Le premier ministre français promet de réduire la dette et de durcir l’immigration
Le premier ministre français Michel Barnier a assuré mardi devant l’Assemblée vouloir ramener le déficit sous 3 % du PIB en 2029, en mettant à contribution des « grandes entreprises » et les « Français les plus fortunés », mais il dispose d’une marge de manoeuvre étroite en l’absence de majorité.
Près d’un mois après sa nomination par le président Emmanuel Macron, le nouveau chef du gouvernement issu du parti de droite Les Républicains (LR), imperturbable malgré le chahut dans l’hémicycle, a également abordé dans son discours de politique générale la question inflammable de l’immigration « que nous ne maîtrisons plus de manière satisfaisante ». Il a annoncé un durcissement des mesures en France, à l’instar d’autres pays européens.
« La véritable épée de Damoclès, c’est notre dette financière colossale […] qui, si l’on n’y prend garde, placera notre pays au bord du précipice », a-t-il affirmé, alors que le déficit de la France risque d’atteindre 6 % du PIB cette année, loin des 3 % fixés par Bruxelles.
Le nouveau premier ministre compte désormais atteindre ce seuil de 3 % deux ans plus tard que l’échéance fixée par le précédent gouvernement.
« Le premier remède de la dette, c’est la réduction des dépenses » et le deuxième « l’efficacité des dépenses », a-t-il martelé. Le troisième remède sera le plus douloureux : le levier fiscal.
« Nos impôts sont parmi les plus élevés du monde » mais « la situation de nos comptes demande aujourd’hui un effort limité dans le temps qui devra être partagé », a plaidé le chef du gouvernement, en évoquant une participation demandée « aux grandes entreprises qui réalisent des profits importants », ainsi qu’« une contribution exceptionnelle aux Français les plus fortunés ».
Mais l’effort pour réduire la dette proviendra en 2025 aux « deux tiers » de la réduction des dépenses, a-t-il assuré.
La marge de manoeuvre de Michel Barnier est très étroite. La situation financière explosive du pays s’ajoute à l’absence de majorité à l’Assemblée.
Et ses alliés du bloc macroniste l’exhortent à ne pas détricoter la politique notamment d’allégement fiscal menée depuis sept ans.
« Nous serons nombreux à ne pas pouvoir soutenir un gouvernement qui augmenterait les impôts », a prévenu dimanche l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, écarté du gouvernement.
« Mieux contrôler nos frontières »
Les récentes législatives anticipées en France, convoquées par le président Macron après l’échec cuisant de son parti aux élections européennes début juin, ont débouché sur une Assemblée fragmentée en trois blocs irréconciliables : la gauche, dont la coalition est arrivée première aux élections mais qui est absente du gouvernement, le centre droit macroniste, et l’extrême droite de Marine Le Pen.
Le Rassemblement national de Marine Le Pen, parti qui compte le plus de députés, se trouve en position d’arbitre.
La pression est énorme pour le nouvel exécutif : alors que l’extrême droite l’a mis « sous surveillance » et peut le faire tomber à tout moment en votant une motion de censure de la gauche, cette dernière a promis d’en déposer une dès cette semaine.
Pour tenter de satisfaire l’aile gauche, et comme une première réponse aux milliers de personnes qui manifestaient mardi en France, à l’appel de plusieurs syndicats, pour que le gouvernement « réponde aux exigences sociales », le premier ministre a annoncé tendre la main aux partenaires sociaux pour discuter notamment des retraites, dont la réforme en 2023 a provoqué un vaste mouvement de contestation populaire.
M. Barnier a également mentionné la « dette écologique », confirmant la poursuite du développement du nucléaire « mais aussi des énergies renouvelables ».
Parallèlement, sur l’immigration, cheval de bataille de la droite et de l’extrême droite, Michel Barnier a annoncé vouloir « mieux contrôler nos frontières » et faciliter « la prolongation exceptionnelle de la rétention des étrangers en situation irrégulière, pour mieux exécuter les obligations de quitter le territoire français (OQTF) ».
Il a également affirmé ne pas s’interdire la réduction des visas envers les pays rechignant à reprendre leurs ressortissants, et a promis d’être « impitoyable » avec les passeurs de migrants en Méditerranée ou dans la Manche, où les naufrages meurtriers se multiplient ces dernières années.
Ces propos font écho à ceux de son ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, partisan d’une ligne dure, et qui à peine nommé, a généré plusieurs polémiques, affirmant notamment que « l’immigration n’est pas une chance ».
Insuffisant pour Marine Le Pen, qui a aussitôt exigé dans l’hémicycle que le gouvernement présente une nouvelle loi immigration début 2025, en reprenant les mesures censurées par le Conseil constitutionnel en janvier.