samedi 21 février 2026
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États-Unis : Trump fait entrer la Défense américaine dans un régime guerrier

Par Le Devoir 1,704 vues
États-Unis : Trump fait entrer la Défense américaine dans un régime guerrier
En remettant son appareil de défense sur le chemin de la guerre, Donald Trump cherche à cultiver la nostalgie d’un passé glorieux qui, selon lui, a accompagné les décennies où le département des armées portait le nom réinstauré.

L’agressivité du nouveau régime de Donald Trump tient désormais dans bien plus qu’une simple impression. L’attitude belliqueuse du populiste s’inscrit maintenant dans la nouvelle dénomination du plus important département de son gouvernement : celui de la Défense, rebaptisé officiellement « département de la Guerre ».

Un décret présidentiel signé vendredi par le président vient de consacrer le changement qui cherche à donner une image « plus offensive » aux Forces armées américaines et de facto à la place des États-Unis sur la scène internationale.

« Le nom “département de la Guerre” véhicule un message plus fort de préparation et de détermination que celui de “département de la Défense”, qui met l’accent uniquement sur les capacités défensives », résume le document.

Le geste suit la promesse, faite depuis des mois par Donald Trump, d’effacer l’idée de « défense », qui selon lui appartient au vocabulaire des faibles et tient de ce « politiquement correct » promu par le courant « woke » qu’il aime défier, dénigrer et attaquer. « “Département de la Guerre” sonne mieux », a-t-il dit il y a quelques jours.

En ramenant la notion de « guerre » dans la sphère militaire de son gouvernement, le républicain vient ainsi renouer avec une dénomination qui a prévalu aux États-Unis de 1789, année de la création de ce département par George Washington, à 1949, lorsque le Congrès l’a fait entrer dans l’ère de la « défense ».

image.jpgPhoto: Mandel Ngan Agence France-PresseLe secrétaire à la Défense Pete Hegseth était présent dans le Bureau ovale, vendredi, pour la signature du nouveau décret présidentiel.

« Cette décision n’était absolument pas une question de politiquement correct », a toutefois rappelé le spécialiste de l’histoire militaire Richard H. Kohn, professeur à l’Université de la Caroline du Nord, dans les pages du New York Times cette semaine. Elle cherchait dans les faits à embrasser l’élargissement des missions de ce département qui, au-delà de la conduite de la guerre, faisait aussi dans les sphères de la politique étrangère, du renseignement et de la sécurité nationale. Comme c’est encore le cas aujourd’hui.

« Il s’agissait de faire comprendre aux adversaires du pays et au reste du monde que les États-Unis ne cherchaient pas à faire la guerre, mais qu’ils voulaient se défendre, et que si cela nécessitait la guerre, ils avaient quatre grandes armées [l’Armée de terre (US Army), le Corps des marines (US Marine Corps), la Marine (US Navy) et l’Armée de l’air (US Air Force)] » pour le faire, a-t-il ajouté.

Venant d’un politicien qui, depuis sa reprise spectaculaire du pouvoir en janvier dernier, carbure à la controverse, aux coups d’éclat, aux coups de gueule et aux menaces, le changement de nom du département de la Défense en « département de la Guerre » vient certainement allonger une longue liste des réformes promues par son régime, qui cultive quotidiennement ses dérives autoritaires.

Mais il projette aussi, dans la sphère publique (et désormais sémantique), l’image agressive et les capacités de combat d’un pays qui, avec son nouveau président, ne cache plus, non plus, ses ambitions impérialistes.

Président expansionniste

Personne n’a oublié la référence faite par Donald Trump à son retour à Washington au concept de « destinée manifeste », une idée remontant au XIXe siècle selon laquelle les États-Unis ont reçu l’autorisation divine de s’étendre en Amérique du Nord au nom de la civilisation. Elle a été brutalement incarnée par l’ancien président Andrew Jackson dans son asservissement et son déplacement des peuples des Premières Nations sur le continent.

D’ailleurs, le portrait de Jackson, installé par Donald Trump dans la nouvelle décoration pompeuse et aveuglante du Bureau ovale, ne tient certainement pas du hasard, mais plutôt de l’hommage.

Personne n’a oublié non plus le doigt pointé par le républicain dans les premiers jours de sa nouvelle présidence vers le Groenland, territoire qu’il convoite pour sa position stratégique et ses ressources naturelles, vers le canal de Panama, cédé à ce pays de l’Amérique centrale par les États-Unis en 1999, ou encore vers le Canada, que l’ex-vedette de téléréalité rêve de transformer en 51e État du nouvel empire qu’il fantasme.

Des idées, oscillant entre le loufoque et l’obsession, entre la blague et la nouvelle orientation des politiques étrangères du pays, qui viennent nourrir ce virage expansionniste plutôt surprenant chez ce politicien qui s’est pourtant fait élire en attisant l’idée d’un repli identitaire derrière les murs frontaliers de son pays.

« Il sait, semble-t-il, que le nationalisme colérique et replié sur soi qui lui a valu le pouvoir peut être autodestructeur, comme ce fut le cas lors de son premier mandat », écrivait il y a quelques mois l’historien Greg Grandin dans le New York Times. « Ces appels à faire de l’Amérique non seulement une grande nation, mais aussi une nation plus grande en étendue, puisent dans un patriotisme plus vivifiant qui offre la vision d’un pays en constante expansion » qui désormais dispose d’un département de la Guerre, plutôt que de la Défense, pour donner corps à toutes ses nouvelles ambitions.

Nostalgie et propagande

En remettant son appareil de défense sur le chemin de la guerre, Donald Trump cherche à cultiver la nostalgie d’un passé glorieux qui, selon lui, a accompagné les décennies où le département des armées portait le nom réinstauré. C’était le cas durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale. « Nous avons connu un incroyable palmarès de victoires lorsque le nom était “département de la Guerre” », a-t-il dit en août depuis la Maison-Blanche.

Son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a pris les rênes de l’institution en promettant d’y ramener une « létalité » jumelée à une « éthique guerrière ».

Ironiquement, c’est d’un prix Nobel de la paix que le président américain rêve ouvertement et de manière obsessionnelle depuis des années, et encore plus à l’approche du dévoilement en octobre prochain du lauréat de la prestigieuse médaille. Et, en politicien qui réinterprète toujours à sa manière la réalité autour de lui — et peut-être désormais un des grands principes de la paix armée (« si tu veux la paix, prépare la guerre ») —, c’est en réinstallant son département dans une logique de lutte armée qu’il croit peut-être pouvoir l’atteindre.

.........Le Devoir

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