ont accepté de partager leur souffrance, leur parcours dans le livre «SIRA», un des outils de sensibilisation sur la situation des migrants et migrantes au Mali.
En d’autres termes, «Sira» est le parcours des femmes migrantes, qui ont quitté leurs pays et qui sont sur la voie de la migration. Ces femmes ont passé une semaine à Siby, lors de différents types d’ateliers (Care - Expression artistique – Empowerment) afin de leur permettre de se découvrir, de décider d’elles-mêmes, de savoir ce qu’elles veulent. A travers «SIRA», c’est la liberté pour la femme migrante de bouger ou pas, mais avoir un pouvoir intérieur. Aussi, il s’agit de s’imprégner de tout ce que les femmes migrantes traversent (leurs parcours de leurs pays d’origine à la destination finale).
«Au début, quand les femmes sont arrivées, elles semblaient être fatiguées, le visage fermé. Mais au bout d’une journée et demi, elles s’ouvrent, on voit un grand sourire sur les lèvres, la joie, et beaucoup d’émotions. C’était le réconfort, elles étaient là les unes pour les autres dans le respect, car elles ont toutes vécu, pas la même chose, mais la violence, l’injustice, etc. On voit vraiment la différence » a affirmé Loes Kuijpers
En effet, il s’agissait de comprendre ce qu’elles ont vécu ? Qu’est-ce qu’elles ont traversé, est-ce qu’elles sont détruites ? Ont-elles pu se reconstruire ? Voici l’immersion que «SIRA» a fait dans la vie d’une dizaine de femmes de nationalités différentes (migrantes, réfugiées/demandeurs d’asile).
Pour Mme Eveline CHEVALIER, Représentante pays du CISP au Mali, une ONG italienne qui travaille sur les questions de Droits humains, « les activités ont permis aux femmes d’être elles-mêmes, de pouvoir être en confiance pour exprimer comment elles avaient eu un voyage douloureux pour être là. Je précise bien « douloureux » dans tous les sens du terme. On a veillé à l’intersectionnalité des discriminations que les femmes voulaient exprimer pour pouvoir voir comment l’injustice vécue au quotidien peut être traduite en une demande de justice. C’est ce qu’on vient de voir. Si on donne un moment à la personne de s'exprimer, on lui donne du gain sur sa propre dignité, sur ce qu’elle vaut. Dans le cadre des droits de l’homme, c’est magnifique ».
Au cours de la présentation, Mme Alice, une des participantes de l’atelier a témoigné de son utilité et des bénéfiques qu’elle a en tiré : «l’atelier m’a apporté beaucoup de choses, des nouvelles découvertes dans ma vie. Il faut dire que j’étais dans des moments de détresse, j’étais perdue, cet atelier m’a remonté et m’a fait surmonter mes problèmes que j’avais auparavant ».
De même, Diallo Kadidia a affirmé que l’atelier lui a permis de s’améliorer, d’apprendre, de comprendre, de voir beaucoup de choses, et de se mettre à la place des autres. « Il y a des choses que j’ignorais, je ne pouvais pas imaginer qu’il y a des choses qui se font, j’ai compris ça à travers l’atelier, à travers les conversations que j’ai eu avec les autres femmes qui étaient présentes à l’atelier. J’ai vu que chacune a son histoire, et à travers l’atelier, on a été à l’écoute de tout le monde, on s’est mis à la place de tout le monde. On a compris qu’il y a assez de femmes qui sont violentées, il y a assez de choses qui se font, qu’on ne dit pas, qui sont censurées » dixit-elle.
«L’exposition de photos et le livre SIRA reflètent, en outre, le souhait des migrants, presque toujours exprimé, de faire connaître leur histoire, de donner à voir leur détresse, de transmettre un message – aussi informel soit-il – aux grands publics. Il ne stigmatise personne. Les migrantes veulent seulement être entendues, comprises, considérées, et éventuellement aidées. Toutes les migrantes du monde y aspirent ».
Les résultats sont assez fabuleux, car la manière de se voir et le regard de la société a changé chez les héroïnes du livre «SIRA». Elles sont actrices, d’autres sont prêtes à retourner dans leur pays pour recommencer de zéro, reprendre le pouvoir sur leur vie.
Pour rappel, le livre «SIRA» fait partie du projet « Kafamuya » : projet d'appui à la promotion des droits et la protection des populations migrantes avec un focus sur le genre, cofinancé par l'Union européenne et mis en œuvre par le CISP et ses codemandeurs, à savoir l'Association Malienne pour la Solidarité et le Développement (AMSODE), l’Association Tilé Coura (ATC), l’Association des Refoulés d’Afrique Centrale au Mali (ARACEM), et la Coalition Anti Sida (CAS).
Le CISP invite la population à aller voir les belles œuvres réalisées à son siège sis à Hippodrome près du supermarché «Mini prix» à Bamako.
AFANOU KADIA DOUMBIA/Malijet.com