jeudi 16 avril 2026
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Négociations sur le nucléaire: L’Iran rejette le dialogue avec Trump

Par Tribune de Genève 1,759 vues
Négociations sur le nucléaire: L’Iran rejette le dialogue avec Trump
Le leader suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, prononce son sermon lors des prières du vendredi à la mosquée Imam Khomeini à Téhéran, Iran, le 17 janvier 2020.

Deux ministres clés réformistes du régime ont été contraints à la démission tandis que le guide suprême refuse une proposition de négociations du président américain.

À leur grande surprise, les habitants de Téhéran ont découvert, il y a quelques jours, le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur de grands panneaux d’affichage dans certaines avenues de la ville. Les photos le représentent lors de son humiliation par Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison-Blanche. Une courte phrase, que l’on dirait tirée d’une poésie persane, résume sa situation: «Adossé au vent». En sous-titre: «Les leçons de l’Ukraine.»

Tout est dit en quelques mots et photos: si jamais la République islamique se hasardait à faire confiance au président américain dans l’hypothèse de négociations sur le nucléaire, elle se retrouverait dans la même situation que le dirigeant ukrainien et risquerait, comme l’a déclaré le président du parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, de devoir «capituler». 

Les caciques du régime sont sur la même ligne. «Des livres pourraient être écrits sur la façon dont les amis et les alliés de l’Amérique sont devenus ses victimes», écrit sur X Mohsen Rezaï, l’ancien commandant en chef historique des «pasdarans» (gardiens de la révolution). «À voir la manière dont ils traitent ceux qui ont les yeux bleus, on voit clairement comment ils nous traiteraient», a renchéri le chef des forces navales des pasdarans, l’amiral Alireza Tangisiri.

C’est donc par la négative que Téhéran a répondu à la proposition de discussions faite par Donald Trump dans sa lettre au guide suprême Ali Khamenei – elle a été remise le 12 mars à Téhéran par un haut diplomate émirati. Ce refus, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, l’avait déjà manifesté dans une interview, le 7 mars, à l’AFP: «Nous n'engagerons aucune négociation directe avec les États-Unis tant qu'ils maintiendront leur politique de pression maximale et leurs menaces, mais cela ne signifie pas que, concernant notre programme nucléaire, nous ne négocierons pas avec d'autres parties. Nous discutons avec trois pays européens, la Russie et la Chine.» Pour une fois, l’Europe semble être prise en compte par les dirigeants iraniens.  

La veille de recevoir la lettre de Donald Trump, le guide avait lui aussi fait savoir qu’il n’entendait pas négocier un quelconque accord: «Quand nous savons déjà qu’ils ne le respecteront pas, à quoi bon négocier?»

Velléités douchées

Le régime est d’autant plus suspicieux qu’il n’a pas oublié que c’est Donald Trump qui a déchiré, lors de son premier mandat, les accords de Paris sur le nucléaire. Après sa réélection, la frange réformiste du régime envisageait pourtant de négocier avec lui, seul moyen de desserrer l’étau des sanctions et faire repartir une économie agonisante – selon le Centre iranien des statistiques, les prix en février ont augmenté de plus de 36% sur un an, tandis qu'un dollar s'échange au marché noir à près de 930’000 rials. 

Prenant en compte le rapprochement stratégique entre Washington et Moscou, Téhéran avait même espéré que la Russie servirait d’intermédiaire. Le porte-parole du Kremlin avait d’ailleurs fait savoir que son pays «est prêt à faire ce qui est en son pouvoir pour y arriver». 

Mais les propos de Donald Trump ont douché les velléités de négociations iraniennes «Il y a deux manières de gérer l'Iran: la voie militaire ou la conclusion d'un accord, avait-il déclaré, peu avant d’envoyer sa lettre, dans une interview à Fox Business Network. Je préférerais conclure un accord, car je ne cherche pas à nuire à l'Iran. Ce sont des gens formidables. L'alternative est de faire quelque chose, car on ne peut pas les laisser se doter de l'arme nucléaire. Si nous devons intervenir militairement, ce sera terrible pour eux.»

Une femme iranienne prie en tenant le Coran lors d’une cérémonie religieuse au mausolée Saleh à Téhéran, pendant le Ramadan.
Une femme iranienne prie en tenant le Coran lors d’une cérémonie religieuse au mausolée Saleh à Téhéran, pendant le Ramadan.
keystone-sda.ch/EPA/ABEDIN TAHERKENAREH

Renforcées à la fois par l’humiliation de Zelensky et les propos bellicistes du président américain, les factions les plus dures, qui avaient été sévèrement battues lors du scrutin présidentiel de l’été dernier, ont repris la main. Elles ont déjà obtenu la démission, le 1er mars, de deux personnalités clés du gouvernement, le ministre de l’Économie et des Finances, Abdol-Nasser Hemmati, et le vice-président pour les Affaires stratégiques et principal négociateur iranien des accords sur le nucléaire de 2015, Mohammad Javad Zarif, tous deux fervents partisans de l’ouverture du pays. 

Comme le régime ne saurait étaler au grand jour ses divisions au sujet des négociations sur le nucléaire, d’autres raisons ont été invoquées pour les chasser de leur poste. «J’ai été confronté aux insultes, aux calomnies et aux menaces les plus horribles contre moi-même et ma famille, et j’ai traversé la période la plus amère de mes 40 ans de service. Pour éviter de nouvelles pressions sur le gouvernement, le chef du pouvoir judiciaire m’a recommandé de démissionner. J’ai accepté immédiatement», a indiqué sur X Mohammad Zarif, qui, en soutenant la candidature de Massoud Pezeshkian, avait beaucoup contribué à son élection.

Ce dernier, en revanche, a préféré retourner sa veste. «Nous sommes dans une guerre totale avec l’ennemi (ndlr: les États-Unis). La guerre contre l’Irak n’était rien en comparaison. Personnellement, je crois que c’est mieux de dialoguer. Mais puisque le guide suprême a dit que nous ne négocierons pas, j’ai annoncé que nous prendrons la direction indiquée par notre leader», a-t-il déclaré, le 1er mars, devant le parlement.

Si certaines factions étaient favorables à l’ouverture de négociations directes avec les États-Unis, c’est aussi parce que le régime s’inquiète d’une possible attaque militaire israélo-américaine à propos de laquelle le président américain souffle le chaud et le froid. 

Pression maximale des USA

Le 28 février, son secrétaire d’État, Marco Rubio, a signé un décret accélérant une vente d’armes de près de 4 milliards de dollars à Israël, qui, selon Benyamin Netanyahou, permettra de «finir le travail contre l’axe iranien de la terreur». Des exercices conjoints ont aussi été menés par les forces aériennes américaine et israélienne avec la participation, selon le quotidien «The Times of Israel», d’avions de chasse israéliens volant aux côtés d'un bombardier américain B-52, un appareil apte à détruire les sites nucléaires souterrains fortifiés de l'Iran. S’ajoute «la politique de pression maximale» contre l’Iran que l’administration Trump met en place et qui vise en priorité ses exportations de pétrole, sa principale source de revenus. 

Lundi, en représailles de deux attaques des rebelles houthis, alliés de l’Iran, sur le porte-avions USS Harry Truman en mer Rouge, des frappes américaines ont visé la capitale yéménite Sanaa, faisant des dizaines de morts. L’occasion pour Donald Trump de déclarer que l'Iran serait désormais «tenu pour responsable» de «chaque coup de feu» de ces mêmes rebelles. 

Sur le plan intérieur, le retour en force des factions les plus radicales augure d’un nouveau renforcement des mesures répressives. Le cinéma iranien et les artistes sont désormais particulièrement ciblés. Pour la première fois, 74 coups de fouet ont été administrés à un chanteur, Mehdi Yarrahi, qui, dans sa chanson «Roosarito» («Ton foulard»), exhorte les Iraniennes à abandonner leur hidjab. L’actrice Soheila Golestani est sous la menace également d’être fouettée 74 fois pour avoir joué dans le film nominé aux Oscars «La graine du figuier sauvage». Elle s’est aussi vu interdire de quitter l’Iran pour assister à cette cérémonie.

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