États-Unis: Combatif, Joe Biden défend sa candidature mais fait deux lapsus monumentaux
Face aux journalistes, le président américain a assuré être « le mieux placé pour battre Trump ». Dans le même temps, il a mélangé Zelensky et Poutine, et Kamala Harris et Donald Trump.
Jamais, peut-être, un président américain n'avait joué aussi gros sur une simple conférence de presse. Deux semaines après son naufrage en direct lors de son débat face à Donald Trump, Joe Biden s'est défendu avec force, jeudi, assurant qu'il était « le plus qualifié et le mieux placé pour battre Trump » en novembre. Mais malgré une conférence de presse solide, notamment sur la géopolitique, il s'est tiré une balle dans le pied avec deux lapsus majeurs – avant et pendant son bras de fer avec les journalistes. Plusieurs démocrates l'ont appelé à se désister dans la foulée, portant le total à 18, sans que la digue cède totalement. Pour le moment.
Cela faisait 8 mois que Joe Biden n'avait pas affronté, seul, les journalistes américains. Pendant une heure, il a répondu à 11 questions sur l'état du monde. Et surtout le sien. Il a assuré qu'il avait passé trois examens neurologiques « intenses », le dernier en février, et qu'il est « testé tous les jours » par son poste de commandant en chef. « Je vais bien », martèle-t-il, sans fermer totalement la porte à de nouveaux tests, si ses médecins le lui recommandent.
Il a cité en exemple son leadership pour assembler une coalition pour aider l'Ukraine, ses multiples voyages internationaux, en Israël, en France ou en Italie pour le G7. Il a livré des réponses complexes – pas toujours faciles à suivre – sur la situation au Proche-Orient, la guerre en Ukraine et sur l'influence de la Chine. « Si je ralentis et que je ne peux plus faire le boulot, ça serait un signe que je ne devrais pas le faire. Mais il n'y a aucune indication en ce sens pour l'instant. Aucune », insiste-t-il, malgré le débat, et d'autres moments récents lors desquels il a semblé perdu.
Deux lapsus embarrassants
La soirée aurait été nettement meilleure pour Joe Biden s'il n'avait pas fait deux lapsus qui arrivent au pire moment possible. Juste avant la conférence, alors qu'il s'exprime à la fin du sommet marquant le 75e anniversaire de l'Otan, Biden présente Volodymyr Zelensky au pupitre mais l'appelle « le président Poutine ». Il se reprend vite mais le mal est fait. Le clip tourne en boucle sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les JT du soir.
Les alliés des États-Unis volent à sa rescousse. « Il nous arrive à tous de faire des lapsus », défend Emmanuel Macron. « J'ai pu discuter avec le président Biden longuement hier. J'ai vu un président qui est aux affaires, en charge, précis sur les dossiers. Un homme expérimenté, sans doute l'un de ceux qui a le plus de profondeur de champ sur ces sujets internationaux, et dont la solidité en tant qu'allié, sa connaissance et son attachement à l'Europe sont exemplaires ». Le chancelier Scholz abonde sur la chaîne PBS : « C'est une erreur de sous-estimer (Biden). Il est concentré et fait ce qu'un président américain doit faire ».
Concentré, sauf qu'il recommence dès sa première réponse, alors qu'un journaliste lui demande si Kamala Harris a les compétences pour être présidente. « Je n'aurais pas choisi le vice-président Trump si je ne pensais pas qu'elle était qualifiée pour être présidente. » Un lapsus qui ravit Donald Trump, qui ironise en direct sur Truth Social : « Super job, Joe ».
Les défections continuent
Le président américain a-t-il sauvé sa candidature avec 60 minutes correctes ? Impossible à dire. « Biden a eu une soirée suffisamment bonne pour que les démocrates ne paniquent pas totalement, au moins pas ce soir. Il a obtenu un sursis », juge sur X l'ancien press secretary de George Bush, Ari Fleischer.
Dans la foulée, trois nouveaux élus démocrates ont appelé Biden à se désister, dont l'influent membre du comité sur le Renseignement de la Chambre, Jim Himes, qui écrit : « La carrière de service public de Joe Biden est inégalée. Ses accomplissements sont immenses. Il ne doit pas risquer cet héritage et la démocratie américaine en continuant face aux horreurs promises par Donald Trump. »
Au total, 18 élus – soit seulement 5 % des représentants, sénateurs et gouverneurs – ont appelé Biden à jeter l'éponge. Ils craignent non seulement qu'il s'incline largement face à Donald Trump, mais qu'il entraîne le parti dans sa chute au Congrès. Nancy Pelosi a exprimé des doutes publiquement. En privé, le patron des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, n'écarterait pas, selon Axios, de miser sur un autre cheval, avec Kamala Harris pour l'instant la mieux placée. George Clooney a signé une tribune assassine – et avait prévenu Barack Obama, qui ne l'en aurait pas dissuadé, selon Politico. Plusieurs dizaines de démocrates pourraient franchir le Rubicon dans les 48 heures, écrit CBS. Joe Biden leur lance un avertissement : « De nombreuses personnes peuvent battre Trump. Mais c'est dur de commencer (une campagne) de zéro. »