Allemagne : Friedrich Merz élu chancelier au deuxième tour par les députés
Friedrich Merz, leader du CDU/CSU, a été élu ce mardi chancelier de l’Allemagne au terme d’un second tour de scrutin devant le Bundestag, après un échec historique au premier tour, malgré une coalition avec les sociaux-démocrates.
Le conservateur Friedrich Merz a été élu ce mardi dans la douleur chancelier allemand par le Bundestag, avec 325 voix sur 630 députés, lors d'un second vote organisé dans l'après-midi et rendu nécessaire par un échec lors d'un premier tour dans la matinée, qui a créé la stupéfaction générale.
Alors que l'élection à bulletin secret de Friedrich Merz se présentait comme une simple formalité après la conclusion d'un accord de coalition majoritaire avec les sociaux-démocrates du chancelier sortant Olaf Scholz, il a d'abord échoué à atteindre le seuil nécessaire.
Jamais dans l'histoire de l'Allemagne d'après-guerre, un candidat chancelier n'avait connu un tel échec. Ce revers illustre la fragilité du dirigeant démocrate-chrétien et de la coalition avec laquelle il entend gouverner, dans un monde en plein chamboulement géopolitique et sous la pression à la fois de l’administration Trump et sur le plan intérieur d'une extrême droite en plein essor.
Peu populaire dans l'opinion publique
Friedrich Merz va donc débuter affaibli son mandat de quatre ans, alors qu'il était sensé apporter de la stabilité après la crise politique nationale ouverte par la chute du gouvernement Scholz en novembre. Ce coup de théâtre mine d'emblée ses promesses de relance du pays, en crise économique, et de l'Europe.
Déjà peu populaire dans l'opinion, il est contesté dans ses propres rangs pour être revenu sur une promesse de campagne : il a récemment assoupli les règles nationales très strictes de dépenses budgétaires. Le chancelier l'a fait pour pouvoir financer un vaste programme de réarmement du pays, face à la menace russe et celle d'un désengagement militaire américain du continent européen, de plusieurs centaines de milliards d'euros.
Cette élection aux forceps est «un camouflet» et «aura forcément un impact sur ses débuts en tant que chancelier et ensuite sur la période gouvernementale à venir», a indiqué Claire Demesmay, professeure à Sciences Po Paris et chercheuse associée au Centre Marc Bloch de Berlin. «Et au niveau international aussi, ce n'est vraiment pas bon signe», ajoute-t-elle, alors que Friedrich Merz est attendu mercredi à Paris et Varsovie.
Le nouveau chancelier savait qu'il ne bénéficierait d'aucun état de grâce. Mais il ne s'attendait pas à cette humiliation parlementaire, comme l'a laissé transparaître son visage fermé, dans les travées de l'assemblée, à l'issue du premier vote. Il lui a manqué 18 votes, signe de son incapacité à faire immédiatement le plein des voix des conservateurs et des sociaux-démocrates.
L'AfD réclame de nouvelles élections
Dans le chaos ambiant, le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) s'est frotté les mains et a immédiatement réclamé de nouvelles élections. «Nous sommes prêts à assumer la responsabilité gouvernementale», a déclaré Alice Weidel, dont le mouvement dépasse aujourd'hui dans certains sondages les conservateurs, après avoir déjà obtenu 20% aux législatives.
«Vous avez échoué, les événements de cette journée sont sans précédent dans cette chambre», lui a fait écho un autre responsable de l'AfD, Bernd Baumann. Ces turbulences surviennent alors que l'Allemagne se trouve à un moment de bascule géopolitique, contrainte de s'affranchir de la tutelle militaire d'un allié américain devenu imprévisible et de réinventer son modèle économique.
Partisan d'un soutien sans faille à l'Ukraine, Friedrich Merz a promis un nouveau «leadership» en Europe, qui passe notamment par un resserrement des liens avec Paris. Pour faire face à la menace russe, sa coalition veut poursuivre la remise à niveau de l'armée allemande. Mais aussi d'infrastructures essentielles comme les routes et les écoles, en mauvais état après des années de sous-investissement. Sur le plan intérieur, Friedrich Merz entend faire reculer l'AfD en se montrant dur sur l'immigration.
Son succès au pouvoir dépendra aussi de l'entente avec les alliés sociaux-démocrates qui ont obtenu des ministères clefs : les Finances pour le vice-chancelier Lars Klingbeil et la Défense où reste le sortant Boris Pistorius.
En attendant, plusieurs chefs d'Etat ont salué cette élection, à l'instar d'Emmanuel Macron, comme il est d'usage dans de telles circonstances. Le président français appelant à rendre plus forts que jamais «le moteur et le réflexe franco-allemand».