vendredi 17 avril 2026
Contact
Malijet

L’Allemagne vire à droite, avec quelles conséquences pour l’Europe et la Belgique?

Par 7sur7 1,111 vues
L’Allemagne vire à droite, avec quelles conséquences pour l’Europe et la Belgique?
Friedrich Merz deviendra le nouveau chancelier allemand. Hendrik Vos (UGent) évalue les opportunités que cette victoire électorale représente pour notre pays. © AFP / DPG Media

Les élections législatives allemandes ont été remportées, sans grande surprise, par les chrétiens-démocrates. Friedrich Merz, 69 ans, deviendra donc, comme prévu, le prochain chancelier. Le leader de la CDU a d’ores et déjà exclu toute alliance avec l’AfD, le parti d'extrême droite qui a réalisé un score historique ce dimanche. Hendrik Vos, professeur de sciences politiques à l’université de Gand, analyse ces résultats et leurs conséquences pour l’Europe et la Belgique.

“Le résultat des élections est conforme aux attentes, même si la CDU/CSU espérait sans doute un meilleur score que les 28,5 % obtenus ce dimanche”, souligne d’emblée Hendrik Vos. Le politologue, spécialiste des questions européennes, hésite lorsqu’on lui demande si l’Allemagne a clairement opéré un virage à droite. “Il est vrai que l’AfD, le parti d'extrême droite, a obtenu le meilleur résultat de son histoire avec 20,5 % des suffrages. Le parti d’Alice Weidel a pratiquement doublé son résultat par rapport à il y a trois ans. La CDU a également progressé, mais depuis Angela Merkel, ce parti s’était déjà quelque peu déplacé vers la droite de l’échiquier politique. Le centre de gravité se situe clairement à droite en ce moment en Allemagne.”

Lors de la campagne, Friedrich Merz a promis de refaire de l’Allemagne le moteur économique de l’Europe. Un défi qui s’annonce compliqué pour le prochain chancelier, car l'économie allemande, en récession depuis deux ans, est en mauvaise posture, rappelle Hendrik Vos. “L’industrie automobile, par exemple, se porte mal”, souligne le politologue de l’UGent.

L'homme d’affaires qu'est Friedrich Merz pourra néanmoins compter sur la confiance des grands industriels allemands, estime encore Hendrik Vos. “Et c’est une bonne nouvelle pour la Belgique, car lorsque l’économie allemande se porte bien, cela se répercute positivement sur la nôtre. Nous sommes si étroitement liés à l’Allemagne que nous ressentons immédiatement ces effets lorsque la situation commence à s’améliorer dans ce pays”, affirme-t-il.

Couple franco-allemand

Alors que l’Allemagne a été endeuillée par plusieurs attaques terroristes ces derniers mois, Friedrich Merz a également promis de renforcer la politique migratoire. “Pratiquement tous les États membres de l’Union européenne s’orientent vers une politique migratoire plus stricte”, constate Friedrich Merz. “Je pense néanmoins que la question migratoire dépend bien plus des conflits dans le monde et des régions instables proches de l’Europe”, nuance-t-il.

Une Europe qui attend du prochain chancelier qu’il reforme un couple franco-allemand fort, ce qui était loin d’être le cas avec Olaf Scholz. “Il est clair que Friedrich Merz ne sera pas le toutou des Américains et qu’il adoptera une position ferme à l’égard de Vladimir Poutine”, déclare Hendrik Vos. “Et en ce qui concerne l’Ukraine, il jouera très certainement la carte européenne. En tout cas, la victoire de Friedrich Merz semble générer de l'espoir dans les milieux européens. Mais il faudra agir vite. À chaque élection d'un nouveau président français ou d'un nouveau chancelier allemand, il y a traditionnellement une sorte de tour de piste entre les deux, pour mieux se connaître. Or, il n’y a pas de temps à perdre. Heureusement, ils se sont déjà rencontrés une fois et je pourrais même m’attendre à ce que les premières initiatives franco-allemandes aient lieu dans les prochains jours, même si Macron vient de partir aux États-Unis pour rencontrer Trump. Je n’ose toutefois prédire s’ils formeront un tandem aussi fort que Mitterrand-Kohl.”

 
Le chancelier sortant, Olaf Scholz, a subi une défaite cuisante.
 
Le chancelier sortant, Olaf Scholz, a subi une défaite cuisante. © AP

Friedrich Merz est bien conscient qu’il n’aura pas beaucoup de temps pour former sa coalition. “L’Allemagne n’a plus rien à gagner à de longues négociations”, a-t-il déclaré ce dimanche. Il a dit viser la formation d’un gouvernement “au plus tard à Pâques”, autrement dit le 20 avril.

Quelle coalition?

Selon les premières prévisions, Friedrich Merz pourrait former une “grande coalition” composée des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates du SPD, mais si cette majorité se dégage, elle sera très serrée. “Il devra peut-être former une coalition avec trois partis”, estime Hendrik Vos. Puisque l’AfD n'est pas une option, Merz pourrait donc se tourner vers les libéraux ou les Verts. Ce qui est certain, c'est que la formation du nouveau gouvernement allemand devrait être bien plus rapide que celle de notre gouvernement Arizona.

 

......7sur7

Partager:

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

Soyez le premier a commenter cet article.