« Ils doivent réfléchir à ce avec quoi ils jouent » : Poutine met en garde contre l’usage d’armes occidentales sur le sol russe
Le président russe a souligné mardi le risque de « conséquences graves » si des armes occidentales étaient utilisées sur le sol de son pays. Une autre ligne rouge serait l’envoi officiel sur le sol ukrainien d’instructeurs militaires.
Le président russe a mis en garde mardi contre l’usage d’armes occidentales contre le territoire russe, notamment de missiles de longue portée, évoquant des « conséquences graves » et appelant les États européens à réfléchir à l’enjeu. Selon Vladimir Poutine, il s’agirait d’une escalade car même si ce sont les militaires ukrainiens qui mèneraient les frappes, elles seraient préparées par les Occidentaux qui fournissent les armes.
« En Europe, en particulier dans les petits pays, ils doivent réfléchir à ce avec quoi ils jouent. Ils doivent se souvenir qu’ils sont bien souvent des États ayant un petit territoire et une population très dense », a dit Vladimir Poutine lors d’un point presse en Ouzbékistan. « Ce facteur est une chose sérieuse qu’ils doivent avoir à l’esprit avant de parler de frapper en profondeur le territoire russe. »
Les Occidentaux divisés
Alors que l’Ukraine exhorte ses alliés à l’autoriser à frapper le territoire russe avec leurs armes, suscitant en réponse une cacophonie favorable à Moscou. L’Otan également pousse les capitales occidentales à lever des restrictions qui « lient les mains dans le dos des Ukrainiens », selon les termes de son secrétaire général, Jens Stoltenberg. Pour autant, « nous n’avons aucun projet d’envoyer des troupes combattantes de l’Otan en Ukraine », a-t-il affirmé, sans fermer la porte à l’éventuel déploiement d’instructeurs militaires. Quelque 50 000 soldats ukrainiens ont été formés grâce à un programme financé par l’UE et 10 000 de plus pourraient l’être avant la fin de l’année, a noté le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.
Mais les chancelleries restent divisées, les plus réticentes – Rome et Berlin notamment – brandissant le risque d’escalade, d’extension du conflit, avec en filigrane le risque de l’utilisation de l’arme nucléaire par Vladimir Poutine. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur la chaîne de télévision Izvestia, avait fustigé les « têtes brûlées en Occident qui font des déclarations provocatrices absolument irresponsables », face à « ceux qui se demandent s’il est nécessaire d’aller plus loin dans l’escalade ».
L’Ukraine recevra dans les prochains jours les premiers obus de 155 mm achetés hors d’Europe dans le cadre d’un programme international mis en œuvre à l’initiative de la République tchèque, a assuré mardi le Premier ministre tchèque Petr Fiala.
Emmanuel Macron, qui s’exprimait mardi en Allemagne aux côtés du chancelier Olaf Scholz, « on doit leur permettre (aux Ukrainiens, ndlr) de neutraliser les sites militaires d’où sont tirés les missiles (…), les sites militaires depuis lesquels l’Ukraine est agressée ». « Si on leur dit vous n’avez pas le droit d’atteindre le point d’où sont tirés les missiles, en fait, on leur dit, on vous livre des armes mais vous ne pouvez pas vous défendre », a ajouté le chef de l’État français. « Mais on ne doit pas permettre de toucher d’autres cibles en Russie et évidemment des capacités civiles », a-t-il précisé.
Les instructeurs en Ukraine sont là, sous « l’apparence de mercenaires »
Des instructeurs militaires occidentaux sont déjà déployés en Ukraine, en prétendant être des mercenaires, a affirmé mardi le président russe Vladimir Poutine, alors que Kiev avait indiqué lundi que des discussions étaient en cours sur l’envoi d’instructeurs.
« Il n’y a rien de nouveau là-dedans (…) il y a des mercenaires qui sont en fait des spécialistes », a déclaré le président russe lors d’un point presse en Ouzbékistan, où il était interrogé sur l’envoi d’instructeurs français. Si des citoyens français ont rejoint l’armée de Kiev comme volontaires, Paris a martelé ne pas disposer « de mercenaires, ni en Ukraine, ni ailleurs ».
Le commandant en chef de l’armée ukrainienne avait affirmé lundi que la France allait envoyer « prochainement » de premiers instructeurs militaires en Ukraine. Le ministère français des Armées s’est borné à dire que le dossier était à l’étude mais il n’a pas évoqué l’envoi d’instructeurs annoncé par le général ukrainien. « Comme déjà évoqué plusieurs fois, la formation sur le sol ukrainien fait partie des chantiers discutés depuis la conférence sur le soutien à l’Ukraine réunie par le Président de la République (Emmanuel Macron) le 26 février dernier », a indiqué le ministère.