lundi 20 avril 2026
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La politique africaine de l'Elysée dans le viseur des députés

Par Les Echos 2,228 vues
La politique africaine de l'Elysée dans le viseur des députés
Protestation de militaires à Niamey, au Niger, pour exiger le départ des troupes françaises du pays, en septembre dernier. (AFP)

Un rapport parlementaire critique la politique d'Emmanuel Macron sur le continent et son manque d'ancrage dans les réalités locales. Il appelle à clarifier l'action de la France au Sahel et en Afrique subsaharienne, souvent jugée contradictoire, voire incompréhensible.

Les relations entre la France et l'Afrique ne sont pas au beau fixe, c'est le moins que l'on puisse dire. L'influence de l'Hexagone sur le continent régresse, battue en brèche par les coups d'Etat au Mali, au Burkina Faso, au Niger ou encore au Gabon. Deux députés, Michèle Tabarot (LR) et Bruno Fuchs (Modem), se sont penchés sur les déboires de la France dans un rapport d'information qui critique l'aveuglement de la diplomatie française ainsi que de l'Elysée ces dernières années et appelle « à changer de logiciel » pour l'Afrique subsaharienne et le Sahel.

Avec un constat fait par Michèle Tabarot la semaine dernière à la commission des Affaires étrangères lors de la présentation du document : « Contrairement à nos concurrents, nous avons été incapables d'anticiper les mutations du continent, enfermés dans notre rôle de gendarme de l'Afrique de l'Ouest, pendant que les autres gagnaient des parts de marché. »

Un continent qui change vite

Car l'Afrique change et vite. « C'est aujourd'hui le continent de la jeunesse, une jeunesse hyperconnectée et qui conteste le pouvoir de ses élites, souvent francophiles, accusées de ne plus comprendre la vie quotidienne de leurs populations », souligne le rapport parlementaire. Et le continent est devenu le terrain de rivalités de grandes et moyennes puissances, qu'il s'agisse de la Chine, des Etats-Unis, de la Russie ou encore de la Turquie. Pendant ce temps, la France s'est « endormie dans son ancien pré carré, quand elle n'a pas déconstruit ce qui fonctionnait. »

Le paternalisme des élites françaises, la division par dix du nombre de coopérants, la fermeture d'écoles françaises, la baisse de l'aide au développement, une politique de visas sans doctrine claire et jugée vexatoire sont mis en avant pour expliquer les déboires tricolores. « Nous avons perdu la connaissance de l'Afrique », a résumé Michèle Tabarot. « Nous avons moins de gens sur le continent et nous n'écoutons plus les experts […]. Le monsieur Afrique de l'Elysée a décidé de beaucoup de choses pendant des années en se passant des expertises, même au sein du gouvernement », s'est emportée l'élue de l'opposition.

« Une France autrement »

Les auteurs du rapport critiquent « l'élaboration en vase clos d'une politique africaine insuffisamment arrimée aux réalités locales » et jugent qu'il faut éviter « une personnalisation excessive » de la politique africaine. En creux, ce sont donc  bien Emmanuel Macron et son conseiller chargé de l'Afrique depuis 2017, Frank Paris (aujourd'hui au bureau français de Taipei), qui sont blâmés.

« Sur le terrain, les Africains nous disent qu'ils voudraient une France autrement […], ils nous demandent : 'Que faites-vous en Afrique ? Vous défendez vos intérêts ou la démocratie ?' Nous avons une action à géométrie variable, contradictoire, dont il faut redéfinir la doctrine », estime Bruno Fuchs. Ce « sentiment d'incompréhension et de frustration » exige de mettre en place « une offre stratégique précise et de long terme qui donne envie aux pays africains de maintenir des liens nourris et plus égalitaires avec la France », insistent les deux députés.

Pour eux, « il faut accepter de poser un nouveau regard sur l'Afrique : ne pas chercher à imposer nos valeurs et nos grilles de lecture sur ce continent complexe et écouter les aspirations profondes de sa population pour construire un discours ancré dans les cultures et les réalités locales. » Au-delà des réformes de structures de l'action hexagonale en Afrique, c'est donc à une révolution des mentalités qu'appellent les élus.

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