Allemagne : quand l'armée imagine le début de la Troisième Guerre mondiale à l'été 2025
Une note confidentielle de l'armée, dévoilée par le quotidien « Bild », montre que l'Allemagne se prépare sérieusement à une attaque russe sur le flanc Est de l'Otan. Selon ce scénario, la guerre en Ukraine pourrait dégénérer en conflit global en quelques mois.
Lire ce scénario - qui n'est qu'un « scénario d'entraînement » - fait froid dans le dos, tant l'engrenage vers un conflit global semble inéluctable une fois les premières étapes passées. Dimanche, le quotidien allemand « Bild » a dévoilé une note classée « secret-défense » de l'armée allemande, la Bundeswehr, qui décrit une possible escalade vers une guerre entre la Russie et l'Otan. Cet exercice prospectif imagine un envenimement du conflit en Ukraine dès les prochains jours.
Selon les informations du « Bild » , ce scénario baptisé « Alliance défense 2025 », débute en février prochain, avec un nouvel ordre de mobilisation de la Russie. Quelque 200.000 hommes supplémentaires sont enrôlés dans l'armée. Couplé à un soutien occidental à l'Ukraine défaillant , cela permet à Moscou de mener une grande offensive au printemps, victorieuse dès l'été 2024.
Une guerre « hybride »
Cette victoire russe incite le Kremlin à mener une guerre secrète contre les pays d'Europe orientale, à base de cyberattaques sévères notamment. Dans les pays baltes, les minorités ethniques russes seraient agitées secrètement, jusqu'à causer des affrontements. S'ensuit, sous ce prétexte, le déclenchement de l'exercice à grande échelle « Zapad 2024 » avec 50.000 soldats dans l'ouest de la Russie et en Biélorussie à partir de septembre.
Cet exercice permettrait à la Russie, comme en 2021, de renforcer ses troupes à la frontière avec la Pologne et l'Ukraine. En octobre, le Kremlin diffuse l'idée que l'enclave de Kaliningrad , territoire russe sur le bord de la mer Baltique coincé entre la Pologne et la Lituanie, est menacée par l'Otan. Elle en profite alors pour y déployer des troupes et des missiles à moyenne portée. Tout est alors en place pour déclencher le conflit.
Objectif : le corridor de Suwalki
Dans les faits, ce réarmement russe à la frontière permettrait à Moscou de déclencher une attaque sur le corridor de Suwalki, un étroit passage à la frontière entre la Pologne et la Lituanie, qui relie la Biélorussie - qui n'a pas d'accès à la mer - à l'enclave de Kaliningrad, coupée de la Russie. Profitant de l'instabilité géopolitique créée par l'élection présidentielle américaine, « un conflit frontalier » et des « émeutes avec de nombreux morts » sont déclenchés en décembre 2024.

Dès lors, les Etats baltes et la Pologne saisissent le Conseil de sécurité de l'Otan. La tenue de cette réunion - en janvier 2025 - est présentée par la Russie comme une menace de l'Occident à son encontre. De nouvelles forces sont déployées. « Rien qu'en Biélorussie, le Kremlin a maintenant stationné deux divisions blindées, une division d'infanterie mécanisée et un quartier général divisionnaire - un total de plus de 70.000 soldats », note le « Bild ».
Mise en état d'alerte de l'Otan
L'Otan se voit obligée de répondre fortement. En mai 2025, selon le scénario de la Bundeswehr, l'Otan décide de « mesures de dissuasion crédibles » pour prévenir une attaque russe. Au « Jour X », le commandant en chef de l'Alliance atlantique ordonne le transfert de 300.000 soldats sur le flanc Est, dont 30.000 soldats de la Bundeswehr .
L'issue de l'escalade reste incertaine, précise le « Bild ». Un mois après le déploiement des forces de l'Otan, « plus d'un demi-million de soldats occidentaux et russes s'affronteront armés jusqu'aux dents », selon le quotidien. Mais le scénario laisse la porte ouverte sur la réaction de Vladimir Poutine fasse à la tentative de dissuasion de l'Otan.
Pas une prédiction
Dans le « Bild », un porte-parole du ministère allemand de la Défense a refusé de commenter spécifiquement la note. « En principe, je peux vous dire que l'examen de différents scénarios, même s'ils sont extrêmement improbables, fait partie des activités militaires quotidiennes, en particulier dans le domaine de la formation », a-t-il déclaré.
Sur X (ex-Twitter), le directeur du Centre d'excellence en communications stratégiques de l'Otan a tenu à rappeler qu'il s'agit bien d'« un scénario d'entraînement, qui est toujours une situation imaginaire pour tester les capacités militaires dans l'une ou l'autre zone. » Il a rappelé que les scénarios reposent désormais sur des pays existants, alors qu'ils étaient le plus souvent basés sur des zones géographiques imaginaires auparavant. « Il ne s'agit pas d'une analyse secrète des renseignements prédisant l'évolution de la situation ! », a-t-il martelé.
L'Occident baisse la garde ?
Ce scénario interpelle tant il peut sembler, du moins dans ses premiers développements, semblable à ce qui a pu se passer en Ukraine au début des années 2020. Après avoir agité les groupes indépendantistes de l'est du pays, la Russie a pris pour prétexte des exercices militaires pour renforcer sa présence armée à la frontière. Face aux menaces, l'Otan avait alors renforcé sa défense à ses frontières, des déploiements de troupes présentés comme des menaces par le Kremlin. Cela avait servi de préliminaires à l'invasion russe en février 2022.
Cette publication est d'autant plus intéressante qu'elle intervient dans un contexte de doute autour de la pérennité du soutien occidental à l'Ukraine . Outre le risque d'un désengagement américain à la suite d'une éventuelle élection de Donald Trump à la présidence, des voix s'élèvent en Europe pour laisser la place à la diplomatie , comme l'a expliqué la semaine dernière le ministre de la Défense italien.