Le bras de fer entre la Pologne et l'Ukraine se durcit
Les chauffeurs routiers polonais bloquent la frontière avec l'Ukraine pour protester contre la concurrence jugée déloyale de leurs concurrents ukrainiens. La Commission européenne tance Varsovie, jugeant la situation « absolument inacceptable ».
La tension entre la Pologne et l'Ukraine monte encore d'un cran. Depuis plus de trois semaines, la frontière entre les deux pays européens est le théâtre de scènes de chaos. Des centaines de chauffeurs de poids-lourds polonais bloquent les principaux points de passage, pour protester contre la concurrence jugée déloyale des routiers ukrainiens. Ils ont été rejoints par des agriculteurs qui manifestent contre la chute des prix provoquée, selon eux, par les importations de céréales ukrainiennes.
Les files d'attente ont atteint jusqu'à 40 kilomètres à certains postes frontière, forçant les conducteurs de camions à attendre pendant des jours, voire des semaines, dans des températures glaciales, pour pouvoir passer. Deux chauffeurs ukrainiens sont même décédés.
La Slovaquie aussi
Pour les routiers comme pour les agriculteurs, ce sont les mesures prises par l'Union européenne au lendemain de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en février 2022, qui sont critiquées. Pour soutenir Kiev, les Vingt-Sept ont alors assoupli les règles en vigueur, afin de favoriser le libre-échange entre l'Ukraine et l'UE.
Ces mesures exceptionnelles avaient été acceptées par l'ensemble des Etats membres à l'époque, mais leurs conséquences suscitent maintenant de fortes réactions dans plusieurs pays d'Europe orientale. Ce vendredi, la fédération des transporteurs routiers de Slovaquie a annoncé qu'elle allait bloquer, elle aussi, le point de passage entre la Slovaquie et l'Ukraine.
Contradiction
Au-delà du mouvement de ces derniers jours, des pays d'Europe orientale veulent remettre en question la libre concurrence avec l'Ukraine. « La Pologne n'avait pas vraiment réalisé que, derrière les considérations géopolitiques, se cachaient des problèmes économiques et sociaux, explique Florent Parmentier, secrétaire général du Cevipof. C'est cette contradiction qui apparaît au grand jour aujourd'hui ».
Kiev a saisi l'Union européenne, demandant à Bruxelles d'imposer aux Polonais le respect de la réglementation. Les ministres des Transports des Vingt-Sept doivent aborder cette question devenue explosive lors d'une réunion lundi et mardi dans la capitale belge.
Bruxelles hausse le ton
La situation à la frontière ukraino-polonaise « est totalement inacceptable », a déclaré mercredi dernier la commissaire européenne aux Transports, Adina Valean. « L'ensemble de l'UE, sans parler de l'Ukraine, un pays actuellement en guerre, ne peut être pris en otage par le blocage de nos frontières extérieures », a-t-elle dit, dénonçant « le manque d'implication » des autorités polonaise pour trouver une solution au blocage.
Ces conflits démontrent, s'il le fallait, que l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne promise par les Vingt-Sept ne sera pas facile. Une première évaluation a montré que l'impact financier sur la politique agricole commune, en particulier, serait massif, car l'Ukraine est l'un des premiers producteurs mondiaux.
« Les négociations seront compliquées, c'est certain, y compris avec des pays comme la Pologne qui, en principe, sont très favorables à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, pour des raisons géopolitiques », prévient Lukas Macek, de l'institut Jacques Delors. « Quand on voir les problèmes que cela poserait, dans la pratique, je vois difficilement comment l'Ukraine pourrait rejoindre l'UE avant une dizaine d'années au bas mot », juge Florent Parmentier.