"Une dégradation alarmante" : la France dégringole au classement mondial sur la corruption de Transparency International
Une "baisse sans précédent depuis la création de l’indice en 1995", "des failles structurelles dans la lutte contre la corruption", une "perte de confiance"... Le classement 2024(nouvelle fenêtre) de l'indice de perception de la corruption, publié par l'ONG Transparency International ce mardi 11 février(nouvelle fenêtre), est particulièrement sévère à l'égard de la France. Elle pointe à la 25e place, soit une chute de cinq places en un an, 10 rangs derrière l'Allemagne. Avec un constat : "la France risque de perdre le contrôle de la corruption", écrivent les auteurs du rapport.
L'instabilité politique, cause de ce recul historique
L'étude note que l'année 2024 a été marquée dans l'Hexagone par l'instabilité née de la dissolution de l'Assemblée nationale en juin. Conséquence : la France obtient un score historiquement bas de 67, ce qui la place "en dessous de la moyenne des pays catégorisés comme pleinement démocratiques (indice moyen de 73)".
Une situation qui s'explique surtout par la défiance des Français vis-à-vis de leurs responsables politiques. Par exemple, "plusieurs scandales majeurs" ont été médiatisés ces derniers mois, comme l'affaire des attachés parlementaires du Rassemblement national, exposant Marine Le Pen à une possible peine d'inéligibilité.
"Par ailleurs, l’exécutif paraît avoir définitivement renoncé aux promesses de 2017 concernant la construction d’une République exemplaire. Le maintien de ministres mis en examen dans leurs fonctions, la remise en question des règles de non-cumul des mandats… sont autant d’initiatives susceptibles d’avoir alimenté la perte de confiance vis-à-vis du personnel politique", assure l'ONG. La longue adoption du budget de l'État a aussi joué dans cette "dégradation alarmante" de la France. Ménages et entreprises ont ainsi ressenti une "incertitude économique", suscitant "d'importantes inquiétudes".
Bientôt un plan national pluriannuel de lutte contre la corruption ?
Transparency International préconise au gouvernement français de prendre plusieurs mesures pour mieux lutter contre les risques de corruption. En premier lieu, "renforcer les moyens du Parquet national financier", qui traite les affaires financières et dont les ressources sont jugées "notoirement insuffisantes".
Une "transparence accrue des rencontres avec les lobbies" est aussi souhaitable, en obligeant "les parlementaires, les membres du gouvernement et leurs conseillers à rendre publics leurs rendez-vous avec les groupes d’intérêt". Enfin, Transparency International appelle le Premier ministre François Bayrou à mettre en œuvre un plan national pluriannuel de lutte contre la corruption.
Créé il y a 20 ans, l'indice de perception de la corruption s'est imposé comme un indicateur de référence pour évaluer les risques de corruption dans 180 pays du monde. Faute de statistiques objectives, il se base sur les données de la Banque mondiale, du Forum économique mondial, de sociétés privées et de groupes de réflexion. À l'échelle internationale, le classement 2024 voit le Danemark, la Finlande et Singapour monter sur le podium. En revanche, le Soudan du Sud, la Somalie, le Venezuela et la Syrie occupent les dernières places.