samedi 21 février 2026
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TOUT COMPRENDRE. Frappes meurtrières, opérations de la CIA... Pourquoi Donald Trump s'en prend au Venezuela

Par BFM TV 1,296 vues
TOUT COMPRENDRE. Frappes meurtrières, opérations de la CIA... Pourquoi Donald Trump s'en prend au Venezuela
L'armée américaine mène depuis plusieurs semaines des frappes meurtrières dans le Pacifique et dans les Caraïbes contre des navires accusés d'acheminer de la drogue aux États-Unis. À la tête de ce trafic, selon Washington: le président vénézuélien Nicolas Maduro.

Donald Trump en croisade contre le narcotrafic international. Le président américain, qui a officiellement déclaré son pays en "conflit armé" avec les cartels de drogue, a ordonné à l'armée de se déployer en mer pour combattre les trafiquants et ainsi "protéger le territoire national". Ces dernières semaines, les frappes américaines ont tué plus de 60 personnes présentées comme des membres d'organisations criminelles sud-américaines.

Accusé d'alimenter ce trafic, le président vénézuélien Nicolas Maduro est recherché par la justice américaine. Lui dénonce un prétexte "pour imposer un changement de régime" et s'emparer des réserves de pétrole du pays.

· Une quinzaine de frappes meurtrières

Les États-Unis procèdent depuis début septembre à des frappes aériennes dans le Pacifique et surtout dans les Caraïbes contre des bateaux qu'ils présentent comme appartenant à des narcotrafiquants. La dernière en date, ce samedi 1er novembre, a tué trois personnes selon le secrétaire à la Défense Pete Hegseth.

"Ces narcoterroristes font entrer de la drogue sur notre territoire pour empoisonner les Américains, et ils n'y parviendront pas. Le Département les traitera EXACTEMENT comme il a traité Al-Qaïda", affirme-t-il sur X, vidéo de la frappe américaine à l'appui.
Au total, l'administration Trump a revendiqué 16 attaques ces dernières semaines, faisant selon elle 65 morts, sans apporter la preuve de liens entre ces personnes et le narcotrafic.
"Je pense qu'on va simplement tuer les gens qui font entrer de la drogue dans notre pays, ok?", avait justifié Donald Trump vendredi 24 octobre.

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a dénoncé vendredi 31 octobre des "exécutions extrajudiciaires". Il rappelle que la lutte contre le trafic de drogues relève "du maintien de l'ordre" et qu'"en vertu du droit international des droits de l'homme, le recours intentionnel à la force létale n'est autorisé qu'en dernier recours contre des individus qui représentent une menace imminente pour la vie".

Le président colombien Gustavo Petro a par ailleurs dénoncé récemment l'"assassinat" d'un pêcheur colombien, tué selon lui dans une frappe américaine, et accusé les États-Unis d'avoir violé l'espace maritime colombien. Après ces déclarations, Donald Trump a qualifié Gustavo Petro de "baron de la drogue" et annoncé l'arrêt des aides financières américaines versées à Bogota.

Outre ces frappes, Washington a déployé une flotte de huit navires de guerre dans les Caraïbes et des avions de chasse F-35 sur l'île américaine de Porto Rico. Donald Trump a aussi annoncé l'arrivée prochaine du porte-avions Gerald R. Ford, le plus grand au monde.

Carte présentant la flotte américaine déployée au 15 octobre 2025 dans les Caraïbes pour lutter contre le trafic international de drogue
Carte présentant la flotte américaine déployée au 15 octobre 2025 dans les Caraïbes pour lutter contre le trafic international de drogue © Photo par YASIN DEMIRCI / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP

· La tête de Nicolas Maduro mise à prix

Pour Donald Trump, le responsable de ce trafic international de drogue est tout trouvé: Nicolas Maduro. Le président vénézuélien est, comme son prédécesseur Hugo Chavez, un ennemi déclaré des États-Unis dont il dénonce "l'impérialisme".

Au cours de son premier mandat (2017-2021), Donald Trump a conduit une politique de sanctions maximales contre le Venezuela, ordonnant un embargo sur le pétrole. En 2020, Nicolas Maduro a été inculpé pour "narco-terrorisme", accusé d'"inonder le marché américain de cocaïne".

Selon la fiche émise par le secrétariat d'État américain, le président Maduro serait à la tête d'un réseau de trafic de drogue impliquant des haut-gradés vénézuéliens appelé le "Cartel des Soleils" - une organisation dont l'existence même est remise en cause par certains spécialistes.

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, les relations entre Caracas et Washington se sont encore envenimées, alors que les États-Unis ne reconnaissent pas la réélection contestée de Nicolas Maduro en 2024. En août dernier, l'administration Trump a annoncé avoir doublé à 50 millions de dollars (environ 43 millions d’euros) la prime pour l’arrestation du président vénézuélien.

· La CIA autorisée à mener des opérations au Venezuela

Le président américain Donald Trump a reconnu mi-octobre avoir autorisé des actions clandestines de la CIA contre le Venezuela, sans donner plus de détails. Alors qu'un journaliste lui demandait s'il avait donné à l'agence américaine l'autorisation de "neutraliser" Nicolas Maduro, Donald Trump a balayé une "question ridicule".

"On n'a jamais vu un président parler d'opérations clandestines de la CIA pendant qu'elles ont lieu. Ça montre bien qu'on est dans un récit qui doit être mis en scène", décrypte pour BFMTV le chercheur Jérome Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine et enseignant à Sciences-Po.

Les autorités vénézuéliennes ont dans la foulée annoncé avoir démantelé une cellule de la CIA qui aurait eu comme objectif d'attaquer un navire américain amarré à Trinité-et-Tobago, l'USS Gravely, pour créer un incident "sous faux drapeau" en l'attribuant au Venezuela.

L'annonce de Donald Trump a réveillé en Amérique du Sud les souvenirs des coups d'État soutenus ou orchestrés par les services secrets américains dans la seconde moitié du XXe siècle au Brésil, au Chili ou encore au Guatemala.

S'il a un temps brandi la menace d'une "opération terrestre", Donald Trump a écarté ce vendredi tout projet d'attaque directe contre le Venezuela.

· Le narcotrafic, un prétexte?

Si Donald Trump accuse Nicolas Maduro de diriger un régime "narco-terroriste", le Venezuela n'est pas connu par les spécialistes comme un pays clé du trafic de drogue en Amérique latine.

"Le Venezuela n'est pas un pays de production de drogue" comme la Bolivie ou la Colombie, note Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine à l'Université de Rouen. "C'est un pays de transit mais ce n'est pas la route majeure du transit de la drogue vers les États-Unis ou l'Europe", explique-t-il à BFMTV.

"Aujourd'hui, c'est plutôt l'Équateur qui est utilisé par les groupes narcotrafiquants comme une plaque tournante pour distribuer la drogue vers les États-Unis. Mais l'Équateur ne va pas être visé car son président est un allié de Donald Trump", poursuit le chercheur.

Sous couvert de lutte contre le trafic de drogue, Donald Trump mènerait davantage une croisade politique. "Le Venezuela est une figure de l'ennemi qui lui est utile", estime Jérôme Viala-Gaudefroy. "Nicolas Maduro est un dictateur d'extrême gauche donc ça correspond à sa rhétorique sur un 'ennemi intérieur' lui-même décrit comme étant d'extrême gauche".

Face aux accusations américaines, le régime de Nicolas Maduro communique sur sa lutte contre le trafic de drogue. Jeudi, Caracas a annoncé avoir intercepté trois avions et détruit deux camps de "terroristes armés narco colombiens" dans le sud du pays.

· Le pétrole vénézuélien en ligne de mire?

Si Nicolas Maduro venait à chuter, Washington aurait tout intérêt à voir lui succéder son opposante Maria Corina Machado, tout juste auréolée du prix Nobel de la Paix 2025.

En effet, "son projet ouvertement affirmé est de faire du Venezuela un hub énergétique pour les Américains", explique Thomas Pasado, qui souligne le "tropisme pro-occidental" de cette combattante historique du régime socialiste fondé par Hugo Chavez.

"Dans le cas où elle arriverait au pouvoir, c'est certain que les entreprises américaines auraient quelqu'un d'extrêmement conciliant comme interlocuteur", affirme le spécialiste de l'Amérique latine.

Après s'être vu décernée le prix Nobel, María Corina Machado avait dédié sa médaille "au peuple souffrant du Venezuela et au président Trump pour son soutien décisif à notre cause". Nicolas Maduro voit dans ce rapprochement "un plan impérial visant un changement de régime pour imposer un gouvernement fantoche contrôlé par les États-Unis" et s'emparer des réserves de pétrole du pays, parmi les plus importantes au monde.

....BFM TV

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NS il y a 3 mois

Mali, une rançon de 50 millions d’euros versée par les Emirats à Iyad Ag Ghali Les réseaux sociaux maliens ont suivi pratiquement jour par jour la chronique du versement de la rançon record versée par les Émirats, à peine plus d’un moins après leur enlèvement, pour deux Emiratis et un Iranien libérés jeudi à Gao. Des otages de grande valeur royalement monnayés par Iyad Ag Ghali, le chef d’Al Qaida au Sahel, qui a plus que jamais besoin d’argent pour financer une armée qui s’agrandit et s’étend. Cheikh Ahmed Bin Maktoum bin Joumoua Al Maktoum, général en retraite, membre de la famille royale au pouvoir à Dubaï, avait été enlevé le 23 septembre dernier avec un visiteur émirati de passage et un employé iranien à Sanankoroba, dans la région de Koulikoro, à une quarantaine de km de la capitale, où il vivait dans une grande propriété agricole. Le cheikh avait également installé un aérodrome sur place. Des images du commando djihadiste dans l’aérodrome avaient été diffusées à l’époque par les ravisseurs. Les Émirats n’ont pas hésité à charger la barque financière pour obtenir la libératuin de leurs compatriotes. On parle de 50 millions d’euros (ou de dollars, selon les sources) versés par les Emirats arabes unis, de 11 à 20 millions supplémentaires pour l’achat de munitions, de la sortie de prison de 25 djihadistes ainsi que de facilités de déplacement à l’étranger. C’est d’un accord global qu’il s’agit au delà de la libération du général émirati. Plusieurs otages maliens aux mains du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), des notables et des militaires, seraient en cours de libération pour satisfaire les autorités maliennes, sans lesquelles l’échange n’aurait pu se faire. C’est ainsi que l’ancien député de Koutiala, Abdou Maïga, enlevé le 23 avril 2023, a finalement regagné son domicile le 31 octobre 2025. Une affaire vite ficelée Les sources concordent sur l’identité des intermédiaires impliqués dans la négociation. Il s’agirait d’Ahmada Ab Bibi, l’habituel négociateur et homme de confiance d’Iyad Ag Ghali, ancien député et ancien membre du groupe armé touareg Ansar Dine, coutumier de toutes ces affaires. On cite aussi, chose plus surprenante, deux trafiquants arabes de Tilemsi très connus, proches aussi bien de la junte que des groupes armés djihadistes et de certains leaders armés du nord du Mali. Sid Ahmed El Zamili alias Zouleylou aurait été mobilisé pour l’achat et le transport des munitions (on parle de 40 tonnes) auprès de trafiquants toubous installés en Libye et au Tchad. Son cousin Mohamed El Mehri, beaucoup plus connu sous le surnom de Rougi, aurait, lui, assuré le transport des otages jusqu’à Gao. Un éminent leader du Front de Libération de l’Azawad, proche lui aussi d’Iyad Ag Ghali, aurait servi d’intermédiaire pour approcher les vendeurs d’armement toubous. L’imbrication de ces réseaux criminels démontre, une nouvelle fois, la porosité et les connexions des gros bras armés maliens sur le terrain militaire quand il s’agit de faire fonctionner le ruissellement propre à ces affaires d’otages. Un butin colossal Avec ce butin de guerre colossal, Iyad Ag Ghali va pouvoir verser des primes à tous les soldats de l’organisation, récompenser les preneurs d’otages et les équipes de geoliers et distribuer l’argent de la guerre aux katibas déployées au nord, au centre, à l’est et, de plus en plus, à l’ouest du Mali, au Burkina Faso et à l’ouest du Niger ainsi que, ces tout derniers temps, au Nigeria, à la frontière béninoise, où le GSIM n’entend pas laisser le terrain libre à son rival de l’Etat islamique au Sahel. Plus le groupe s’étend sur un large espace, plus il consomme d’hommes, de carburant, d’armes, de munitions et de logistique. Pour recruter, y compris aux dépens des autres groupes armés moins bien lotis, il faut de l’argent. Mais le prix des otages n’est, évidemment pas le même montant pour tous. Avec le vieux général dubaiote amateur de gazelles, le GSIM a touché le jackpot. Il n’en ira pas de même avec les autres otages étrangers en possession du groupe armé islamiste: des citoyens égyptiens, chinois, indiens, bosniaques (ou croates); des dizaines de soldats maliens et burkinabé; plusieurs notables maliens. On ignore si des Russes de Wagner ou d’Africa Corps sont détenus par les djihadistes mais deux combattants de Wagner, des officiers, sont détenus par les Touareg du FLA. La Suissesse, l’Autrichienne et l’Américain enlevés au Niger depuis le début de l’année sont aux mains de l’Etat islamique, nouveau dans le business des otages.