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Affaire libyenne : sept ans de prison requis contre Nicolas Sarkozy

Par Le Figaro 2,088 vues
Affaire libyenne : sept ans de prison requis contre Nicolas Sarkozy
L’ancien président français Nicolas Sarkozy comparaît au tribunal de Paris, jeudi 27 mars 2025, dans le cadre de son procès pour le financement illégal de sa campagne électorale, menée avec l’aide de la Libye pour soutenir sa candidature à la présidence e

Le parquet financier a également requis ce jeudi 300.000 euros d’amende contre l’ancien président de la République au regard de «la gravité des faits». Ses avocats plaideront le 8 avril après ceux des autres prévenus.

Comme une marée qui monte lentement, le procureur financier Sébastien de la Touanne requiert à l’encontre des prévenus du procès du « financement libyen »Nicolas Sarkozy voit la vague grossir et approcher. Quand le magistrat demande 6 ans de prison ferme, 100.000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité pour Claude Guéant, il sait que ce sera encore plus pour lui.

Il est 16h45 quand le représentant du parquet national financier (PNF), à l’issue de près de 24 heures d’un réquisitoire à trois voix entamé mardi, réclame une peine jamais envisagée pour un ancien président de la République : 7 ans de prison ferme, 300.000 euros d’amende, 5 ans d’inéligibilité. Assis en face de lui, M. Sarkozy encaisse le coup. Quelques minutes plus tard, il quitte la salle d’audience en souriant, serrant quelques mains sur son passage, et disparaît dans les couloirs du tribunal de Paris. Sa voiture l’attend rue du Bastion.

Le Parquet national financier a eu la main lourde pour l’ensemble des prévenus qui, pour beaucoup, encouraient 10 ans de prison : 3 ans pour l’ancien ministre Brice Hortefeux comme pour Thierry Gaubert, 5 pour l’« agent de corruption » Alexandre Djouhri, 6 pour son alter ego en fuite Ziad Takieddine, autant pour l’ancien dignitaire libyen Béchir Saleh également en cavale. Pour Éric Woerth, la sentence maximale est requise (1 an pour financement illégal de la campagne de 2007). Les peines de privation de liberté sont assorties d’amendes qui vont jusqu’à 3 millions d’euros pour M. Takieddine, 4 millions pour M. Djouhri et 6 millions pour M. Saleh.

Accusation redoutable

Le PNF justifie sa sévérité par la mise au jour, selon lui, d’un « tableau très sombre d’une partie de notre République ». Étrillant en priorité M. Sarkozy, le procureur stigmatise sa « quête effrénée de financement pour ses ambitions dévorantes ». Il dénonce un « pacte de corruption faustien avec l’un des dictateurs les plus infréquentables dont la folie meurtrière » avait causé la mort de centaines de personnes dont 54 Français dans l’attentat de 1989 contre un DC 10 de la compagnie UTA.

Le procès n’est pas terminé. À partir de lundi, la défense aura la parole pour répliquer au PNF ; les avocats de l’ancien chef de l’État - pour lequel nul mandat de dépôt n’a été requis -, s’exprimeront le 8 avril, après quoi le jugement sera mis en délibéré à plusieurs mois. Le réquisitoire ne tient en rien les trois juges, dont la présidente Nathalie Gavarino : ils peuvent le suivre ou requantifier les peines à leur guise, voire prononcer des relaxes.

L’argumentation du parquet a été, dans l’ensemble, dévastatrice. S’appuyant notamment sur des témoins libyens, sur les carnets d’un ex-cacique de la Jamahiriya , Choukri Ghanem, sur d’innombrables notes exhumées du disque dur de Ziad Takieddine, beaucoup plus solides que ses paroles versatiles, dopés aussi, il faut le dire, par la médiocre crédibilité d’une grande partie des déclarations des prévenus, les trois procureurs ont bâti une accusation redoutable.

440.000 euros

Certes, ils n’ont pas retrouvé de brouettes de liasses libyennes, mais de l’argent venu de Tripoli via un compte occulte de Ziad Takieddine a pu être identifié – 440.000 euros réceptionnés sur un compte exotique de M. Gaubert. En outre, le délit de corruption est constitué par l’existence d’un pacte, pas par le traçage de sommes par nature dissimulées. Dire que le dossier est vide, à ce stade, semble présomptueux. Est-il suffisamment lesté pour conduire à douze condamnations ?

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— Nicolas Sarkozy (@NicolasSarkozy) March 27, 2025

Nicolas Sarkozy, comme au premier jour et comme si onze semaines d’audience n’avaient pas eu lieu, affirme sur X que « le PNF persiste depuis 13 ans à essayer de prouver ma culpabilité (…) postulat idéologique de base (…) Je continuerai donc à me battre pied à pied et à croire dans la sagesse du tribunal (…) Au final, il demeure la fausseté et la violence des accusations et l’outrance de la peine réclamée qui ne visent qu’à masquer la faiblesse des charges alléguées. Je veux enfin dire avec force que celui qui est victime de l’injustice est moins à plaindre que celui qui la commet. Le premier défend la vérité. Le second la bafoue. Devant le tribunal de l’Histoire, la place réservée à ce dernier n’est pas la plus enviable. Je la laisse à mes accusateurs ». Des mots destinés à l’opinion. Bientôt, ses avocats devront en trouver d’autres pour le tribunal.

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