France : Le petit brumaire raté de Macron
Après la séquence irrationnelle que le président a imposée à la France et qu’il continue d’imposer au pays dans son déni du réel, il va jusqu’à mettre sur le même plan LFI et le RN, imposant unilatéralement sa vision de sa république, et souhaitant plus que tout diviser la gauche unie.
Il vit chaque jour davantage dans la réalité oxymorique qu’il a réinventée de l’extrême centre, dont il semble désormais incapable de sortir, continuant à prêcher l’union, la coalition pour mieux semer le désordre et s’accrocher à son commandement solitaire. Une réflexion s’impose, en historien. Tant que le passé n’est pas éclairé, le présent ne peut être que confus.
Réécoutant le discours de dissolution, prononcé quelques minutes après que Bardella eut demandé la dissolution de l’Assemblée nationale, comme s’il lui obéissait, une évidence s’impose dans les expressions où riment « l’appel au peuple » et la « clarification », un soir d’élection ayant vu moins d’un français sur deux voter, pour un choix à un tour, et pour une assemblée européenne.
Il s’agit de revenir à l’origine de la crise pour affiner le décodage, à la lueur des informations qui sortent ici et là sur les liens entre macronie et droite et macronie et extrême droite, pour comprendre ce passage à l’acte du président, qui, tant qu’il ne sera pas élucidé, empêchera de comprendre la stratégie choisie et son brusque revirement de ne plus écouter le peuple, aujourd’hui !
Et si Bardella n’avait servi que d’idiot utile du président, encore plus idiot que ce dernier ne le pensait pour le coup, mettant en l’air le petit coup de force légal qu’il devait acter. Las, tout le monde n’est ni Lucien Bonaparte, faisant le travail pour son grand frère, ni Napoléon Bonaparte, qui pourtant eu chaud à Saint-Cloud le 19 Brumaire et faillit bien perdre la partie. Le rapprochement avec la période de l’entre-deux-guerres et l’idée heureuse d’un Front populaire numéro 2 fait perdre de vue, une autre comparaison, celle de la menace toujours bonapartiste de dérive des institutions républicaines de la France.
Après s’être grandement rapproché du socle idéologique de l’extrême droite, l’extrême centre, avec ses lois sur le séparatisme, sur l’immigration, avec sa politique de brutalités policières, et en forçant quasi systématiquement l’Assemblée nationale en activant l’article 49.3, s’est retrouvé, comme sous le Directoire, face à une difficulté à gouverner qui ne faisait que discréditer les institutions sans véritablement renforcer l’appétit de pouvoir du chef de l’État. En voulant « la clarté ! », un soir de vague de nuit et de brouillard, et l’appel au peuple dans une combinaison populiste, mais qu’espérait d’autre le chef de l’État que voir une cohabitation avec Jordan Bardella ? À l’un la politique internationale et les liens avec le monde des affaires à rassurer, à l’autre le pays à mettre en ordre de marche sécuritaire et autoritaire par la peur, l’exclusion, la répression, la destruction du pacte républicain.
C’était sans compter sans l’élan immédiat de la gauche et sa capacité à se réunir le temps de construire une digue pour éviter le pire. Et l’échec fut au rendez-vous du président qui sauvait ce qu’il pouvait par le désistement des candidats de gauche en faveur de sa majorité qu’il avait sacrifiée, tout en conservant, par son double langage démagogique, la défense de la République, sauvant la face d’un coup perdant, mais qui ne saurait être la fin de la partie. La gauche se trouve en face de cet immense défi : que faire face à un Bonaparte ou un Louis Napoléon qui auraient échoué dans leur putsch de 1799 et 1851 ?
Sortir d’une dictature douce et technologique
L’objectif à atteindre est si haut qu’il ne pourra être réalisé rapidement ; il repose historiquement sur le combat de tous les républicains du XIXe siècle, partis à la reconquête de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Il faut une éducation nationale à la hauteur de l’enjeu, un plan immédiat de restructuration de toute l’école. Il faut une révolution écologique, pacifique mais ferme : prendre les décisions difficiles qui s’imposent désormais, quitte à mécontenter, mais désormais la nature a des droits.
Il faut un plan social pour retisser les liens et faire société, comme l’ont voulu les pères fondateurs de la République en 1792 puis en 1875 et en 1944. Il faut enfin structurellement sortir d’une dictature douce et technologique qui nous met à la merci des médias, des réseaux sociaux. Cette mutation technologique conservatrice et contre-révolutionnaire nous éloigne sans cesse de la politique, de la raison, de la discussion.
Cette contre-révolution médiatique déteste la politique car cette dernière élève l’intelligence critique et refuse d’obéir au pouvoir mortifère du capitalocène utilisant tous les moyens les plus sophistiqués pour décerveler dès le plus jeune âge le plus grand nombre.
Et l’on revient à l’éducation permanente, la fin de l’individualisme, la fin du carriérisme, la fin de l’égoïsme opportuniste servile, versatile, celui de tous les adorateurs du bonapartisme rampant et vrai cancer de notre vie politique depuis 230 ans.
Il faut désormais des gestes, des gestes de gauche, car il n’est plus question seulement de nous vivants, mais de nos enfants, de nos petits-enfants, du monde de demain, celui qu’il faut inventer à l’opposé de la transgression morbide de tous les fascismes à face de démocratie populiste illibérale, ou de républiques autoritaires. Maintenant, ici, pour demain. Le 11 juillet 1792 fut décrétée « la patrie en danger ».
Elle l’est aujourd’hui aussi, d’une autre façon. Il faut en prendre conscience et agir partout chez nous, au travail, là où nous vivons. Il faut refaire la république démocratique et repartir de la base : l’école. Le reste viendra ensuite et ça ira.