Guerre en Ukraine : snobée par Trump, la vieille Europe réagit
Emmanuel Macron invite les principaux pays européens à un sommet sur la sécurité ce lundi à Paris. L'Europe se mobilise alors que Washington n'entend pas convier le Vieux Continent aux négociations de paix sur l'Ukraine.
Dos au mur, les Européens veulent reprendre l'initiative. Après une Conférence de Munich aux allures de tremblement de terre, le président français, Emmanuel Macron, va inviter les dirigeants européens à Paris, ce lundi, pour des discussions sur l'Ukraine et la sécurité du continent. C'est le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, qui a évoqué le premier cette réunion d'urgence, lors d'un panel samedi après-midi à Munich, avant de confirmer sur X la présence du Premier ministre polonais, Donald Tusk. La réunion a été confirmée ce dimanche sur France Inter par Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères.
Le chancelier allemand, Olaf Scholz, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, et la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, participeront au sommet, a confirmé, dimanche, l'Elysée, ainsi que les chefs de gouvernement espagnol, polonais, néerlandais et danois. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, Antonio Costa, et le Secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, seront également présents.
« Faire plus et mieux pour notre sécurité collective »
L'Elysée faisait valoir dimanche soir qu'il s'agit de s'entendre sur quelques points qui concernent l'Ukraine et la sécurité en Europe afin de lancer un processus de conversation de manière ouverte : « En conséquence de l'accélération du dossier ukrainien, il est nécessaire pour les Européens de faire plus, mieux et de façon cohérente pour notre sécurité collective. » Seront donc vraisemblablement sur la table à la fois la question d'une hausse des dépenses d'armements des pays européens, afin de peut-être s'approcher du niveau de 3 % du PIB, et du déploiement éventuel de forces européennes si un accord de paix est signé.
Pour l'Europe, il y a urgence. Quelques jours après un échange téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur l'Ukraine, les pays européens craignent de plus en plus d'être relégués au second rang lors de discussions sur un accord de paix en Ukraine.
« Deux protagonistes et un médiateur »
Interrogé samedi soir à Munich sur la question de savoir si l'Europe serait à la table des négociations, l'envoyé spécial de Donald Trump sur l'Ukraine, Keith Kellogg, a été clair : « Si l'on est réaliste, je pense que cela n'arrivera pas. » Le général américain a expliqué qu'il y aurait « deux protagonistes et un médiateur ».
Autrement dit, seuls Donald Trump, Vladimir Poutine et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, négocieraient un éventuel accord.
Mais il a ajouté qu'il souhaitait se faire « une idée claire de la position de l'Europe » afin qu'elle soit bien exprimée lors des échanges. Selon le « Financial Times », les Etats-Unis ont demandé aux capitales européennes de fournir des propositions détaillées sur l'armement et les troupes de maintien de la paix qu'elles pourraient fournir, dans le cadre d'un accord de paix.
Une armée européenne ?
Samedi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé pour la première fois l'Europe à avoir « ses propres forces armées » pour se défendre face à la Russie. Il a expliqué que le pays s'apprêtait à créer 15 nouvelles divisions cette année et ouvrait toutes les semaines de nouveaux centres de recrutement. « La Russie ne veut pas la paix », a-t-il martelé.
Si la création de forces armées européennes ne semble pas réaliste, l'appel du président ukrainien est symptomatique du lâchage en cours du pays par les Etats-Unis et de la nécessité pour l'Europe de réagir. « Je ne crois pas à des garanties de sécurité sans l'Amérique, mais l'Amérique ne les offrira pas, sans que les garanties de l'Europe soient fortes », a souligné Volodymyr Zelensky.
Danser sur une corde raide
Dans le même temps, Kiev danse sur une corde raide dans ses discussions avec Washington. Samedi soir, Volodymyr Zelensky a indiqué qu'un accord entre son pays et les Etats-Unis sur l'exploitation de métaux précieux du sous-sol ukrainien n'avait pas été signé pour l'instant, faute de garanties de sécurité suffisantes de la part de Washington.
En face, les dirigeants européens ont serré les rangs à Munich et tenté de montrer leur détermination. « Il n'y aura pas de paix en Europe si ce n'est pas une paix européenne », a martelé la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock.
Plusieurs responsables ont mis en garde contre toute tentation d'une politique d'« apaisement » vis-à-vis de Moscou. « Je ne crois pas à cette politique, c'était mauvais à Munich en 1938, ça l'est encore aujourd'hui », a jugé la Première ministre danoise, Mette Frederiksen.
Une seule proposition concrète
Pour autant, les Européens se sont jusqu'à présent montrés incapables de proposer une stratégie, pour mettre fin à la guerre en Ukraine, au-delà d'un soutien inconditionnel à Kiev.
La seule proposition concrète a été faite par Ursula von der Leyen, avec un assouplissement des règles budgétaires européennes pour les dépenses de Défense. « Ce n'est pas spectaculaire », constate Justin Vaïsse, directeur général du Forum de Paris sur la Paix.
L'enjeu est pourtant existentiel pour l'Europe, car définir des garanties de sécurité viables s'avère « éminemment complexe », a rappelé samedi le ministre britannique des Affaires étrangères David Lammy. Signés en février 2015, les accords de Minsk ont été violés vingt fois par les Russes, a-t-il rappelé. Pour dissuader la Russie d'une nouvelle attaque, un cessez-le-feu nécessiterait l'envoi d'au moins 150.000 soldats occidentaux, estiment les experts.
Il faut dire qu'il est d'autant plus difficile à l'Europe de se positionner que l'administration Trump n'a ni plan ni discours cohérent. Le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a exclu mercredi d'envoyer des troupes américaines en Ukraine, tandis que le vice-président, JD Vance, affirmait ensuite que cette option était « sur la table ». Vendredi, ce dernier a dénoncé un soi-disant recul de la liberté d'expression en Europe. Le discours a indigné un auditoire de diplomates, de chefs d'Etat et de militaires européens. Mais cela a évité à JD Vance de détailler sa vision d'un accord de paix en Ukraine.