mardi 21 avril 2026
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Quand un reporteur américain se retrouve sous les bombes des Alliés dans l’Allemagne nazie

Par Le point 1,829 vues
Quand un reporteur américain se retrouve sous les bombes des Alliés dans l’Allemagne nazie
La ville de Hambourg en ruine après les bombardements alliés. Photo prise par la Royal Air Force le 3 mai 1945. © Royal Air Force/AFP

En décembre 1943, Lowell Bennett embarque dans un avion de la RAF chargé de bombarder Berlin. L’appareil explose et le journaliste est cueilli par les Allemands, qui lui proposent un pacte.

Il y a vingt ans, les Allemands, émergeant de la culpabilité collective qu'on leur avait épinglée dans le dos, ont relevé la tête et fait paraître plusieurs ouvrages dénonçant les bombardements dont leur pays avait fait l'objet et dont les populations civiles ont été les victimes. Hambourg, Dresde, Hanovre, Berlin… une litanie de cités rayées de la carte.

En cause, la stratégie militaire des Alliés, qui se fichaient bien de tuer des centaines de milliers d'habitants si cela pouvait faire plier Hitler. Le plus incisif de ces livres fut De la destruction. Considéré comme un chef-d'œuvre, celui-ci fut signé par le plus grand écrivain d'outre-Rhin, W. G. Sebald.

En France, pays lui aussi touché par ces vagues de bombardements, notamment avant le débarquement – près de 60 000 morts, autant de blessés, sans parler des dégâts matériels, qui expliquent que certaines de nos villes ont été reconstruites après la guerre –, le débat fut traité par des livres d'histoire très sérieux, fort bien documentés, mais à l'écho modeste : comment traiter de criminels les pays qui vous libèrent ? Ne fait-on pas d'omelette, et cette guerre en fut une géante, sans casser des œufs ? En Normandie, dans le Nord, on enrage encore, mais ce n'est jamais devenu un sujet. La culture – cinéma, série, roman, BD – s'en est très peu emparée.

« Tu le voulais ton grand reportage ? Eh bien, le voilà ! Merde, alors ! »

Ce sujet, on le retrouve au cœur d'un des documents les plus singuliers publiés cette année : Parachuté sur Berlin. Imaginez – mais pas trop car ce fut la stricte vérité – un grand reporteur américain, Lowell Bennett, à qui la Royal Air Force (RAF) propose en décembre 1943 d'embarquer sur l'un des 661 avions qui s'en vont « hambourgiser » Berlin, du nom de la ville de Hambourg déjà réduite en cendres. Y furent larguer 2 500 tonnes de bombes. Le raid le plus intense jusque-là effectué.

Notre journaliste s'en réjouit jusqu'au moment où son Lancaster se retrouve au-dessus de la capitale allemande, pris dans un feu d'artifice de DCA, de balises et de projecteurs. On lui avait bien dit qu'il y avait 10 % de pertes. « Tu le voulais ton grand reportage ? Et bien, le voilà ! Merde, alors ! » a-t-il juste le temps de se dire avant que le bombardier n'explose en vol.

Il s'ensuit un récit de 30 pages d'une précision hallucinée sur l'avion en feu et son parachutage forcé, qui le conduit jusqu'à un marais situé près de Berlin où il est cueilli comme une fleur par les Allemands. La mémoire photographique de Lowell cimente son talent littéraire.

Commence la pérégrination stupéfiante de ce touriste en temps de guerre auquel l'officier allemand qui l'interroge propose le pacte suivant : le promener dans toute l'Allemagne pour qu'il constate que la stratégie de bombardements des Alliés est inutile. Ceux-ci visent les centres habités par les civils et ratent les alentours où sont installées les forces vives du pays, notamment les usines d'armement ou les mines d'extraction. Charge à Bennett de faire passer le message si on le laisse regagner ses pénates.

Condamné à mort pour espionnage à Berlin

Le reportage change soudain d'objet et donne lieu à un témoignage unique. Berlin, Hambourg et la Ruhr ravagés comme si vous y étiez : notre Rouletabille, rebaptisé pour des raisons de sécurité Robert Durand, journaliste né à Paris et citoyen français, a droit à une tournée royale. Réduit à la même condition que les Allemands, il a droit aussi à quelques bombardements de ses amis britanniques.

Mais l'Américain, intenable, ne cesse de vouloir s'évader. Il s'enfuit ? On le rattrape. Il se fait encore la belle, cette fois-ci en Slovaquie, d'où il parvient à faire sortir un long article vers les États-Unis qui raconte son aventure. On lui remet le grappin dessus, avant de l'identifier comme l'auteur de l'article : il est, cette fois, condamné à mort pour espionnage à Berlin.

Sa prison est bombardée, il s'en sort miraculeusement. Dans une Allemagne chaotique, il est envoyé dans un camp en Poméranie qui sera libéré en mai 1945 par les Russes. La libération de ce camp et ses excès valent aussi le détour.

Un témoignage exhumé

Paru immédiatement après la guerre, ce texte qui remettait en question la stratégie aérienne des Alliés, notamment celle des Britanniques et du commandement de leurs bombardiers (Royal Air Force Bomber Command), qui perdit près de 57 000 aviateurs à ce jeu de massacre à l'efficacité très limitée, fit grincer des dents et passa à la trappe : il arrivait trop tôt.

Longtemps journaliste en France, son fils, Alan Bennett, a exhumé des ruines ce témoignage aussi précis qu'inattendu qu'il a lui-même traduit. Il précise que Josef Borner, l'officier allemand qui fut le guide de son père dans l'enfer allemand, fut retrouvé par Bennett après la guerre et qu'ils devinrent… de très bons amis.

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