Démission surprise du Premier ministre portugais Antonio Costa, soupçonné de corruption
La justice va enquêter sur son rôle dans l'attribution des concessions de deux exploitations de lithium et d'une unité de production d'hydrogène vert, qui font partie des projets emblématiques du Portugal en matière de transition énergétique.
« Les fonctions de Premier ministre ne sont pas compatibles avec un quelconque soupçon portant sur mon intégrité. Dans ces circonstances, j'ai présenté ma démission au président de la République. » Le Premier ministre portugais, Antonio Costa, a annoncé ce mardi qu'il renonçait à ses fonctions, à la suite de sa mise en cause dans une affaire de corruption et de trafic d'influence liée à l'attribution de projets énergétiques.
Cette démission soudaine est la conséquence de perquisitions en cascade, menées mardi matin dans sa résidence officielle ainsi qu'au domicile de plusieurs de ses proches. Elles interviennent dans le cadre d'une enquête ouverte il y a trois ans sur des irrégularités dans l'obtention de marchés. Elles se sont soldées par l'interpellation de son chef de cabinet, de l'un de ses assesseurs et d'un chef d'entreprise faisant partie de son cercle d'amis.
Enquête séparée
L'annonce d'Antonio Costa fait suite à la note du Parquet général signalant qu'une enquête séparée allait être ouverte par la Cour suprême, afin d'éclairer son rôle personnel dans l'attribution des concessions de deux exploitations de lithium, d'un centre de données informatiques et d'un site de production d'hydrogène vert. Tous font partie des projets emblématiques du Portugal en matière de transition énergétique.
« J'ai consacré mon âme et mon coeur au Portugal, une autre étape de ma vie s'ouvre maintenant », a annoncé Antonio Costa lors d'une brève comparution devant la presse, assurant qu'il quittait ses fonctions « la conscience tranquille ».
Ce départ abrupt marque la fin de sa carrière politique et coupe court à ses projets de briguer la présidence du Conseil européen, alors qu'il semblait bien placé pour prendre la succession de Charles Michel.
« Tourner la page de l'austérité »
Il était arrivé au poste de Premier ministre en 2015, en promettant de « tourner la page de l'austérité » dans un Portugal déprimé par la sévérité du plan de sauvetage dessiné par la « troïka » (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international) pour faire face à la crise financière.
Habile négociateur, il avait réussi à former une majorité en convainquant les petits partis d'extrême gauche antisystèmes d'adhérer à son projet. Il avait néanmoins veillé à circonscrire son programme dans les limites du pacte de stabilité européen.
En dépit du scepticisme des marchés et des inquiétudes de Bruxelles, Antonio Costa avait réussi à insuffler un nouvel optimisme et à relancer la consommation des familles en réduisant la pression fiscale, sans pour autant déséquilibrer les comptes de l'Etat. Peu à peu le pays avait retrouvé la confiance des investisseurs , en profitant de l'élan du tourisme pour projeter l'image d'un pays modernisé.
Majorité absolue
Il avait été réélu en janvier 2022, et avait même obtenu une majorité absolue qui lui donnait les mains libres. En dépit de ce succès, il n'a pas échappé à une grogne sociale grandissante , face aux bas salaires et à la flambée des prix du logement. Le grand intérêt des touristes et des investisseurs s'est en effet soldé par une escalade des prix de l'immobilier qui met hors jeu les classes moyennes. L'un des dernières grandes réformes du gouvernement visait justement à investir davantage dans l'élargissement du parc locatif.
Au bout de huit ans à la tête du gouvernement, Antonio Costa quitte ses fonctions sur un bilan économique positif : le pays affiche un excédent budgétaire . Il est passé de maillon faible de l'euro à champion de la discipline fiscale.
Le Président de la République Marcelo Rebelo de Sousa va recevoir mercredi les partis politiques représentés à l'Assemblée, puis écouter le Conseil d'Etat jeudi, avant d'annoncer une probable dissolution du Parlement et la convocation d'élections législatives anticipées.