samedi 21 février 2026
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Côte d’Ivoire : Allassane Ouattara brigue un 4ème mandat, une candidature de trop ?

Par Le Républicain 1,635 vues
Côte d’Ivoire : Allassane Ouattara brigue un 4ème mandat,  une candidature de trop ?
Le président Alassane Dramane Ouattara

À quelques mois de la présidentielle de 2025, la scène politique ivoirienne est de nouveau en ébullition. Le président Alassane Dramane Ouattara, déjà au pouvoir depuis 2011, a annoncé son intention de briguer un quatrième mandat. Une décision qui ravive les tensions, fait resurgir le débat sur la limitation des mandats et interroge sur l’avenir démocratique de la Côte d’Ivoire. Si ses partisans saluent la stabilité incarnée par son leadership, ses opposants dénoncent une dérive autocratique.

À 83 ans, le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, au pouvoir depuis 2011, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle prévue pour le 25 octobre 2025. Une déclaration officielle qui relance le débat houleux autour des limitations de mandat en Afrique de l’Ouest, et soulève de vives inquiétudes quant à l’équilibre démocratique en Côte d’Ivoire.

C’est à 13h30, lors du journal télévisé du mardi 29 juillet 2025, que le chef de l’État a mis fin au suspens : « Après mûre réflexion et en toute conscience, j’ai décidé d’être candidat à l’élection du 25 octobre 2025. » Cette déclaration, inattendue sur la forme, mais redoutée sur le fond, intervient un peu plus d’un mois après que le président eut laissé planer l’ambiguïté lors du précongrès du RHDP, son parti, le 22 juin. « Les années passées à la tête de notre pays m’ont fait comprendre que le devoir peut parfois transcender la parole donnée de bonne foi. Je suis candidat parce que la constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat, et ma santé me le permet. Je suis candidat parce que notre pays fait face à des défis sécuritaires, économiques, monétaires sans précédent, qui exigent de l’expérience. »

Une démocratie verrouillée ?

Cette candidature survient dans un contexte politique tendu. La Commission électorale indépendante (CEI) a publié la liste définitive des électeurs : près de 9 millions d’inscrits, mais une opposition quasiment décapitée. Quatre figures majeures de l’opposition ont été exclues de la présidentielle :Tidjane Thiam, leader du PDCI, écarté en raison d’une décision judiciaire liée à sa double nationalité,Laurent Gbagbo, ancien président,Charles Blé Goudé, ancien ministre, poursuivi par la CPI,Guillaume Soro, ex-chef rebelle et ancien Premier ministre, condamné par contumace.L’éviction des poids lourds de l’opposition laisse le champ libre à Ouattara, désigné officiellement candidat du RHDP. Seuls quelques rivaux, tels que Simone Gbagbo ou Affi Nguessan, restent en lice, dans une configuration politique profondément déséquilibrée.La candidature d’Alassane Ouattara s’inscrit dans une tendance continentale où de nombreux dirigeants ont modifié ou contourné leur Constitution pour se maintenir au pouvoir. De Yoweri Museveni en Ouganda à Paul Biya au Cameroun, en passant par Denis Sassou Nguesso au Congo, les exemples sont nombreux.

Croissance économique, mais à quel prix démocratique ?

Sur le plan économique, les résultats sont indéniables. La Côte d’Ivoire affiche une santé robuste : exportations en hausse, investissements étrangers constants, soutien du FMI à hauteur de 4,8 milliards de dollars (2023-2026), et des projets d’infrastructures ambitieux dans les domaines du transport, de la santé et de l’énergie. « Le pays a des ressources naturelles abondantes », souligne un rapport de la Banque mondiale. Mais cette performance économique peut-elle justifier une dérive politique ? Pour certains analystes, « l’argument de l’expérience face aux défis ne peut pas, à lui seul, éclipser le besoin d’alternance et de renouveau démocratique ». Le président Ouattara s’est voulu rassurant : « Toutes les dispositions ont été prises pour que les élections soient apaisées, démocratiques et transparentes. » Mais dans un climat où les principaux adversaires politiques sont exclus, et où le pouvoir semble concentré dans les mains d’un seul camp, nombreux sont ceux qui s’interrogent : cette nouvelle candidature est-elle un gage de stabilité… ou un pas de trop vers la personnalisation du pouvoir ?

Madiassa Kaba Diakité

 

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