vendredi 17 avril 2026
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Afri’actu : Mépris de la démocratie !

Par Le Challenger 318 vues

A la suite du décès d’Idriss Déby Itno, le président du Tchad, un Conseil militaire a dissout l’Assemblée nationale et confisqué la direction de l’Etat tchadien. Dirigé par le fils aîné du président défunt, cette junte militaire de quinze généraux a promis une « transition de 18 mois » et publié une Charte de la Transition. Une Charte qui confère les pleins pouvoirs au président du Conseil militaire qui va nommer les membres de chacun des organes de la transition (le Conseil militaire de Transition, le Conseil National de Transition et le Gouvernement de Transition).

 

Cette  succession dynastique est logiquement récusée par l’ensemble des partis politiques d’opposition et des organisations de la société civile. Ceux-ci sont favorables à l’application des dispositions constitutionnelles  pour gérer la transition politique au Tchad.  Dans une déclaration commune, publiée au lendemain du putsch militaire, ils  ont  ainsi fait part de leur rejet de la  Charte de la Transition. Ils demandent un grand dialogue national pour revenir au plus vite à un ordre constitutionnel normal. Cependant, la Communauté internationale cautionne  ouvertement le putsch  militaire.

Présent à N’Djamena pour les obsèques du président Idriss Déby, le président français s’est réuni avec  ceux  du Sahel  ainsi qu’avec le président du Comité militaire de Transition du Tchad. Cette réunion a débouché sur un soutien commun au   processus de Transition militaire en cours. De même  Macron, pour davantage montrer son réel mépris pour  les dispositions constitutionnelles du Tchad,  n’a daigné  rencontrer  ni membre de l’opposition, ni membre de la société civile.

D’ailleurs  la France n’a nullement besoin que le système démocratique fonctionne bien dans ses anciennes colonies. Au Tchad, elle dispose d’une base militaire dans le cadre de la  mission Barkhane. En realpolitik, elle mise certainement  sur la junte qui a confisqué le pouvoir démocratique et qui pourrait garantir ses intérêts égoïstes. Sans compter  que  la France justifierait sa position par le besoin d’éviter impérativement la décomposition du pays et l’installation de bandes armées dans la sous-région  sahélienne plutôt que de permettre l’instauration d’une véritable démocratie. Cette attitude injuste  et incompréhensible de Paris cadre bien avec le silence de la Communauté internationale qui semble elle aussi s’accommoder du statu quo.

Pourtant, à l’instar de tout pays régi par un système démocratique, le Tchad possédait sa Constitution qui stipule en son article 81 que: « En cas de vacance de présidence de la République, pour quelque cause que ce soit ou d’empêchement définitif constaté par la Cour suprême saisie par le Gouvernement et statuant à la majorité absolue de ses membres, les attributions du président de la République, à l’exception des pouvoirs prévus aux articles 85, 88, 95 et 96, sont provisoirement exercées par le président de l’Assemblée nationale et, en cas d’empêchement de ce dernier, par le vice-président. Dans tous les cas, il est procédé à de nouvelles élections présidentielles quarante-cinq (45) jours au moins et quatre-vingt-dix (90) jours  au plus, après l’ouverture de la vacance ».

C’est cette Loi Fondamentale qui devrait normalement régir la Transition tchadienne. Ce fut le cas au Togo ou au Gabon. Les deux « princes  héritiers » ont été contraints par la France et cette même  Communauté internationale, de respecter la transition démocratique dans leurs pays avant d’accéder au trône à la faveur  d’une succession dynastique. Car  le  principe de la Communauté internationale (ONU, UA) était  de condamner systématiquement tout putsch militaire sur le continent noir.

Par ce principe, la junte  militaire  qui avait pris  le pouvoir au Mali, après des mois  d’insurrection populaire, n’avait-elle pas  été sommée, sous peine de sanctions économiques et institutionnelles, de remettre le pouvoir transitionnel à une équipe civile ? Les Organisations internationales (Union africaine, CEDEAO, UEMOA et ONU)  n’avaient-elles pas  suspendu le Mali  de leurs instances jusqu’à ce que le pouvoir soit remis à une transition militaro-civile ? Or,  c’est loin d’être le cas pour le  Tchad. N’est-ce pas    un   « deux poids, deux mesures » de la Communauté internationale pour traiter les putschistes selon qu’il s’agisse du Tchad ou  du Mali ?

Gaoussou Madani Traoré

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Commentaires (2)

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I
Ibrrahima Sene PIT/SENEGAL il y a 4 ans

« Coup d’Etat » au Mali versus « dévolution démocratique du pouvoir » au Tchad ? Les masques de la France et de ses acolytes africains tombent ! Les militaires qui ont pris le pouvoir au Tchad viennent de refuser tout dialogue avec les rebelles, après avoir obtenu la reconnaissance officielle de la France et de l'Union Africaine, devant le silence honteux de la « Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale » (CEEAC), qui est, dans cette sous- région, le pendant de la CEDEAO. Elles ont ainsi avalisé leur coup d'Etat, malgré leur profession de foi, sur le respect de la légalité constitutionnelle, au nom de laquelle, elles ont pris des sanctions drastiques contre le Mali. Cependant, elles n'avaient pas hésité, avec la participation active de la CEDEAO, à condamner la prise du pouvoir par les militaires au Mali, qui ont pourtant occupé le pouvoir laissé vacant par IBK, après qu’il ait dissolu son gouvernement et l'Assemblée nationale, et démissionné publiquement. Au Mali, elles ont considéré que c'était un coup d'Etat militaire mais pas au Tchad, où la mort du Président Déby n'a pas laissé le pouvoir vacant, puisque la Constitution avait prévu ce cas d'espèce. Donc, en Afrique, ce sont ceux qui vivent de slogans de lutte pour la « Démocratie et le respect de l'Etat de Droit et des libertés publiques », qui en ont eu pour leur grade, et rasent le mur, du seul fait que la France est impliquée ! Ils ne peuvent pas qualifier la prise du pouvoir par les militaires Tchadiens, de « Coup d’Etat », quand la France considère qu’il n’en est pas ! Ils ont montré, de ce fait, qu’ils sont les supplétifs payés par les grandes puissances occidentales qui déroulent, avec leur appui, leurs agendas cachés en Afrique ! Le Sénégal vient de l’échapper bel en mars 2021, lorsque « Y en a marre » a profité de l’appel de Sonko à la résistance et à la révolution, pour sortir du bois et appeler en conférence de presse, au nom de la « Défense de la Démocratie et du respect de l’Etat de Droit et des libertés », à marcher sur le Palais pour y déloger le Président Macky Sall, à l’instar de ce qui était arrivé à IBK au Mali. Mais, grâce au professionnalisme de nos forces de défense et de sécurité, ce projet fut étouffé dans l’œuf ! C’est à cause de cet échec qui est inconcevable pour les officines occidentales qui sont en rapport avec les forces qui ont tenté ce projet fou, que notre pays est en train d’être vilipendé et accusé de non-respect des libertés démocratiques, et de violence sur les manifestants, suivie de mort d’hommes et d’enfants, afin d’obtenir la libération de ceux qui ont été arrêtés durant ces manifestations, et la cession de toute poursuite judiciaire à leur encontre. Ce faisant, nous assistons à des tentatives inqualifiables d’entraves à la volonté du gouvernement de porter toute la lumière dans ces évènements de violence et de destruction, afin de traduire en justice, les auteurs et leurs commanditaires éventuels de cette insurrection du 3 au 8 mars ! La disparition brutale de Déby soupçonné d’être assassiné, a montré, aujourd’hui, aux Sénégalais, à quel désastre ils ont échappé ! Ne laissons pas déstabiliser notre pays, au nom de la « Défense de la Démocratie, de l’Etat de Droit, et des Libertés », qui a détruit la Libye après l’assassinat du Président Kadafi, et déstabilisé la Tunisie et l’Egypte, permettant aux « ******** <sup><font color=#0066FF;>[masqué car insultes interdites sur Malijet !]</font></sup>ères Musulmans » de prendre démocratiquement le pouvoir dans ces deux pays ! Ibrahima SENE PIT/SENEGAL Dakar le 26 avril 2021

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Fanga 10020 il y a 4 ans

Ce qu'il se passe au Tchad est un véritable scandale constitutionnel et politique ! C'est inacceptable que les règles démocratiques sont soient foulées aux pieds à ce point !