vendredi 17 avril 2026
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Débat général: l’Argentine se dissocie du Pacte pour l’avenir

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Débat général: l’Argentine se dissocie du Pacte pour l’avenir

(Le résumé complet de la réunion sera disponible ultérieurement.)

À peine s’est achevé, hier, un sommet de deux jours qui a conduit à l’adoption du Pacte pour l’avenir, pour garantir aux générations futures des sociétés justes et pacifiques, que les chefs d’État et de gouvernement réunis à New York se lancent dans le débat général, réunion annuelle de l’Assemblée générale qui débute aujourd’hui au Siège de l’ONU.  Le thème proposé se rapporte à cet avenir que tout le monde attend: « ne laisser personne de côté: agir ensemble pour la paix, le développement durable et la dignité humaine des générations présentes et futures ». 

 

« Vive la liberté, bordel! »

(Javier Gerardo Milei, Président de l’Argentine)

« Nous nous dissocions du Pacte pour l’avenir adopté dimanche », a lancé le Président argentin, qui a reproché au Pacte de n’être qu’une « aggravation du cap tragique emprunté par l’ONU », passée selon lui d’une organisation en quête de paix à une organisation qui impose à ses Membres un programme idéologique, dont le Programme de développement durable à l’horizon 2030 serait l’emblème. 

« Nous sommes à la fin d’un cycle; le collectivisme, la posture morale du programme woke se heurtent à la réalité; le Programme 2030 a échoué » a encore déclaré M. Milei, qui a annoncé que son pays allait « renoncer à sa position de neutralité historique » et serait désormais « à l’avant-garde de la lutte pour la défense de la liberté ». 

 

« Le Sommet sur l’avenir, qui s’est achevé hier,

a démontré notre conscience de notre responsabilité collective

à l’égard de notre avenir commun »

(Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Président de la Mauritanie)

Le Président a souhaité que les engagements que contient le Pacte pour l’avenir permettent de renforcer la confiance entre les nations et la coopération multilatérale. 

Sur le plan national, il a fait part des efforts « intensifs » de son pays pour raffermir l’état de droit et les institutions nationales, qui ont permis d’améliorer les indicateurs de nombreux ODD. 

La stratégie nationale de sécurité intégrée a en outre permis à la Mauritanie d’assurer sécurité et stabilité dans une région minée par la propagation du terrorisme et les crises politiques, a-t-il fait valoir. 

 

« Nous voulons participer à la construction d’une nouvelle architecture financière internationale,

dans laquelle une coopération plus étroite entre les États est nécessaire,

en vue de lutter efficacement contre les flux illicites de capitaux

et de récupérer les avoirs, souvent entravés de manière incompréhensible

par les pays qui détiennent les fonds sous leur contrôle »

(João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d’Angola)

 

« Nous ne sommes les serviteurs ni de la Russie, ni des États-Unis;

nous avons notre propre politique et notre propres intérêts »

(Aleksandar Vučić, Président de la Serbie)

Le Président serbe s’est également dit incrédule face à cette réalité que le monde est en outre au bord d’un holocauste nucléaire.  Dans notre désir de vaincre et de détruire l’autre, nous nous sommes rapprochés petit à petit du précipice et nous y sommes finalement arrivés, a-t-il constaté, ajoutant amèrement que le monde actuel est inapte à l’écoute des aspirations de paix des peuples. 

 

« Nous ne pouvons pas continuer à nous réunir, à parler, à nous engager,

mais sans agir.

Ne laissons pas ces jours où nous avions une chance, mais pas de volonté,

revenir nous hanter »

(Mohamed Muizzu, Président des Maldives)

Le Chef d’État a dénoncé le retard pris pour la réalisation des ODD, rappelant que moins d’un cinquième des cibles fixées en 2015 étaient en passe d’être atteintes d’ici à 2030.  Il s’est inquiété de voir le Pacte pour l’avenir suivre la même voie. 

 

« Nous, les Sud-Africains, savons à quoi ressemble l’apartheid. 

Nous ne resterons pas silencieux et ne regarderons pas l’apartheid

se perpétrer contre d’autres »

(Cyril Ramaphosa, Président de l’Afrique du Sud)

M. Ramaphosa a rappelé que son pays avait condamné l’attaque du Hamas à Gaza, voici 11 mois, mais a décrit la réaction d’Israël comme une punition collective. 

Le droit international ne peut être appliqué de manière sélective et aucun État n’est plus égal qu’un autre, a déclaré le Chef d’État, qui a ainsi motivé la saisine, par son pays en décembre dernier, de la Cour internationale de Justice pour lui demander une ordonnance empêchant Israël de commettre un génocide contre le peuple de Gaza. 

 

« Dire à quel point l’adhésion de l’État de Palestine nuirait au processus de paix,

c’est chercher à brouiller les pistes,

car il n’y a pas de partenaire israélien pour la paix sous le Gouvernement actuel,

ni de processus de paix en cours »

(Tamin bin Hamad Al Thani, Émir du Qatar)

L’Émir a aussi jugé regrettable que le Conseil de sécurité se soit abstenu d’accorder à l’État de Palestine une adhésion à part entière à l’ONU, malgré l’adoption d’une résolution à cet effet par l’Assemblée générale en mai dernier. 

Certes, que l’État de Palestine devienne Membre de plein droit de l’ONU ne lui apporterait ni la souveraineté, ni la fin de l’occupation; mais cela enverrait au moins un message au « Gouvernement d’extrême-droite » israélien que « la force n’annule pas le droit », a-t-il dit. 

 

« La forêt amazonienne brûle sans relâche,

sonnant le glas pour la planète »

(Gustavo Petro Urrego, Président de la Colombie)

Le Chef d’État colombien a exhorté tous les pays à agir en toute conscience pour que cesse « l’assassinat de la Terre nourricière ».  Face à l’« oligarchie mondiale dirigée par des puissances de mort », a-t-il dit, la démocratie du peuple doit se dresser pour sauver l’existence de l’humanité et de la planète. 

 

« Il est urgent que les résolutions du Conseil de sécurité soient mises en œuvre

et que le droit international humanitaire soit considéré comme une priorité absolue »

(Viola Amherd, Présidente de la Confédération helvétique)

Rappelant l’importance du droit international et des Conventions de Genève, la Présidente a déploré les attaques envers les populations et les infrastructures civiles que ce soit à Gaza, au Soudan ou en Ukraine. 

 

« Dans le futur que le Guatemala est en train de construire,

la migration sera un droit, pas une sentence

due à un manque d’opportunités, à la violence ou à la faim »

(César Bernardo Arévalo de León, Président du Guatemala)

Le Chef d’État a souligné que tous les migrants méritent d’avoir une vie digne et de voir leurs droits fondamentaux respectés, quelles que soient les raisons qui les ont poussés à migrer.  Les conflits et les migrations en Amérique centrale sont alimentés par l’un des plus grands défis au monde, la crise climatique, a-t-il indiqué, exhortant les grandes puissances à assumer leurs responsabilités à cet égard. 

 

« Je ne peux me rappeler des temps plus périlleux que ceux que nous vivons.

L’ONU est attaquée, littéralement et figurativement »

(Abdullah II ibn Al Hussein, Roi de Jordanie)

Le souverain a fait remarquer que pendant près d’un an le drapeau bleu ciel de l’ONU flottant au-dessus des écoles et abris à Gaza n’a pas été en mesure de les protéger des bombardements militaires israéliens.  « Il n’est pas surprenant que la confiance dans les idéaux onusiens s’effrite. »  Pour beaucoup, la dure réalité est que certains pays sont au-dessus du droit, que la justice plie devant le pouvoir et que les droits humains sont un privilège accordé à certains et refusé à d’autres, a-t-il relevé. 

 

« À Gaza des enfants trouvent la mort

mais c’est également le système de Nations Unies qui dépérit »

(Recep Tayyip Erdoğan, Président de la Türkiye)

Ces dernières années, ces murs sont devenus « une structure dysfonctionnelle », a déclaré le Président turc.  Martelant que « le monde ne se limite pas à cinq pays », le Chef de l’État a vu « l’exemple le plus éclatant » de ce dysfonctionnement dans « le massacre perpétré à Gaza » par « Netanyahu et son réseau de meurtriers ». 

Dans ce conflit, a-t-il ajouté, « les valeurs que l’Occident prétend défendre s’érodent, les espoirs de l’humanité de vivre dans un monde plus juste s’amenuisent de jour en jour ». 

 

Au Liban, « une guerre à large échelle

n’est dans l’intérêt de personne »

(Joseph R. Biden Jr., Président des États-Unis)

Le Président des États-Unis a assuré devant l’Assemblée générale que son pays fait tout son possible pour trouver une solution diplomatique, « la seule solution », et éviter une escalade régionale. 

Il a également jugé que l’heure était venue de mettre la dernière main au plan visant à un cessez-le-feu à Gaza et à la libération des otages, rappelant que « c’est aussi ce que veut le Conseil de sécurité ». 

 

« La guerre de Putin est un échec »

(Joseph R. Biden Jr., Président des États-Unis)

« Nous ne pouvons pas permettre que la lassitude l’emporte, nous n’allons pas détourner le regard, nous n’allons jamais cesser d’appuyer l’Ukraine tant qu’elle n’aura pas regagné sa paix, la paix qu’elle mérite, une paix juste et durable, comme le veut la Charte des Nations Unies », a déclaré le Président américain. 

 

« L’état dans lequel se trouve notre monde n’est pas viable.

On ne peut pas continuer ainsi »

(António Guterres, Secrétaire général de l’ONU)

À l’ouverture du débat général annuel de l’Assemblée générale, M. António Guterres a décrit un monde « pris dans un tourbillon » du fait de trois grands facteurs: le premier est un degré d’impunité indéfendable sur le plan politique et moralement intolérable. 

Le deuxième est l’augmentation des inégalités, qui « n’est pas une question technique ou bureaucratique », mais « une question de pouvoir, aux racines historiques », et qui se reflète jusque dans nos propres organisations Internationales. 

Le troisième est l’incertitude, aggravée par les deux menaces existentielles constituées par la crise climatique et les bouleversements technologiques rapides, notamment l’intelligence artificielle, et marquée par une anxiété à son comble face à un « sol qui se dérobe sous nos pieds ». 

Le Secrétaire général a vu dans le Sommet de l’avenir, achevé hier, un premier pas pour relever ces défis, tout en reconnaissant que le chemin à parcourir est encore long, en raison d’une « aversion au changement » de ceux qui détiennent, « ou croient détenir », le pouvoir politique et économique. 

Le débat général est prévu sur six jours: quelque 195 orateurs représentant l’ensemble des États Membres doivent s’exprimer de ce mardi 24 septembre à samedi 28 septembre, ainsi que le lundi 30 septembre, parmi lesquels 87 chefs d’État, dont 33 aujourd’hui. 

PRÉSENTATION DU RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR L’ACTIVITÉ DE L’ORGANISATION (A/79/1)

OUVERTURE DU DÉBAT GÉNÉRAL

Déclarations liminaires

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a constaté que « notre monde est pris dans un tourbillon », entre divisions géopolitiques, réchauffement planétaire, guerres sans fin et gesticulations nucléaires. Et si la moitié de l’humanité doit se rendre aux urnes cette année, « c’est sur l’humanité tout entière que pèsera l’issue de ces scrutins », a-t-il contemplé.  Face à ce tourbillon, M. Guterres s’est dit convaincu qu’on ne peut continuer ainsi mais qu’il est possible de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.  Cela exige de s’assurer que les mécanismes de règlement des problèmes internationaux « permettent bel et bien de régler les problèmes », a-t-il avancé, voyant dans le Sommet de l’avenir « un premier pas ». Pour y parvenir, il faut selon lui s’attaquer à trois grands facteurs de l’insoutenabilité que sont l’impunité, l’inégalité et l’incertitude. 

Qualifiant le degré d’impunité dans le monde d’« indéfendable sur le plan politique et moralement intolérable », le Secrétaire général a pointé le fait qu’un nombre croissant de gouvernements et d’autres acteurs se sentent autorisés à fouler aux pieds le droit international, à violer la Charte des Nations Unies et à ignorer les conventions relatives aux droits humains ou les décisions des tribunaux internationaux.  Ils peuvent bafouer le droit international humanitaire, envahir un autre pays, dévaster des sociétés entières ou mépriser le bien-être de leur propre peuple « sans que rien ne se passe ».  C’est le cas en Ukraine, où la population civile paie le prix d’une guerre qui s’étend.  C’est le cas aussi à Gaza, où le « cauchemar permanent » du conflit menace d’entraîner toute la région dans le chaos, à commencer par le Liban.

Rien ne peut justifier les actes de terreur commis par le Hamas le 7 octobre, ni les prises d’otages, ni le châtiment collectif infligé au peuple palestinien, a réaffirmé le Secrétaire général, tout en reconnaissant que la rapidité et l’ampleur du massacre et des destructions à Gaza ne ressemblent à rien de ce qu’il a connu depuis qu’il dirige l’ONU.  Rappelant que plus de 200 membres du personnel des Nations Unies ont déjà été tués, il a rendu hommage à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) et à tous les acteurs humanitaires présents à Gaza, avant d’appeler à un cessez-le-feu immédiat, à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages et au lancement d’un processus irréversible pour que la solution des deux États voie le jour.  Quelle est l’alternative? a-t-il demandé à « ceux qui continuent de saper cet objectif en multipliant les implantations, les expulsions, les provocations ». 

Du Soudan au Sahel, du Myanmar à la République démocratique du Congo, en passant par Haïti et le Yémen, les populations restent exposées à des souffrances effroyables, « sur fond d’incapacité chronique à trouver des solutions ».  Dans ce monde où de plus en plus de pays « occupent les espaces laissés vides par les divisions géopolitiques et font ce qu’ils veulent sans avoir à rendre de comptes », il est plus important que jamais de réaffirmer la Charte, d’appuyer le droit international et de renforcer les droits humains, a soutenu le Secrétaire général. 

Abordant l’augmentation des inégalités, M. Guterres a noté qu’un tiers des 75 pays les plus pauvres du monde se trouve aujourd’hui dans une situation pire qu’il y a cinq ans.  « Au cours de la même période, les cinq hommes les plus riches de la planète ont plus que doublé leur fortune », a-t-il relevé, ajoutant que 1% des habitants de la planète détient 43% de l’ensemble des avoirs financiers mondiaux. Et alors que certains gouvernements décuplent les inégalités en accordant des cadeaux fiscaux massifs aux entreprises et aux ultrariches, personne n’est plus lésé que les femmes et les filles du monde entier, a déploré le Secrétaire général.  Tout en condamnant les cas de féminicides, de violences fondées sur le genre et de viols collectifs, les lois utilisées pour menacer les droits reproductifs, et, en Afghanistan, l’oppression systématique des femmes et des filles, il s’est dit « désolé » de constater que moins de 10% des intervenants au débat général de cette semaine sont des femmes. 

Les inégalités mondiales se reflètent jusque dans nos propres organisations internationales, a poursuivi le Chef de l’ONU, pour qui « un changement s’impose » alors que l’Afrique ne dispose toujours pas d’un siège permanent au Conseil de sécurité.  De même, la lutte contre les inégalités exige une accélération de la réforme de l’architecture financière internationale, a-t-il plaidé, jugeant que les institutions de Bretton Woods ne sont plus en mesure de fournir un filet de sécurité mondial, ni d’offrir aux pays en développement le niveau de soutien dont ils ont besoin.  Pour redresser le cap, il faut selon lui que les pays du G20 financent le Plan de relance des objectifs de développement durable, que des réformes renforcent la capacité de prêt des banques multilatérales de développement et que soit encouragée une restructuration de la dette à long terme. 

Quant à l’incertitude, troisième facteur de l’insoutenabilité de notre monde, elle est alimentée par la menace existentielle que constitue la crise climatique.  Toutefois, si le problème s’aggrave, les solutions apportées deviennent plus efficaces, a nuancé M. Guterres, prenant l’exemple des énergies renouvelables, désormais accessibles et d’un coût abordable.  Signalant que, d’ici à l’an prochain, tous les pays devront élaborer de nouveaux plans d’action ambitieux ou déterminer leurs contributions au niveau national, le Secrétaire général a précisé que, selon l’Agence internationale de l’énergie, le niveau d’ambition à atteindre d’ici à 2035 est une diminution de 80% des émissions en moyenne dans les économies avancées et de 65% dans les marchés émergents.  À l’approche de la COP 29, il a souhaité que le fonds pour les pertes et les préjudices soit à la hauteur de l’enjeu et que les pays développés tiennent leurs promesses en matière de financement de l’adaptation.  Il a également demandé aux pays du G20 de mettre fin aux subventions et aux investissements liés aux combustibles fossiles, de financer à la place une transition énergétique juste et de « faire payer les pollueurs » via une redevance internationale de solidarité sur l’extraction. 

Autre menace existentielle aux conséquences imprévisibles, l’essor des nouvelles technologies, et notamment de l’intelligence artificielle, interroge, a encore observé le Secrétaire général.  Faute de mesures mondiales pour en gérer le déploiement, l’intelligence artificielle risque d’engendrer des divisions artificielles dans tous les domaines, a-t-il alerté, estimant toutefois que l’adoption du Pacte numérique mondial et les recommandations de l’Organe consultatif de haut niveau sur l’intelligence artificielle peuvent asseoir les bases d’une gouvernance inclusive en la matière.  « Ensemble, faisons de l’intelligence artificielle une force au service du bien », a-t-il lancé. 

Plus largement, a conclu le Chef de l’ONU, le Sommet de l’avenir a montré que nous pouvons unir nos forces dans un esprit de dialogue et de compromis pour engager le monde sur une voie plus durable.  « Ce n’est que le début, une boussole dans la tempête; il faut continuer sur cette lancée. »

M. PHILEMON YANG, Président de la soixante-dix-neuvième session de l’Assemblée générale, a accueilli les délégations en rappelant que le débat général reste « l’une des plateformes de réflexion mondiale et d’action collective les plus inclusives, représentatives et faisant autorité au monde ».  Cette année, a-t-il dit, l’accent sera mis sur la poursuite des objectifs de développement durable, dont seulement 18% ont été atteints, mais aussi sur la crise climatique, qui ravage les écosystèmes et démantèle les moyens de subsistance de communautés entières, et sur les conflits qui continuent de faire rage, du Moyen-Orient à l’Ukraine, d’Haïti au Soudan du Sud.  Il a profité de cette occasion pour appeler à un cessez-le-feu immédiat dans la guerre Hamas-Israël, ainsi qu’à la libération inconditionnelle de tous les otages et au respect par toutes les parties du droit international. Seule une solution à deux États peut mettre fin au cycle de violence et d’instabilité, garantissant la paix, la sécurité et la dignité tant aux Palestiniens qu’aux Israéliens, a-t-il affirmé.

Jugeant essentiel de ne pas détourner des ressources essentielles vers des stocks militaires, M. Yang a déploré que les armes nucléaires continuent de constituer une menace pour l’humanité et notre planète.  Il a appelé à des mesures urgentes pour l’abolition de ces « outils d’anéantissement de la race humaine et de notre environnement », avant d’encourager les États Membres à investir davantage dans l’instauration de la confiance et la pratique du dialogue, condition préalable à une paix et une sécurité durables. 

Alors que l’égalité des sexes reste un objectif lointain, que des millions de personnes restent piégées dans la pauvreté et que l’esclavage moderne persiste, le Président de l’Assemblée générale a condamné ces insultes à la dignité humaine et exigé de les combattre à tout moment dans chaque société.  Il est également urgent de réformer le système financier international, alors que trop de pays restent accablés par une dette écrasante, a-t-il ajouté, dénonçant par ailleurs une fracture numérique qui prive des populations entières des outils nécessaires pour réussir au XXIe siècle. 

Face à ces crises, a souligné M. Yang, nous disposons de l’un des outils les plus puissants pour un changement positif: « une coopération internationale fondée sur la vérité indéniable selon laquelle même les nations les plus puissantes ne peuvent pas résoudre seules ces défis complexes ». Cette vérité a été réaffirmée lors du Sommet de l’avenir, s’est-il félicité, saluant l’adoption par consensus du Pacte pour l’avenir, qui redynamise les institutions multilatérales pour répondre aux exigences d’un monde en évolution rapide. 

Pour le Président de l’Assemblée générale, un monde meilleur commence par la libération du potentiel de tous les peuples, sans négliger les défis auxquels font face les petits États insulaires en développement, les États en développement sans littoral, les pays les moins avancés et les petits États.  Il incombe à l’ONU de faire plus que simplement exprimer sa solidarité, a ajouté le Président de l’Assemblée générale, promettant de faire de cette question l’une de ses priorités. 

Également prioritaire, l’Afrique doit être soutenue, a poursuivi M. Yang, pour qui il importe de véritablement libérer le potentiel de ce continent et de cultiver des partenariats mondiaux qui correspondent à ses aspirations.  Il s’est dit impatient de travailler avec tous les États Membres pour maintenir l’Afrique au cœur de l’ordre du jour. 

Le Président de l’Assemblée générale entend par ailleurs donner la priorité au multilinguisme en tant que reconnaissance de la richesse culturelle et linguistique de notre monde.  À ses yeux, « la multitude de langues, de cultures et de perspectives ne doit pas être considérée comme une source de division mais comme une source de force ». 

Misant sur une semaine de haut niveau « très réussie », M. Yang a précisé qu’outre le Sommet de l’avenir récemment conclu et ce débat général en cours, auront lieu l’événement de haut niveau sur la résistance aux antimicrobiens, la réunion de haut niveau sur la réponse aux menaces existentielles posées par l’élévation du niveau de la mer et la réunion plénière de haut niveau pour promouvoir la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires.  Tout au long de cette session, nous aborderons les questions urgentes de notre temps, a-t-il promis, se disant convaincu qu’au-delà des différences de point de vue, les États Membres partagent le même objectif fondamental: « construire un monde meilleur, pour tous, partout ». 

Déclarations

M. LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA, Président du Brésil, a souligné l’alarmante escalade des tensions géopolitiques et des rivalités stratégiques.  « Le recours à la force, en contradiction avec le droit international, est devenu la norme. »  Nous sommes les témoins de deux conflits concomitants qui pourraient se transformer en déflagration généralisée, s’est-il inquiété.  Il a condamné l’invasion du territoire ukrainien, en ajoutant qu’aucune des parties à ce conflit ne pourra atteindre tous ses objectifs par des moyens militaires.  Il a jugé crucial de créer les conditions pour une reprise d’un dialogue direct entre les deux parties.  « C’est le message des six points de convergence que le Brésil et la Chine ont proposé pour un retour au dialogue et une cessation des hostilités. »

Le Président a ensuite évoqué la grave crise à Gaza et en Cisjordanie qui est en train de s’étendre au Liban.  « Ce qui a commencé comme une action terroriste perpétrée par des fanatiques contre des civils israéliens innocents est devenu un châtiment collectif pour l’ensemble du peuple palestinien. »  Le droit de se défendre est devenu un droit de se venger, empêchant ainsi un accord pour la libération des otages et différant tout cessez-le-feu, a tranché le Président. 

Il a ensuite abordé la crise climatique et le réchauffement climatique, « qu’il est impossible de nier ».  L’année 2024 devrait être l’année la plus chaude de l’histoire moderne, a-t-il dit, en signalant que le sud du Brésil a connu ses pires inondations depuis 1941.  Il a précisé que son pays a, l’année dernière, diminué de 50% la déforestation de l’Amazonie, dans l’objectif de l’éradiquer d’ici à 2030.  Il a aussi rappelé que le Brésil accueillera en 2025 la COP 30, se disant convaincu que seul le multilatéralisme permettra de surmonter l’urgence climatique.  Le Président a estimé qu’il est temps de discuter de la lenteur avec laquelle la planète se décarbonise et d’œuvrer à une économie qui soit moins dépendante des énergies fossiles. 

Le Président Lula da Silva a détaillé les efforts de défense de la démocratie dans son pays face aux attaques extrémistes, messianiques et totalitaires qui nourrissent la haine, le ressentiment et l’intolérance.  « C’est au nom de la démocratie que les Brésiliens ont vaincu les dictateurs et les tyrans qui ont essayé de saper les institutions et de les mettre au service de leurs intérêts réactionnaires. »  Dans un monde globalisé, cela n’a pas de sens de miser sur des « patriotes et isolationnistes défroqués », a tranché le Président brésilien.

Poursuivant son discours, le Président brésilien a fait remarquer que l’accès aux ressources financières demeure prohibitif pour de nombreux pays.  Le coût de l’emprunt des pays africains est près de huit fois supérieur à celui de l’Allemagne et quatre fois supérieur à celui des États-Unis, a-t-il déploré.  « C’est un Plan Marshall à l’envers, les plus pauvres finançant les plus riches. »  Il a appelé à une plus grande participation des pays en développement au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.  La fortune des cinq premiers milliardaires dans le monde a plus que doublé depuis le début de la décennie, tandis que 60% de l’humanité est devenue plus pauvre, a-t-il alerté.  « Les super-riches paient proportionnellement moins d’impôts que la classe ouvrière. »  Afin de remédier à une telle anomalie, le Président a défendu une coopération internationale afin de mettre en place une imposition internationale minimale.

Enfin, il a proposé plusieurs pistes de réforme de l’ONU, en demandant que le Conseil économique et social (ECOSOC) devienne le principal forum de discussion de développement durable et de la lutte contre les changements climatiques, avec une réelle capacité à influer sur les institutions financières. L’Assemblée générale devrait être revitalisée et la Commission de consolidation de la paix renforcée, a-t-il aussi recommandé.  Le fait qu’il n’y ait pas de pays d’Afrique et d’Amérique latine siégeant de manière permanente au Conseil est inacceptable, a encore jugé le Président. « Je ne me fais pas d’illusions sur la complexité d’une réforme comme celle du Conseil, avec des intérêts en faveur du statu quo bien établis. »  Cela va exiger un effort de négociation considérable, mais c’est notre devoir, a-t-il conclu. 

M. JOSEPH R. BIDEN, Président des États-Unis d’Amérique, a rappelé qu’il avait entamé sa carrière politique dans un monde divisé par la guerre froide et dans un pays en plein conflit avec le Viet Nam. Aujourd’hui, les États-Unis et le Viet Nam ont forgé une paix historique et un important partenariat, s’est-il félicité, voyant dans cette évolution la preuve de la capacité humaine de réconciliation. 

L’avenir est fait de menaces, mais aussi d’occasions à saisir, a estimé M. Biden, qui a rappelé son travail pour mettre fin aux conflits déclenchés dans le sillage des attaques du 11 septembre 2001, notamment en Afghanistan, et les nombreux partenariats que son pays a relancés ou créés sous sa présidence. Les partenariats sont la clef pour que les forces qui nous unissent soient plus puissantes que celles, centrifuges, qui veulent nous diviser, a-t-il insisté.

Concernant l’Ukraine, le Président a rappelé l’aide massive octroyée par son pays, suivi par l’OTAN et une cinquantaine d’autres États.  « La guerre de Putin est un échec », a-t-il affirmé.  La Russie a voulu défaire l’Ukraine, mais elle est toujours debout; elle a voulu défaire l’OTAN, mais elle est plus forte que jamais, avec la Suède et la Finlande qui ont rejoint ses rangs, a-t-il ajouté, avant de lancer un appel à résister à la lassitude et à persister dans les actions de soutien à l’Ukraine. 

M. Biden a souhaité que son pays poursuive une gestion responsable de la concurrence avec la Chine, pour éviter de possibles conflits.  Il a toutefois assuré de la détermination de son pays à résister à la coercition en mer de Chine méridionale, à maintenir la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan, ainsi qu’à protéger ses technologies de pointe.

Rappelant les horreurs du 7 octobre, M. Biden a évoqué l’enfer que vivent les familles des otages, mais aussi les civils à Gaza, déplorant la mort de milliers d’entre eux, dont des travailleurs humanitaires.  Ils ne sont pas responsables de la guerre initiée par le Hamas, a-t-il insisté.  Il a relancé un appel au cessez-le-feu et à la libération des otages, estimant qu’ainsi seulement l’on pourra assurer le retour des otages, la sécurité d’Israël et libérer Gaza de l’étau du Hamas.  Il a également demandé que soit mis un terme aux violences contre les Palestiniens de Cisjordanie, « inacceptables », préconisé une solution à deux États, avant d’avertir qu’au Liban, « une guerre à large échelle n’est dans l’intérêt de personne ».  À ses yeux, la paix permettrait au contraire de mieux faire face à la menace de l’Iran, et il a appelé à veiller à ce que ce pays ne mette jamais la main sur l’arme nucléaire.  Il a également cité le conflit au Soudan, exhortant le monde à cesser d’armer les généraux soudanais.

Les citoyens ont cependant besoin de davantage que l’absence de guerre, a poursuivi le chef d’État, demandant que chacun puisse vivre dans la dignité, à l’abri de la faim, de la maladie et des crises climatiques.  Il a rappelé que les États-Unis avaient contribué pour 150 milliards de dollars à la réalisation des objectifs de développement durable, dont 30 milliards pour la sécurité alimentaire, avant d’assurer que son pays était sur le point de quadrupler financement de l’action climatique pour les pays en développement.  Il a également dit vouloir lancer une initiative à même de mobiliser les financements pour les pays en développement et les aider à construire des infrastructures pour une énergie propre et à négocier la révolution du numérique. 

M. Biden a jugé nécessaire un élargissement du Conseil de sécurité, afin qu’il reflète le monde actuel.  Il a souhaité que les Nations Unies redeviennent le négociateur à même de conclure la paix et de mettre fin à la dissémination des armes les plus dangereuses, mais aussi qu’elles préparent les citoyens à l’avenir avec l’évolution fulgurante des nouvelles technologies.  À ce titre, il s’est félicité de la résolution sur l’intelligence artificielle adoptée par l’Assemblée générale. 

Ces nouvelles règles ne représentent toutefois qu’une modeste part du travail à accomplir, a averti M. Biden, qui a insisté sur la nature imprévisible des futurs développements et déploiements de l’intelligence artificielle. Le plus grand défi sera peut-être de faire en sorte qu’elle ne constitue pas un instrument de répression plus puissant encore entre les mains des dictateurs, a-t-il averti.

Revenant sur sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat, malgré son envie d’en faire plus, le Président des États-Unis a déclaré à ses homologues présents qu’il existe des choses plus importantes que de rester au pouvoir. Nous sommes au service de nos peuples, et non l’inverse, a-t-il insisté.  Enfin, il s’est félicité de ce que l’art de la démocratie transcende les frontières, que ce soit dans la lutte contre l’apartheid, avec les récentes manifestations au Venezuela ou chez les militants LGBT en Ouganda.  Aux quatre coins du monde, nous voyons des citoyens tenter de prendre les rênes de leur avenir, s’est-il félicité, y trouvant une source d’optimisme.

M. RECEP TAYYİP ERDOĞAN, Président de la Türkiye, s’est adressé à l’Assemblée en tant que dirigeant d’un pays qui n’est pas loin des tensions.  À ce titre, il a regretté que l’ONU peine à remplir sa mission fondatrice et se transforme peu à peu en une « structure dysfonctionnelle, lourde et inerte ».  La paix et la sécurité internationales sont trop importantes pour être « laissées à l’arbitraire des cinq privilégiés », s’est-il indigné, jugeant que l’exemple le plus dramatique de cette situation est le massacre qui se déroule à Gaza depuis 353 jours.  Suite aux attaques israéliennes, l’enclave est devenue le plus grand cimetière d’enfants et de femmes au monde, a dénoncé le chef d’État, pour qui, avec les enfants palestiniens, ce sont les espoirs de l’humanité qui meurent aussi. « Qu’attend le Conseil de sécurité pour empêcher le génocide à Gaza et dire stop à cette cruauté? » Quant à ceux qui soutiennent inconditionnellement Israël, il leur a demandé jusqu’à quand ils continueront à supporter « la honte d’être complices de ce massacre ». 

Accusant le Gouvernement israélien de conduire « un nettoyage ethnique » et une occupation « étape par étape », M. Erdoğan a estimé que les Palestiniens exercent à juste titre leur « droit légitime de résistance ».  Dans ce contexte, il a condamné l’attitude de ceux qui sont censés œuvrer pour un cessez-le-feu sous les projecteurs et qui continuent d’envoyer en coulisses des armes et des munitions à Israël.  À ses yeux, c’est d’autant plus incohérent que le Hamas a déclaré à plusieurs reprises son acceptation de la proposition de cessez-le-feu.  Face au refus de la paix exprimé par le Gouvernement israélien, il a réclamé que des « mesures coercitives contre Israël » soient inscrites à l’ordre du jour du Conseil.  « Tout comme Hitler a été arrêté par l’alliance de l’humanité il y a 70 ans, il doit en être de même pour Netanyahu et son réseau meurtrier », a-t-il martelé, estimant que le pouvoir de l’Assemblée générale de formuler des recommandations sur le recours à la force doit être pris en compte dans ce processus.  La Türkiye a démontré sa sensibilité sur cette question en devenant le pays qui envoie le plus d’aide à Gaza et en arrêtant ses transactions commerciales avec Israël, a signalé son Président, soutien ardent de l’action intentée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de Justice (CIJ) pour garantir que les crimes commis par Israël ne restent pas impunis. 

Abordant la situation des pays voisins du sien, M. Erdoğan a déploré que la Syrie reste aux prises avec des organisations terroristes et séparatistes. Il a souhaité que le processus politique progresse et que la réconciliation nationale se réalise.  Il a d’autre part salué les mesures prises par l’Iraq en faveur de sa réintégration dans la région.  Le succès de ces efforts dépend de l’élimination de la menace terroriste, notamment celle du PKK, a-t-il souligné, avant de plaider pour une relance du Plan d’action global commun avec l’Iran.  Après avoir promis d’augmenter l’appui de la Türkiye aux efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine « par la diplomatie et le dialogue », il a dit soutenir le processus de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, et a appelé la communauté internationale à reconnaître la République turque de Chypre du Nord. 

Avant de conclure, M. Erdoğan a fait observer que son pays est de ceux qui fournissent l’aide la plus élevée proportionnellement à leur revenu national et qui, ainsi, contribuent à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD).  Jugeant que toutes les nations devraient bénéficier de manière égale du pouvoir transformateur des technologies émergentes, notamment de l’intelligence artificielle, il a estimé que la Banque de technologies des Nations Unies pour les pays les moins avancés (PMA), que la Türkiye abrite, est une manifestation concrète de ces efforts.  Il a enfin souhaité que la COP 29 organisée à Bakou fasse progresser l’action climatique et s’est élevé contre le danger grandissant de l’islamophobie et les attaques visant l’institution familiale, « pilier fondamental de la société ». 

« Je ne peux me rappeler des temps plus périlleux que ceux que nous vivons », a d’emblée déclaré ABDULLAH II IBN AL HUSSEIN, Roi de Jordanie. « L’ONU est attaquée, littéralement et figurativement. »  Il a fait remarquer que pendant près d’un an le drapeau bleu ciel de l’ONU flottant au-dessus des écoles et abris à Gaza n’a pas été en mesure de les protéger des bombardements militaires israéliens.  « Il n’est pas surprenant que la confiance dans les idéaux onusiens s’effrite. »  Pour beaucoup, la dure réalité est que certains pays sont au-dessus du droit, que la justice plie devant le pouvoir et que les droits humains sont un privilège accordé à certains et refusé à d’autres, a-t-il relevé. 

Le Roi a rappelé que les attaques du 7 octobre contre des civils israéliens ont été condamnées par de nombreux pays dans le monde, y compris la Jordanie, avant d’ajouter que la terreur sans précédent déclenchée depuis à Gaza échappe à toute justification.  « Le Gouvernement israélien a tué plus d’enfants, de journalistes, de travailleurs humanitaires et de soignants que dans toute guerre récente. »  Il a également dénoncé les violations flagrantes du statu quo autour des lieux saints chrétiens et musulmans à Jérusalem. Ces horreurs répétées qui se normalisent pourraient faire advenir un monde où tout est permis, a averti le Roi. « Est-ce cela que nous voulons? »

Le Roi a jugé qu’il est temps d’apporter une protection au peuple palestinien, y voyant un devoir moral de la communauté internationale.  Un mécanisme de protection devrait être établi dans tous les territoires occupés face aux extrémistes qui poussent la région au bord du gouffre, a-t-il dit, en précisant que cela inclut tous ceux qui propagent l’idée selon laquelle la Jordanie pourrait être une patrie alternative. « Pour cette raison, je veux très clair, cela n’arrivera jamais. »  Le Roi a ajouté: « Nous n’accepterons jamais le déplacement forcé des Palestiniens qui constitue un crime de guerre. »

Il a observé que pendant des décennies, Israël s’est présenté sous les traits d’une démocratie à l’occidentale florissante au Moyen-Orient. Mais la brutalité de la guerre à Gaza amène le monde à y regarder de plus près, a-t-il dit. « Maintenant, beaucoup voient Israël à travers les yeux de ses victimes. »  Le Roi a affirmé que pendant des années le monde a accepté le statu quo d’une occupation militaire des Palestiniens tout en appelant, pour la forme, à la solution des deux États, mais il est de plus en plus évident, a-t-il ajouté, que le statu quo n’est plus tenable.  Il a rappelé que la Cour internationale de Justice (CIJ), dans un récent avis consultatif, a conclu à l’illicéité de l’occupation israélienne. « Cet avis est un impératif moral pour chacun d’entre nous. »

La guerre à Gaza doit cesser, a prié le Roi en appelant à la libération de tous les otages.  Enfin, le souverain a appelé tous les pays à se joindre au sien afin d’établir un pont humanitaire international pour Gaza, dans un effort de masse pour venir en aide aux plus démunis.  « Parce que l’aide humanitaire ne doit jamais être un instrument de guerre. » Il a conclu en exhortant tous les pays à rejoindre en conscience la Jordanie dans les semaines cruciales à venir pour s’acquitter de cette mission.

M. CÉSAR BERNARDO ARÉVALO DE LEÓN, Président du Guatemala, a salué l’Assemblée dans la langue du peuple quiché, pour souligner que la démocratie dans son pays ne pourrait exister sans la détermination des peuples mayas, métis, garinagu et xinca.  Il a remercié tous ceux qui l’ont soutenu depuis son élection à la présidence en 2023 dans sa volonté de rétablir les institutions démocratiques du pays, par le biais du dialogue et d’un grand consensus national contre la corruption enracinée dans un passé autoritaire, marqué par la répression, la violence politique et l’exclusion sociale.  M. Arévalo de León s’est dit convaincu que l’Assemblée générale peut être d’accord avec ce consensus: « nous ne pouvons pas continuer à tolérer la corruption ».  Il a comparé les abus de quelques-uns à une ancre qui nous fige dans le passé, qui nous empêche de construire une société fondée sur le bien commun, se disant heureux que le Guatemala soit en train de se « libérer de ces chaînes ».

De la même manière, « cette enceinte si importante » doit retrouver ses valeurs fondamentales et s’en servir pour s’orienter dans la réalité complexe d’aujourd’hui, a-t-il recommandé.  Il est temps de sauver le multilatéralisme, de revitaliser le dialogue pour la paix et d’agir concrètement pour trouver des solutions aux problèmes urgents, à commencer par la guerre, a lancé le Président guatémaltèque. « Nous ne devons pas abandonner l’espoir d’un monde sans guerre, d’un avenir dans la paix. »  Il a réitéré la solidarité du Guatemala avec les nations qui souffrent de conflits armés et de guerres injustifiées et a lancé un appel à redoubler d’efforts, aux niveaux régional et international, pour trouver des solutions pacifiques.  « Nous ne pouvons accepter aucune violation de la Charte des Nations Unies, ni des résolutions du Conseil de sécurité, de la part d’aucun État Membre de cette Organisation: ni en Ukraine, ni à Gaza, ni au Soudan, ni dans aucune autre partie du monde. »

Le Président du Guatemala a apporté son soutien à la réforme du Conseil de sécurité, jugeant inacceptable que certaines décisions en faveur de la paix ne puissent être adoptées en raison du droit de veto.  Pour sa part, fier de contribuer à sept missions de maintien de la paix, le Guatemala va prochainement déployer un contingent de police militaire à la Mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti, en vertu de la résolution 2699 (2023) du Conseil.

Par ailleurs, M. Arévalo de León a rappelé que l’Organisation a l’obligation de maintenir et d’accroître sa coopération afin d’assurer la protection des migrants et des personnes déplacées.  Dans le futur que le Guatemala est en train de construire, la migration sera un droit, pas une sentence due à un manque d’opportunités, à la violence ou à la faim, a espéré le Président.  Il a souligné que tous les migrants méritent d’avoir une vie digne et de voir leurs droits fondamentaux respectés, quelles que soient les raisons qui les ont poussés à migrer.  Les conflits et les migrations en Amérique centrale sont alimentés par l’un des plus grands défis au monde, la crise climatique, a souligné M. Arévalo de León avant d’exhorter les grandes puissances à assumer leurs responsabilités à cet égard.  Il a rappelé qu’il est primordial que la prochaine COP 29, qui aura lieu en Azerbaïdjan, soit une réussite.  Dans l’esprit du livre sacré du peuple maya, le Popol Vuh, il a conclu ainsi: « Que tous se lèvent, que personne ne reste en arrière. »

Mme VIOLA AMHERD, Présidente de la Confédération helvétique, a rappelé que, si le monde a changé, les principes restent identiques.  À quelques jours de la présidence suisse du Conseil de sécurité, mon pays s’inquiète de l’aggravation des tensions à travers le monde et de l’émergence de nouveaux conflits, a-t-elle déclaré.  Regrettant les violations des droits de l’homme et le mépris pour les frontières internationalement reconnues, elle a averti que la force risquait de prendre le pas sur le droit.  De grands défis se dressent devant nous, a poursuivi Mme Amherd, qui a mis en avant le rôle de l’ONU en tant que seule organisation universelle pour traiter de ces questions.  Il faut travailler ensemble et négocier avec toutes les grandes régions du monde, dans l’intérêt de tous et indépendamment des facteurs politiques, économiques ou culturels, a-t-elle insisté. 

« La recherche de la paix prime sur tout, et la Suisse s’y engage », a ensuite affirmé Mme Ahmerd, qui a rappelé la conférence de haut niveau pour la paix en Ukraine organisée par son pays, lors de laquelle une centaine d’États et d’organisations internationales ont pu réaffirmer leur engagement envers les principes de la Charte.  Rappelant l’importance du droit international et des Conventions de Genève, la Présidente a déploré les attaques envers les populations et les infrastructures civiles que ce soit à Gaza, au Soudan ou en Ukraine.  Il est urgent que les résolutions du Conseil de sécurité soient mises en œuvre et que le droit international humanitaire soit considéré comme une priorité absolue, a-t-elle insisté.  Mme Ahmerd a ensuite mis en avant le rôle des missions de paix.  Si elles n’atteignent pas toujours tous les objectifs qui leur sont fixés, elles contribuent jour après jour à la sécurité des personnes, a-t-elle rappelé, avant d’exhorter la communauté internationale à surmonter les désaccords et les intérêts particuliers. 

Mme Ahmerd a ensuite abordé d’autres défis que les conflits armés qui doivent eux aussi être relevés de toute urgence, comme les catastrophes naturelles et les conséquences des changements climatiques.  Appelant à renforcer l’engagement dans ces domaines, elle a déploré que de nombreux accords internationaux ne soient encore que trop peu appliqués, conduisant à une destruction massive de l’environnement.

Réitérant l’engagement de son pays en faveur de la liberté d’expression, la Présidente a regretté l’augmentation de la désinformation et appelé à démasquer les influences illégitimes en favorisant des débats ouverts, équitables et transparents. 

En conclusion, Mme Ahmerd a réaffirmé l’engagement de la Suisse envers le multilatéralisme et s’est félicitée de l’adoption du Pacte pour l’avenir.  Selon la Présidente, une de ses dimensions clefs est le Programme 2030 pour le développement durable.  « Nous avons besoin d’un cadre dans lequel nous pouvons travailler ensemble pour trouver des solutions », a-t-elle affirmé, estimant que le Pacte et les Nations Unies offrent ce cadre.

M. GUSTAVO PETRO URREGO, Président de la Colombie, a exhorté tous les pays à agir en toute conscience pour que cesse « l’assassinat de la Terre nourricière ».  Son allocution a été axée tout entière sur la nécessité que, face ce qu’il a qualifié à plusieurs reprises d’« oligarchie mondiale dirigée par des puissances de mort », se dresse la démocratie du peuple pour sauver l’existence de l’humanité et de la planète.  M. Urrego a répété que depuis sa venue à la tribune de l’Assemblée générale l’an dernier, le pire était plus sûr que jamais, ses manifestations les plus effroyables se déroulant sous nos yeux.  Ainsi a-t-il déploré qu’alors que les scientifiques avaient prévenu que si l’Amazone brûlait le point de non-retour climatique serait atteint, la forêt amazonienne brûle sans relâche, sonnant le glas pour la planète. 

Sur Gaza, le Président colombien a rappelé qu’il avait préconisé, avant même les premiers bombardements, la convocation d’une conférence internationale de paix pour la Palestine.  Il s’est ému de ce que désormais « les présidents de la mort et les médias qui sont à leur solde » rient de l’assassinat de 20 000 enfants sous les bombes.  Les puissances de mort, a-t-il accusé, veulent arranger le monde à leur guise, et pour ce faire ils s’affairent à contrôler l’humanité par la barbarie.  Quand Gaza mourra, c’est l’humanité tout entière qui périra, a-t-il prédit.  Selon lui, les enfants de Gaza étaient l’humanité, et les responsables de l’Armageddon du monde contemporain en cours sont les tenants de logiques infernales et mortifères.  Il a cité à cet égard la logique économique du libéralisme qui se traduit par une inégalité sociale inouïe, laquelle s’accommode du fait que 1% de l’humanité détient plus de richesse que les 95% restants.

Cette logique de destruction massive est la cause de la crise climatique et des bombes, c’est la volonté mercantile qui conduit à la destruction de l’atmosphère et de la vie et au triomphe d’un libre-échange qui maximise la mort et non la liberté, a déclaré M. Urrego pour qui ce n’est que dans un tel monde que « Netanyahou » peut agir comme il le fait, et que la mort peut être semée à l’envi au Soudan et ailleurs.  L’oligarchie mondiale conduisant l’humanité à sa propre extinction, le Président colombien a appelé les peuples, qui ne peuvent plus tolérer cela, à se mobiliser et à affirmer leur choix de la vie contre l’avidité et le choix de l’humanité contre le capital.  L’heure des peuples a sonné, a-t-il dit, exhortant les peuples à brandir « le drapeau multicolore de la vie », à agir localement dans le cadre d’une action mondiale et d’un socialisme nouveau.  Pour que le « réseau neuronal de l’humanité et la vie l’emportent », M. Urrego a appelé à prendre ce qu’il y a de meilleur dans chaque civilisation et à s’armer culturellement afin de livrer bataille en faveur de la vie humaine.  Une nouvelle histoire est sur le point de commencer, a-t-il conclu. 

M. TAMIM BIN HAMAD AL THANI, Émir du Qatar, s’est indigné de « l’agression flagrante » dans la bande de Gaza, selon lui la plus barbare, la plus horrible et la plus contraire aux normes internationales.  Il l’a d’ailleurs définie moins comme une guerre au sens classique que comme « un génocide », perpétré avec les armes les plus modernes, contre un peuple assiégé dans un « camp de concentration ».  De son point de vue, il n’est désormais plus possible de parler du droit d’Israël à l’autodéfense sans s’impliquer dans la justification du crime, et le fait de ne pas intervenir pour mettre fin à l’agression constitue un « scandale majeur ». 

Évoquant un « régime d’apartheid » dans l’État de Palestine, ainsi que la volonté parmi certains en Israël d’« éliminer un peuple », l’Émir s’est dit incrédule de découvrir que certains tentaient encore de rechercher des mesures innovantes pour gérer Gaza après la guerre en partant uniquement du « principe de sécurité » -comprendre, bien entendu, la sécurité de l’occupant, a-t-il ironisé.  M. Al Thani a aussi jugé regrettable que le Conseil de sécurité n’ait pas réussi à mettre en œuvre sa résolution pour un cessez-le-feu et qu’il se soit abstenu d’accorder à l’État de Palestine une adhésion à part entière à l’ONU, malgré l’adoption d’une résolution à cet effet par l’Assemblée générale en mai dernier.  Certes, que l’État de Palestine devienne membre de plein droit de l’ONU ne lui apporterait ni la souveraineté, ni la fin de l’occupation; mais cela enverrait au moins un message au « Gouvernement d’extrême-droite » faisant fi du droit international, à savoir que « la force n’annule pas le droit ».  Dire à quel point l’adhésion de l’État de Palestine nuirait au processus de paix, c’est chercher à brouiller les pistes, a poursuivi l’Émir; car enfin, il n’y a pas de partenaire israélien pour la paix sous le Gouvernement actuel, ni de processus de paix en cours, « mais plutôt un génocide », a-t-il répété. 

Dans ce contexte, Le Qatar a choisi d’entreprendre des efforts de médiation pour mettre fin à l’agression et pour libérer des prisonniers et des détenus.  L’Émir a insisté sur la complexité de la tâche, alors qu’« aucun parti n’hésite à assassiner les dirigeants politiques avec qui il négocie ».  Ces efforts, déployés en partenariat avec l’Égypte et les États-Unis, ont abouti à un accord sur une trêve humanitaire en novembre dernier, conduisant à un cessez-le-feu temporaire dans la bande de Gaza, à la libération de 240 prisonniers palestiniens et de 109 détenus à Gaza, ainsi qu’à une augmentation du flux des secours.  Le Qatar a aussi fourni une aide humanitaire aux habitants de Gaza et accru son soutien financier à l’UNWRA, une agence « calomniée pour des raisons politiques », liées à la volonté du Gouvernement israélien de liquider la question des réfugiés sans résoudre la question palestinienne.  La création d’un État palestinien indépendant dans le cadre d’une solution juste et durable est dans l’intérêt des deux peuples, israélien et palestinien.  « Nous n’atteindrons cet objectif qu’avec un partenaire sérieux. » 

S’agissant des derniers événements au Liban, l’Émir du Qatar a condamné une guerre dévastatrice qui est, selon lui, « le choix d’Israël », ses dirigeants sachant très bien qu’elle n’apportera pas la sécurité ni la paix au nord d’Israël ou au Liban, et que la clef de la sécurité était une paix juste.  « Arrêtez l’agression contre Gaza!  Arrêtez la guerre contre le Liban! » a-t-il lancé. 

M. CYRIL MATAMELA RAMAPHOSA, Président de l’Afrique du Sud, a estimé que la culture politique de son pays avait évolué et mûri, assurant que l’Afrique du Sud était entrée dans une nouvelle ère, pleine de promesses, que certains appelle « notre deuxième miracle » et qui voit les Sud-Africains de toutes les races se rallier au Gouvernement d’unité nationale. L’histoire de l’Afrique du Sud témoigne du rôle durable des Nations Unies dans les affaires mondiales, a-t-il estimé, expliquant qu’en « soutenant notre lutte, l’ONU a affirmé les principes de la Charte des Nations Unies – les droits fondamentaux de l’homme, la dignité et la valeur de chaque personne et l’égalité des droits des nations, grandes et petites ».

M. Ramaphosa a rappelé que son pays avait condamné l’attaque du Hamas à Gaza, voici 11 mois, mais a décrit la réaction d’Israël comme une punition collective.  La violence à laquelle le peuple palestinien est soumis est la sombre continuation de plus d’un demi-siècle d’apartheid, a estimé le Président sud-africain, qui a rappelé que « nous, les Sud-Africains, savons à quoi ressemble l’apartheid ».  « Nous ne resterons pas silencieux et ne regarderons pas l’apartheid se perpétrer contre d’autres », a-t-il lancé. 

Le droit international ne peut être appliqué de manière sélective et aucun État n’est plus égal qu’un autre, a déclaré M. Ramaphosa, qui a ainsi motivé la saisine par son pays, en décembre dernier, de la Cour internationale de Justice pour lui demander une ordonnance empêchant Israël de commettre un génocide contre le peuple de Gaza.  « Nous l’avons fait dans le cadre de nos obligations en tant qu’État partie à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », a-t-il expliqué, estimant que la seule solution durable au conflit est la création d’un État palestinien, existant côte à côte avec Israël et avec Jérusalem-Est comme capitale. 

Au nom de la « conscience morale », le Président sud-africain a ensuite exigé que tous les efforts soient déployés pour apporter la paix à la République démocratique du Congo, au Soudan, au Yémen, à l’Ukraine et à la région troublée du Sahel.  Il a demandé que soient concrétisées les aspirations du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination.  Il a réclamé de toute urgence une réforme du Conseil de sécurité pour le rendre représentatif et inclusif, se désolant de constater que l’Afrique et son 1,4 milliard d’habitants restent exclus d’une des principales structures de prise de décisions. 

Évoquant la crise climatique, devenue urgence climatique, M. Ramaphosa a rappelé que, bien qu’ils soient les moins responsables des changements climatiques, les pays en développement et particulièrement les pays africains sont en première ligne.  Il a jugé essentiel que les actions climatiques n’aggravent pas les inégalités mondiales ou n’étouffent pas les aspirations de développement des pays du Sud. Il a plaidé pour la mise en œuvre des instruments convenus de financement et de renforcement des capacités de lutte contre les changements climatiques, afin de faire progresser l’atténuation et l’adaptation.

Rappelant que le service de la dette prive les pays de fonds indispensables pour le développement social, le chef de l’État a soutenu l’appel du Secrétaire général en faveur d’une réforme de l’architecture financière mondiale et s’est prononcé en faveur de systèmes de financement du développement plus accessibles, plus agiles et plus équitables.  L’Afrique du Sud, qui assumera la présidence du G20 en 2025, entend utiliser cette occasion pour « défendre les peuples d’Afrique et de l’ensemble du Sud ».  En conclusion, il a souhaité que le Pacte pour l’avenir revigore la solidarité internationale, dans laquelle il a vu l’élément vital du progrès.

M. MOHAMED MUIZZU, Président des Maldives, a constaté que nous sommes réunis ici aujourd’hui à un moment délicat de l’histoire du monde.  L’humanité doit faire face à une série de crises qui ne cesse de s’allonger, a-t-il affirmé, évoquant les conflits, la pauvreté, la faim, les changements climatiques, les inégalités, l’inflation, les migrations, les occupations et la dépendance aux opioïdes.  Exhibant une carte mondiale des pays en crise, totalement rouge, il a rappelé que personne n’était épargné.  « Nous détournons le regard et continuons à faire comme si de rien n’était », a-t-il martelé, « alors que les alarmes retentissent, l’orchestre continue de jouer les mêmes vieux airs, tandis que le navire tout entier s’enfonce dans des eaux inconnues ».  Dans la même veine, il a exhorté l’Assemblée: « Nous avons besoin de Nations Unies dans l’harmonie et non de Nations Unies dans la misère. » 

Rappelant que les Maldives fêteraient le soixante-quinzième anniversaire de leur indépendance en 2040, le Président a souhaité que son pays devienne une nation développée à part entière d’ici là.  Il a également rappelé qu’en 1965, au moment de son indépendance, son pays était l’un des plus pauvres du monde, mais qu’il avait depuis atteint le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.  Détaillant son plan de développement fondé sur une productivité accrue, la numérisation d’une économie propulsée par l’intelligence artificielle et la valorisation de la beauté et des ressources marines d’un archipel aux 1 100 îles, il a affirmé que l’économie numérique devrait atteindre 15% du PIB d’ici à 2030.   

Dénonçant le retard pris pour la réalisation des ODD, M. Muizzu a rappelé que moins d’un cinquième des cibles fixées en 2015 étaient en passe d’être atteintes d’ici à 2030.  Il s’est inquiété de voir le Pacte pour l’avenir suivre la même voie.  « Nous ne pouvons pas continuer à nous réunir, à parler, à nous engager, mais sans agir », a-t-il lancé, exhortant à « ne pas laisser ces jours où nous avions une chance, mais pas de volonté, revenir nous hanter ».   

Le Président a condamné le « génocide perpétré par Israël à Gaza » et les raids israéliens au Liban qui coûtent la vie à des centaines de civils.  Il a dénoncé le ciblage des journalistes palestiniens et libanais par Israël comme une « tentative brutale d’empêcher le monde de connaître les crimes qu’il commet ».  Qualifiant ces crimes « d’actes de terrorisme », il a appelé à traduire les responsables en justice.  Il a également appelé à la reconnaissance d’un État palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.  

Face aux changements climatiques, « la plus grave menace pesant sur notre monde », il a expliqué que son pays s’était fixé comme objectif de couvrir un tiers de sa demande électrique grâce à des énergies renouvelables d’ici à 2028.  « Au nom du peuple maldivien, je vous implore: faites votre part, agissez dès maintenant! » a-t-il insisté, appelant les pays riches et les pays émergents à respecter les engagements financiers déjà pris, en particulier en matière d’adaptation.  Indiquant qu’il avait ratifié l’Accord se rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (Accord BBNJ) le matin même, il a appelé les autres États Membres à faire de même.

M. EMOMALI RAHMON, Président du Tadjikistan, a jugé plus important que jamais d’unir les forces de la communauté internationale pour protéger la sécurité, maintenir la stabilité et parvenir au développement durable.  L’heure a sonné de prendre des mesures concrètes et audacieuses, et de renforcer le rôle clef joué par les Nations Unies dans le rétablissement de la paix dans le monde, a-t-il déclaré.  Il a proposé l’adoption d’une résolution de l’Assemblée générale déclarant une décennie de promotion de la paix pour les générations présentes et futures. 

Parallèlement, M. Rahmon a tenu à insister sur le fait que son pays apporte un soutien indéfectible à la réalisation des ODD.  Cependant, de grandes difficultés entravent le financement du développement durable, parmi lesquelles des troubles sécuritaires, les crises économiques et financières, le réchauffement sans précédent de la planète ainsi que des pandémies.  Il a appelé à donner la priorité au financement du développement, notamment lors de la quatrième Conférence sur le financement du développement qui se tiendra en Espagne en 2025.

Après avoir évoqué la transition graduelle de son pays vers un système numérisé, M. Rahmon a proposé à l’Assemblée générale d’adopter une résolution spéciale sur le rôle joué par l’intelligence artificielle dans la création de nouvelles possibilités de développement socioéconomique et dans l’accélération de la réalisation des ODD dans la région d’Asie centrale.  Revenant sur le Pacte pour l’avenir adopté lors du Sommet qui vient de se tenir, il a considéré qu’il joue un rôle décisif dans la garantie de la paix et de la sécurité et du développement durable.  Selon lui, la communauté internationale se doit de prendre des mesures conjointes et efficaces pour contrer la menace du terrorisme, de l’extrémisme, du radicalisme, de la cybercriminalité, du trafic de drogue, du trafic d’armes et autres manifestations de la criminalité transnationale organisée. 

Par ailleurs, M. Rahmon s’est dit vivement préoccupé par la montée de l’islamophobie et la tendance de la politique de deux poids, deux mesures dans les relations internationales au cours des dernières années.  C’est pourquoi, au mois de novembre, le Tadjikistan organisera avec le Koweït, en coopération avec le Bureau des Nations Unies contre le terrorisme, la prochaine réunion de haut niveau dans le cadre du processus de Douchanbé sur la lutte antiterroriste. 

Sur les questions de sécurité, le Président a tenu à rappeler que la crise palestinienne reste une source de vive préoccupation.  Le Tadjikistan est d’avis qu’un règlement concret et définitif du conflit n’est possible qu’en mettant en œuvre les résolutions des Nations Unies portant sur la reconnaissance d’un État indépendant de Palestine dans les frontières de 1967.  En outre, M. Rahmmon a soutenu la pérennisation de la paix en Afghanistan et a fait savoir que le Tadjikistan est prêt à fournir son aide au développement et au redressement.  Il a exhorté la communauté internationale à ne pas ménager ses efforts pour soutenir le peuple afghan qui souffre de longue date, et ce, afin d’éviter une crise humanitaire dans le pays.

Inquiet des effets des changements climatiques, en particulier la fonte des glaciers dans son pays, M. Rahmon a indiqué que la première conférence internationale de haut niveau sur les glaciers aura lieu à Douchanbé, au Tadjikistan, l’année prochaine, en coopération avec l’UNESCO et l’Organisation météorologique mondiale.  Elle jouera un rôle décisif pour évaluer l’ampleur du problème et pour étudier des stratégies spécifiques et des solutions.  Le Tadjikistan a aussi lancé une autre initiative, avec la France, pour que 2025-2034 soit déclarée décennie d’action pour les sciences cryosphériques.

M. GITANAS NAUSĖDA, Président de la Lituanie, s’est félicité de la récente adoption du Pacte pour l’avenir, par lequel les dirigeants mondiaux ont réaffirmé leur engagement en faveur du multilatéralisme.  Si l’ordre mondial fondé sur des règles mis en place au cours des dernières décennies n’a jamais été parfait, il nous a néanmoins aidés à trouver des solutions communes aux défis mondiaux tels que les changements climatiques ou le terrorisme.  Or, depuis plus de 10 ans, quelque chose de complètement différent s’est produit lorsqu’un membre permanent du Conseil de sécurité a lancé une « agression militaire contre un État Membre pacifique », s’est insurgé le Président.  

Aujourd’hui, malgré une nouvelle crise au Moyen-Orient et des tensions croissantes dans la région indopacifique, la guerre d’agression menée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine constitue, selon lui, « la menace la plus dangereuse » à l’ordre international.  « Chaque membre de l’ONU, chaque nation souveraine a beaucoup à y perdre », a-t-il prévenu.  Pour bien comprendre ce qui est en jeu, M. Nausėda a invité à prêter attention aux paroles des dirigeants russes et de leurs représentants au Conseil de sécurité, lorsqu’ils ont ouvertement admis leur intention « d’effacer l’Ukraine de la surface de la Terre ».  « Si une nation souveraine est menacée de destruction complète, aucun pays n’est vraiment en sécurité », a-t-il ajouté, tout comme « si les massacres, les déportations et les attaques délibérées contre la population civile deviennent la nouvelle norme, aucun pays n’est vraiment en sécurité ».

« La Russie offre au monde un retour à l’ère de la conquête impériale, de la domination coloniale et du génocide », a encore mis en garde le Président lituanien.  Or, a-t-il lancé, « l’Ukraine se bat pour nous tous! », afin d’éviter que de « puissants voisins » se convainquent que « désormais, tout différend doit être réglé par la force ».  Pourtant, jusqu’à présent, notre réponse collective a été insuffisante.  À ses yeux, la raison de cette impuissance réside dans le fait que « l’agresseur se cache sous le couvert du statut de membre permanent du Conseil de sécurité ».  Ainsi dissimulée « à la vue de tous », la Fédération de Russie « se moque de chacun d’entre nous avec son droit de veto illimité », a fustigé M. Nausėda, « un coup terrible porté à la crédibilité même du système des Nations Unies ».  Dénonçant les appels à la reddition de l’Ukraine, il s’est demandé pour quelle raison l’agresseur devrait être « récompensé ».  Pourquoi la politique d’apaisement devrait-elle fonctionner cette fois-ci, alors qu’elle a échoué de manière spectaculaire il y a près de 90 ans?  Pourquoi la victime devrait-elle accepter les exigences du « terroriste en chef, assis en sécurité au Kremlin, après tant de sang versé et de pertes de vies innocentes? » 

Le fait est l’Ukraine est « toujours forte », a poursuivi le Chef d’État, et qu’elle seule a le droit de déterminer les conditions de la paix.  Dans l’intervalle, il a jugé du devoir de chacun de la soutenir.  Après les attaques « délibérées et constantes » menées par la Russie contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, M. Nausėda a appelé à concentrer l’aide sur l’énergie afin d’éviter une catastrophe humanitaire.  Il a également incité les « autres parties », notamment le Bélarus, l’Iran, la République populaire démocratique de Corée et la Chine, à cesser de fournir un soutien militaire à Moscou, y compris le transfert de matériel « à double usage ».  La Fédération de Russie devra, selon lui, « expier ses nombreux crimes » et payer des dommages.  Quant aux principaux responsables, à commencer par le Président Putin, ils devront, selon lui, comparaître devant la Cour pénale internationale (CPI).  « La Russie n’a tout simplement pas sa place au Conseil de sécurité », qui doit être réformé, a-t-il conclu. 

M. JULIUS MAADA BIO, Président de la Sierra Leone, a rappelé la guerre civile qui a frappé son pays il y a plus de 30 ans.  La Sierra Leone a surmonté cette période de son histoire grâce à une vision commune, un dialogue authentique et une gouvernance engagée, s’est-il félicité, notant toutefois que la paix durement gagnée n’en demeure pas moins fragile.  Cette histoire façonne l’implication de la Sierra Leone au sein du Conseil de sécurité, où elle s’efforce d’être une voix de raison et de défendre le respect du droit international et de la Charte des Nations Unies, a-t-il assuré.

Cet engagement est plus nécessaire aujourd’hui encore avec les conflits qui frappent le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie et l’Europe de l'Est, a-t-il souligné, lançant un appel au cessez-le-feu à Gaza, mais aussi dans la région dans son ensemble, ainsi qu’au Soudan, dans l’est de République démocratique du Congo et en Ukraine.  S’exprimant en tant que Président d’un pays qui a connu la dévastation des conflits armés, il a considéré que la paix ne peut être conclue de manière isolée, mais à travers le déploiement de processus politiques.

Évoquant le travail accompli au Sahel et en Afrique de l’Ouest pour endiguer la propagation du terrorisme, il a exhorté la communauté internationale à renforcer son soutien à ces efforts.  Il a notamment insisté sur la nécessité d’assister les pays en première ligne, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger. 

Dénonçant la composition du Conseil de sécurité, jugée injuste et déséquilibrée, il s’est prononcé en faveur d’une réforme à même de sauvegarder son efficacité et sa légitimité.  Dans le cadre de sa présidence du Conseil, a-t-il rappelé, la Sierra Leone a lancé un débat pour souligner l’importance d’accorder la priorité à l’Afrique dans cette réforme.  À ce titre, il a réitéré le soutien de son pays à la requête de l’Union africaine (UA), telle que formulée dans le consensus d’Ezulwini, à savoir octroyer au continent deux sièges permanents et deux autres non permanents.

Détaillant des initiatives déployées à l’échelle nationale, il a mentionné un plan national de développement pour la période 2024-2030, aligné sur les ODD et l’Agenda 2063 de l’UA, pour accélérer la transformation de l’agriculture, des questions alimentaires, de la sécurité et du capital humain. Il a également cité la mise en place d’une éducation gratuite, une nouvelle loi pour interdire le mariage des enfants, ainsi que d’un texte instituant l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes.  Il a déclaré, à cet égard, son soutien au programme pour les femmes et la paix et la sécurité du Conseil de sécurité et à l’adoption par l’Assemblée générale d’une résolution condamnant toute forme de violence sexuelle ou basée sur le genre.  Il a annoncé que son pays compte lancer des travaux visant à organiser une conférence en vue d’introduire un instrument international juridiquement contraignant sur l’accès à la justice des victimes de violences sexuelles.

Enfin, le Président a relevé que les pays en développement sont de moins en moins susceptibles de concrétiser les ODD, en raison d’une crise de la dette ingérable, de flux de capitaux insuffisants, des effets dévastateurs des changements climatiques et des instabilités politiques.  Dans ce cadre, il a souligné l’importance des institutions qui financent le développement.  Partant, il a réitéré le soutien de son pays au communiqué de Nairobi de l’Association internationale de développement, en vue d’octroyer des financements abordables pour que les pays africains puissent développer leurs systèmes d’éducation et de santé, faire face aux effets des changements climatiques et élargir l’accès à l’électricité et au numérique.  Citant un proverbe africain –« nos deux mains ne se lavent pas elles-mêmes mais l’une l’autre »– il a conclu sur un appel à la sauvegarde du multilatéralisme et à l’unité dans la diversité.

M. ALEKSANDAR VUČIĆ, Président de la Serbie, a déploré que, cette année encore, des conflits tragiques et des destructions entraînant des souffrances atroces et d’immenses pertes humaines sont au cœur du débat général.  Citant les événements tragiques en cours au Moyen-Orient et en Ukraine, il a estimé qu’il est impardonnable qu’aujourd’hui, au XXIe siècle, les États Membres égrènent à la tribune de l’Assemblée les chiffres horribles d’enfants morts dans des conflits. 

Le Président serbe s’est également dit incrédule face à cette réalité que le monde est en outre au bord d’un holocauste nucléaire.  Dans notre désir de vaincre et de détruire l’autre, nous nous sommes rapprochés petit à petit du précipice et nous y sommes finalement arrivés, a-t-il constaté, ajoutant amèrement que le monde actuel est inapte à l’écoute des aspirations de paix des peuples.  Aussi a-t-il appelé à restauration de la crédibilité et de l’autorité érodées de l’ONU, en mettant un terme à la pratique d’une politique de deux poids, deux mesures et en insufflant de nouveau la foi dans le droit international et les principes essentiels sur lesquels les pays se sont mis d’accord il y a longtemps, en adoptant la Charte des Nations Unies.  Nous devons restaurer la foi dans la paix, nous le devons à toutes les victimes innocentes, où qu’elles soient dans le monde, à toutes les générations actuelles et futures, a-t-il déclaré. 

Le Président serbe est ensuite revenu longuement sur les heures sombres de l’histoire européenne, pointant d’abord du doigt les États Membres qui parlent, ici et aujourd’hui, avec force et ardeur de la nécessité que l’Ukraine recouvre sa liberté et du respect de la Charte des Nations Unies et de ses résolutions. Or, en 1999, ici, à l’ONU, a été prise la décision d’attaquer et d’agresser, de bombarder la Serbie, a-t-il souligné, accusant les États Membres de ne s’être alors pas souciés le moins du monde de la Charte des Nations Unies, de ses résolutions et du droit international. 

M. Vučić a ensuite accusé ceux qui ont alors commis l’agression contre la Serbie d’essayer de la séparer, aujourd’hui encore, d’une partie de son territoire, le « Kosovo-Metohija ».  Ils fournissent quotidiennement des armes aux prétendues forces de sécurité du Kosovo, lesquelles pourraient devenir demain les forces armées des Albanais sur le territoire de la Serbie, s’est inquiété le Président serbe. 

« Nous ne sommes les serviteurs ni de la Russie ni des États-Unis; nous avons notre propre politique et notre propres intérêts », a insisté le Chef d’État, qui a invité ses homologues à bien assimiler les mécanismes du mensonge dans les relations internationales.  C’est ainsi, a-t-il expliqué, qu’on pourra tenter de les changer au sein de l’ONU, seul moyen de préserver la paix dans un monde au bord de la catastrophe, dans lequel chacun refuse de reconnaître des erreurs et prétend défendre des principes, « alors qu’il est clair qu’en fait personne n’en a », sinon les « petits ».  M. Vučić a opposé ces « petits » États aux « grands », estimant que ces derniers se souvenaient de l’existence de principes seulement lorsque, ayant écrasé tous les petits, ils en étaient réduits à s’entre-dévorer.  La chose étant alors plus difficile et plus douloureuse, ils s’accusent mutuellement de violer ces mêmes principes qu’ils ignoraient jusqu’alors, a-t-il argué. 

Affirmant que la Serbie restera engagée dans le dialogue constructif et ouvert avec Pristina sous les auspices de l’Union européenne, M. Vučić a conclu en affirmant que son pays lutterait pour préserver la paix mais en ne renonçant jamais à sa liberté et son indépendance. 

M. JOÃO MANUEL GONÇALVES LOURENÇO, Président de la République d’Angola, a mis l’accent sur l’adaptation du Conseil de sécurité aux réalités du monde contemporain.  Une réforme du Conseil et des institutions financières internationales est urgente et nécessaire pour donner une voix aux pays du « Sud global », a-t-il argumenté. 

Profondément engagé dans le processus de recherche de solutions aux conflits en Afrique, le Président angolais a rappelé que, dans le cadre de la feuille de route de Luanda, un cessez-le-feu avait été conclu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et était entré en vigueur le 4 août.  Pour consolider les acquis obtenus, une proposition d’accord de paix a été mise sur la table par l’Angola, impliquant la RDC et le Rwanda; ses termes sont en cours de discussion, a-t-il précisait, ajoutant que l’objectif est de parvenir à un accord pour sceller la signature de l’accord de paix définitif et le rétablissement des relations entre les deux pays.  Très préoccupé par la situation au Soudan où fait rage, « dans une certaine apathie de la communauté internationale », une guerre violente avec des conséquences humanitaires dramatiques, l’Angola souhaite là aussi apporter son expérience acquise dans la résolution, par le dialogue, de son propre conflit interne. 

M. Lourenço a relevé que les pays africains cherchaient à contribuer de plus en plus efficacement aux missions de stabilisation des Nations Unies. Hélas, a-t-il tempéré, ces opérations de paix ne sont pas menées aussi souvent et aussi efficacement qu’elles devraient l’être, « en raison des contraintes financières des pays désireux d’y participer ».  Il s’est toutefois réjoui que cette contrainte ait apparemment été enfin surmontée au niveau du Conseil de sécurité.  Il y a vu une étape décisive dans le renforcement des missions dirigées par l’Union africaine, qui dispose désormais d’un mécanisme de financement plus approprié. 

Concernant les flux illicites de capitaux et la récupération d’avoirs, le Président angolais a déploré que les efforts étaient souvent « entravés de manière incompréhensible par les pays détenant les fonds ».  Récupérer ces ressources a pourtant un effet direct sur la mise en œuvre des objectifs de développement durable et donc sur l’amélioration des conditions de vie générales de la population, a-t-il fait valoir. L’Angola, a-t-il affirmé, a fait des progrès importants dans la lutte contre la corruption, avec des cas concrets de citoyens jugés et condamnés ayant vu leurs avoirs recouvrés en faveur de l’État. Concernant la récupération d’avoirs, il a cité deux exemples de succès.  Les autorités britanniques ont ainsi restitué à l’Angola 2,5 milliards de dollars américains se trouvant dans une banque à Londres, « et il est juste de le reconnaître publiquement sur cette scène mondiale ».  Malheureusement, des pays ayant accepté de recevoir ces avoirs corrompus sans poser de questions à l’époque ne respectent pas les peines obligatoires prononcées aujourd’hui par les tribunaux angolais.  « Certains pays s’arrogent même le droit de remettre en question la crédibilité de nos tribunaux », a protesté le Président Lourenço, comme s’il s’agissait d’organes d’appel extraterritoriaux.  Or ces avoirs sont « la propriété de nos États, déjà appauvris pendant la période coloniale », a-t-il argumenté. 

(à suivre)

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