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Présidentielle américaine : Pourquoi une victoire de Donald Trump est possible

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Présidentielle américaine : Pourquoi une victoire de Donald Trump est possible
Donald Trump le 14 octobre 2024. L'ancien président a des chances de remporter l'élection le 5 novembre prochain.

EDITORIAL - A moins d’un mois de l’élection présidentielle américaine, Donald Trump semble avoir de réelles chances de l’emporter. La Kamalamania qui avait suivi l’investiture de Kamala Harris après la renonciation de Joe Biden, s’essouffle. Et Donald Trump martèle ce qu’au moins une moitié de l’Amérique a envie d’entendre.

Les électeurs américains voteront le 5 novembre prochain pour choisir un président mais surtout un « commander in chief », un chef des armées, à même de tenir solidement la barre face à tous les défis économiques et sécuritaires que doit relever la première puissance mondiale. « Est-ce que vous imaginez Kamala Harris face à Vladimir Poutine ou Xi Jinping ? » martèle Donald Trump dans ses meetings et ce très machiste discours semble porter. Si le choix appartenait aux électeurs du Vieux continent, tout serait déjà plié en faveur de la candidate démocrate. Mais ce sont les Américains qui votent et à moins d’un mois de l’élection, Donald Trump semble avoir de réelles chances de l’emporter.

Le scrutin s’annonce toujours très serré et, à en croire les sondages, aucun des deux candidats n’a encore réussi à creuser vraiment l’écart, y compris auprès des électeurs des sept « swing states », ces « Etats indécis », qui votent, selon les scrutins, démocrate ou républicain et qui seront une fois de plus décisifs. Dans cette bataille Donald Trump profite aussi des faiblesses montrées par Kamala Harris dont la campagne est à la peine.

La Kamalamania s’essouffle

« Une très grande majorité d’Américains pensent que le pays va dans la mauvaise direction et sur les deux sujets de préoccupation majeure – l’inflation, qui impacte lourdement le quotidien notamment par le coût du logement malgré la bonne santé de l’économie, et l’immigration –, Donald Trump est perçu comme plus compétent », analyse Alexandra de Hoop Scheffer, présidente du German Marshall Fund, un des plus prestigieux think tanks américains. En outre, avec les risques d’un embrasement du Moyen-Orient mais aussi les effets dévastateurs des deux ouragans qui ont frappé la Floride, les électeurs s’interrogent avant tout sur les capacités de l’un ou de l’autre des deux candidats à faire face à des crises majeures. Malheureusement Donald Trump est perçu par nombre d’électeurs comme « l’homme fort qui peut s’imposer face à des dirigeants étrangers peu sympathiques », selon la politologue.

La Kamalamania qui avait suivi l’investiture de Kamala Harris après la renonciation de Joe Biden, s’essouffle. La candidate démocrate avait su profiter des opportunités qui s’étaient ouvertes, se montrant pugnace dans son débat télévisé avec Donald Trump et habile dans le choix de son vice-président Tim Walz, père tranquille du Midwest, à même de rassurer un électorat populaire mais aussi les franges démocrates les plus progressistes. Mais cela n’a pas suffi.

 

Elle a joué une partition prudente, trop prudente, visant clairement à séduire au centre les électeurs encore hésitants, y compris ceux qui, dans le camp républicain, abhorrent Donald Trump. Ainsi, elle s’est affichée avec l’ancienne députée républicaine Liz Cheney, fille de Dick, l’ancien vice-président et chef de file des « néo-conservateurs » qui, avec George W. Bush, avaient lancé les Etats-Unis dans deux décennies de guerres sans fin contre le terrorisme. Elle assure désormais être en faveur du mur à la frontière mexicaine pour freiner l’immigration clandestine et même assure avoir chez elle une arme qu’elle n’hésiterait pas à utiliser contre un éventuel cambrioleur. Ce positionnement dénoncé par certains comme du « trumpisme soft » douche l’enthousiasme des plus militants.

Face aux outrances de Trump, le positionnement raisonnable de Harris n’imprime pas

« Kamala est dans une stratégie délibérée d’évitement sur les sujets les plus clivants », constate Alexandra de Hoop Scheffer. C’est seulement sur le droit à l’avortement qu’elle garde fermement le cap, ce qui lui vaut un soutien massif de l’électorat féminin dans ce qui s’annonce comme le scrutin le plus genré de l’histoire américaine. Elle est largement en tête dans l’électorat féminin, obtenant plus de 90 % des intentions de vote des femmes noires. Mais est-ce suffisant pour l’emporter ? « Avec son entrée en lice, la campagne avait changé d’âme, elle en a rechangé et elle pourrait encore en rechanger d’ici au scrutin », analyse un diplomate reconnaissant « que si ce n’est pas encore la panique dans le camp démocrate il y a un sentiment toujours plus palpable que rien n’est joué ».

Le positionnement raisonnable n’imprime pas vraiment, surtout face aux talents de showman d’un Trump avec ses outrances, ses mensonges et ses promesses. Même les plus absurdes comme celle d’expulser des dizaines de millions de migrants du territoire américain. Si le verbe trumpiste reste toujours aussi histrionique, il martèle ce qu’au moins une moitié de l’Amérique a envie d’entendre. Il cristallise ses rêves et ses peurs. Il colle à une vague de fond dans une Amérique toujours plus polarisée et qui doute de plus en plus d’elle-même comme de ses institutions.

Certain de sa victoire, l’ancien président a appris de ce qu’il considère être les erreurs de son premier mandat. Plus question comme alors de composer pour sa future garde rapprochée à la Maison-Blanche avec d’anciens haut gradés du Pentagone ou des poids lourds du parti républicain qui jouaient le rôle des « adultes dans la pièce » et tentaient de limiter les dégâts. « Pour lui, ce qui compte désormais, c’est avant tout la loyauté et une allégeance sans faille à sa personne », note Alexandra de Hoop Scheffer.

Trump, « un néo-isolationniste avec un gros bâton »

Cette nébuleuse de conseillers, clairement positionnés à droite toute, a en commun de prôner une ligne dure face à la Chine, avec une augmentation massive des droits de douane dans une stratégie protectionniste assumée pour garantir la sécurité économique, mais aussi stratégique, américaine. C’est America first, l’Amérique d’abord, dans la réalité crue des rapports de force avec pour priorité de faire face à la menace chinoise. « La Chine est notre principal défi, un peu comme l’Allemagne du XXe siècle l’a été pour l’Angleterre. La Russie est un théâtre secondaire comparé à l’Asie et représente un dixième du PIB de la Chine. Il est temps que les Européens prennent leurs responsabilités », expliquait au Figaro Elbridge Colby, un des favoris pour le poste de conseiller à la sécurité.

Il rappelle aussi que « la politique des interventionnistes purs et durs n’est plus tenable », car les États-Unis « n’ont ni l’appétit ni les ressources pour rester le gendarme du monde ». C’est aux Européens de devoir faire face à la menace russe et donc de développer leur défense pour rééquilibrer le fardeau au sein de l’Otan. Ce, bien sûr, en achetant au prix fort du matériel militaire américain.

Contrairement à ce que l’on croit souvent Donald Trump n’est pas un isolationniste. L’ancien ambassadeur à Washington Gérard Araud le définit comme « un néo-isolationniste avec un gros bâton ». De fait, il fut même plus interventionniste que ne le fut Barack Obama qui refusa de bombarder Damas, ce que fit ensuite Trump, et qui refusa d’armer l’Ukraine ce que fit aussi Trump. « Il sait être interventionniste quand l’Amérique doit y aller pour ne pas être perçue comme faible mais il ne se concertera pas nécessairement avec ses alliés avant d’agir », analyse Alexandra de Hoop Scheffer. L’ancien président a eu, au milieu de nombre des décisions dévastatrices pour les traités et les alliances des Etats-Unis, quelques créatives intuitions pour sortir des traditionnelles options stratégiques américaines comme les accords d’Abraham visant à normaliser les relations entre Israël et les capitales sunnites que l’administration de Joe Biden a ensuite repris à son compte.

Se préparer au scénario du pire

Une victoire de Donald Trump réjouirait Benyamin Netanyahou, décidé à remodeler la donne au Moyen-Orient, notamment face à l’Iran, mais aussi Vladmir Poutine même s’il pourrait rapidement déchanter. Si l’ex-président veut en finir avec la guerre d’Ukraine et arriver sinon à un accord au moins à un gel du conflit, il pourrait aussi surréagir face à ce qu’il considérerait comme des exigences excessives de l’homme fort du Kremlin. Pour l’Europe s’annoncerait un cauchemar aussi bien économique que sécuritaire.

« L’Union européenne est vue par Trump comme l’un des plus grands compétiteurs des Etats-Unis sur le terrain économique et il ne peut le supporter », explique la politologue craignant que les Européens, comme lors de sa présidence précédente, n’agissent en ordre dispersé, tentant chacun de jouer ses propres cartes dans une relation bilatérale avec Washington qui sera toujours plus déséquilibrée. Ce scénario du pire n’est pas encore là mais il faut aussi s’y préparer. Or le réveil stratégique de l’Europe est bien tardif, bien lent et bien fragile.

..........Challenges

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