jeudi 16 avril 2026
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Dette : l'avertissement de l'agence S&P à la France

Par Les Echos 1,628 vues
Dette : l'avertissement de l'agence S&P à la France
Le ministre de l'Economie, Eric Lombard, à la sortie de l'Elysée, mi-février. (Ludovic MARIN AFP)

Pour sa première notation de la dette française depuis l'adoption du budget 2025, l'agence Standard and Poor's maintient la France au rang AA-, mais avec une perspective qui devient négative. Un avertissement pour le gouvernement Bayrou.

La France échappe à la dégradation et s'en tire avec un avertissement. Pour le premier exercice de notation après l'adoption du budget 2025, l'agence américaine Standard and Poor's (S&P) a choisi de maintenir la note de la dette française au rang AA-, mais d'abaisser la perspective à négative, contre stable jusque-là.

« La perspective négative sur la France reflète la dette publique croissante dans un contexte de faible consensus politique pour s'attaquer aux larges déficits budgétaires sous-jacents, avec en toile de fond des perspectives de croissance économique plus incertaines », justifie l'agence dans un communiqué. S&P indique qu'elle pourrait dégrader la France si le gouvernement ne parvenait pas à réduire davantage ses larges déficits budgétaires dans les deux prochaines années, ou si la croissance économique tombait en deçà de ses projections sur une période prolongée.

« Par exemple, si le gouvernement dilue substantiellement la réforme des retraites de 2023, cela pourrait créer une pression à la baisse sur la notation », avertit clairement S&P. A l'inverse, une réduction plus rapide du déficit et une croissance accélérée, faisant baisser le ratio de dette sur PIB, conduiraient à une meilleure notation. « Bercy prend note de la décision de l'agence S&P de maintenir la notation française à AA−, témoignant d'une signature de très haute qualité. Son placement sous perspective négative rappelle l'ampleur du défi de redressement de nos finances publiques, défi que le Gouvernement est déterminé à relever », commente le ministère de l'Economie.

Adoption du budget, mais redressement minime du déficit

En novembre, avant la censure du gouvernement Barnier, S&P avait fait preuve de clémence envers la France. Malgré l'incertitude sur le vote du budget, l'agence avait maintenu la note de la dette hexagonale au niveau « AA- », avec une perspective stable, six mois après l'avoir dégradée d'un cran en mai 2024, à la suite du lourd dérapage du déficit observé en 2023 (5,5 % du PIB). La situation s'était pourtant aggravée, avec un déficit public prévu à 6 % du PIB en 2024. « Nous pourrions baisser la note de la France si le gouvernement est incapable de réduire ses larges déficits budgétaires ou si la croissance tombe en dessous de nos prévisions sur une période prolongée », prévenaient déjà les analystes.

Depuis, le gouvernement Barnier est tombé, mais celui de François Bayrou, qui lui a succédé, a passé avec succès l'épreuve du budget, en faisant adopter par 49.3 le projet de loi de finances et celui de financement de la Sécurité sociale et en survivant à plusieurs motions de censure. Cette victoire parlementaire s'est faite au prix d'un moindre effort de redressement, le déficit visé en 2025 se situant désormais à 5,4 % du PIB contre 5 % dans le projet Barnier. La croissance a aussi été revue à la baisse depuis novembre, avec une prévision de 0,9 % par le gouvernement Bayrou pour 2025 (contre 1,1 % dans le projet Barnier et 1 % anticipé par S&P lors de la dernière notation, désormais révisé par l'agence à 0,8 %).

Autant d'éléments pris en compte dans cette nouvelle évaluation. « Un soutien politique inégal en faveur de la consolidation budgétaire est évident dans la manière dont le budget 2025 s'appuie sur des mesures fiscales temporaires pour apporter une réduction du déficit d'environ 0,4 % du PIB cette année. La stratégie budgétaire au-delà de 2025 demeure incertaine », estime S&P. « D'ici 2028, nous prévoyons que le coût moyen de la dette de la France sera environ égal à la croissance du PIB nominal, ce qui signifie que pour réduire le ratio de dette sur le PIB, la France devra dégager un surplus primaire, ce qu'elle n'est pas parvenue à faire depuis 2001 », indique aussi l'agence.

Appétit pour la dette française

La note de la France demeure plutôt flatteuse. « Le Portugal est noté A- par S&P alors que son taux d'endettement public est plus bas que celui de la France, qu'il diminue et que les taux d'intérêt de sa dette à 10 ans sont plus faibles. Un réalignement serait logique », confiait Charles-Henri Colombier, directeur du pôle Conjoncture et Perspectives chez Rexecode, peu avant le verdict de S&P. « La différence de notation entre la France et les pays de la zone euro moins bien notés par S&P est maintenant très difficile à défendre », estimait lui aussi Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG, dans une analyse récente.

Les marchés ont déjà pris acte de ces différences. « Des pays notés A-, A ou A + doivent donc payer un moindre taux d'intérêt que la France qui a AA- » observait Eric Dor. La dette française reste cependant attractive. Mi-janvier, le livret d'ordres de la nouvelle obligation d'Etat française à 15 ans « longs » a dépassé 134 milliards d'euros, pour 10 milliards offerts. Après des pics fin décembre et mi-janvier, l'écart de taux entre la France et l'Allemagne s'est un peu resserré et évoluait fin février entre 70 et 75 points de base.

Reste à savoir si les agences rivales Fitch et Moody's feront elles aussi évoluer leurs notations, le 14 mars et le 11 avril. Début octobre, Fitch avait maintenu la note française au niveau AA-, mais baissé la perspective à négative. Mi-décembre, Moody's avait dégradé d'un cran la sienne, à « Aa3 » avec une perspective « stable ».

.........Les Echos

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