France : Baisse du niveau des élèves, métier d’enseignant moins attractif… le système éducatif est en crise selon le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan
Via deux notes dévoilées ce mercredi 18 juin, le haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, dresse un constat alarmant sur deux "déficits jumeaux" du système éducatif français : la baisse du niveau des élèves et la perte d’attractivité du métier d’enseignant.
Rien de bien nouveau sous le soleil, diront certains… Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, dirigé par l’ancien ministre Clément Beaune, a publié, ce mardi 17 juin, un rapport inquiétant sur deux maux structurels de l’Éducation nationale : la baisse du niveau scolaire des élèves français et la perte d’attractivité du métier d’enseignant.
Concernant le niveau des élèves français, "le constat est triplement préoccupant", écrit Clément Beaune : "D’une part, le niveau baisse, tout particulièrement en mathématiques et, dans une moindre mesure, en sciences. D’autre part, le niveau relatif des élèves français est faible […] Enfin, cette faiblesse est générale : pour les élèves de milieu modeste ou favorisé, pour les élèves forts comme en difficulté, pour les filles ou les garçons, les résultats nationaux sont mauvais par rapport aux autres pays de l’OCDE."
Les chiffres sont sans appel. Les évaluations menées depuis une trentaine d’années, tant en France qu’à l’international (PISA, PIRLS, TIMSS), montrent un décrochage net et constant. "Les élèves français ont un niveau moyen, voire faible, notamment en mathématiques et en sciences", peut-on notamment lire. Le rapport cite une statistique choc : en 2017, un enfant de cadre est moins bon en calcul qu’un enfant d’ouvrier ou d’employé ne l’était en 1987.
Si le phénomène n’est pas totalement nouveau, sa dynamique s’accélère et se généralise, insistent les auteurs. Ainsi, "la faiblesse relative des élèves français" touche "les élèves de milieu modeste comme favorisé, les élèves les plus en difficulté comme les meilleurs, les garçons comme les filles".
Crise d’attractivité de l’enseignement
Autre symptôme d’un système éducatif en crise : la désaffection croissante pour le métier d’enseignant. Le nombre de candidats aux concours de recrutement a chuté, les postes non pourvus se multiplient, et les démissions – encore rares il y a dix ans – explosent. À la rentrée 2024, 3 200 postes sont restés vacants dans l’enseignement public et privé. Dans certaines académies comme Créteil ou Versailles, les taux de sélectivité frôlent désormais zéro.
Le rapport parle d’un sentiment de déclassement profond : seuls 7 % des enseignants estiment aujourd’hui que leur profession est valorisée, contre près de 30 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Revalorisations salariales mises à part, c’est toute la qualité de vie au travail qui est en cause : isolement, affectations subies, manque de soutien hiérarchique, surcharge administrative. Le recours massif aux contractuels (+ 43 % entre 2015 et 2022) témoigne, selon les auteurs, d’un système à bout de souffle.
Mais tout n’est pas perdu. "Une bonne nouvelle doit nous guider, souligne Clément Beaune, toutes les études montrent que les enseignants français restent attachés à leur mission (92 % des professeurs ne regrettent pas leur choix professionnel) et les Français dans leur majorité aussi. Il n’y a pas une crise de la vocation, il y a une crise du métier."
Faut-il alors y voir deux crises parallèles, ou les deux faces d’un même effondrement ? Le Haut-commissariat assume un lien de causalité : un métier moins attractif, c’est moins de vocations, donc moins de stabilité et de qualité pédagogique, et au final un affaissement des apprentissages. Une boucle délétère que la réforme engagée en mars 2025 – avec une formation révisée, un concours recentré sur bac + 3 et plus de stages pratiques – vise à enrayer.