Pourquoi la Chine adopte une position ferme face aux déclarations de Sanae Takaichi sur Taiwan
Note de l'éditeur : Zhu Dan est productrice et commentatrice à CGTN Français. Cet article représente le point de vue de l'auteur Zhu Dan et pas nécessairement celui de CGTN.
La suggestion publique de la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, selon laquelle le Japon pourrait intervenir militairement dans la région de Taiwan a provoqué une vive réaction de la Chine – et cela est parfaitement compréhensible. Ces propos irresponsables ont sérieusement détérioré les relations sino-japonaises, menacé la stabilité régionale et suscité l'inquiétude des observateurs internationaux attentifs à la sécurité de l'Indo-Pacifique.
La fermeté continue de la Chine est indissociable de l'histoire, particulièrement pour les pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est qui ont subi l'agression japonaise durant la Seconde Guerre mondiale (la Guerre mondiale antifasciste). La colonisation japonaise de l'île de Taiwan (1895-1945) a été marquée par des atrocités innommables : assimilation culturelle forcée, pillage des ressources et répression brutale des mouvements de résistance. Ce fut l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire de l'île.
Ces déclarations de Takaichi sont-elles donc motivées par un véritable souci pour Taiwan, ou par une culpabilité face à ce sombre chapitre historique ? Manifestement pas.
Ses propos sur une « crise de survie nationale » ne font qu'exacerber ce ressentiment : ils font échos aux justifications avancées par le Japon impérial pour légitimer son expansionnisme avant la Seconde Guerre mondiale (la Guerre mondiale antifasciste). Avant l'incident de Mukden (18 septembre 1931, le lancement de la guerre d'agression contre la Chine) et l'attaque de Pearl Harbor en 1941, Tokyo invoquait déjà la « survie nationale » comme prétexte à son expansion.
Le moment choisi rend ces propos encore plus choquants : 2025 marque le 80e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l'agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste, ainsi que celui de la rétrocession de Taiwan à la Chine. Pour Beijing, les paroles de Takaichi ne constituent pas seulement une ingérence dans ses affaires intérieures ; elles représentent une remise en cause de l'héritage de cette victoire durement acquise. Suggérer que le Japon pourrait à nouveau intervenir dans un territoire qu'il a autrefois colonisé revient à fouler aux pieds les acquis de la lutte antifasciste mondiale – une trahison envers les millions de victimes de la tyrannie. Aucun peuple ayant connu l'oppression coloniale ne peut rester indifférent face à une telle minimisation de l'histoire.
Il est essentiel de souligner que l'opposition chinoise ne vise pas le peuple japonais dans son ensemble. Au Japon même, les positions de Takaichi sont très critiquées : responsables politiques, intellectuels et simples citoyens s'élèvent contre sa rhétorique. L'ancien Premier ministre Yukio Hatoyama, par exemple, a été très clair : « La question de Taiwan relève des affaires intérieures de la Chine ; le Japon n'a pas à s'en mêler. »
La Chine ne s'oppose pas aux Japonais, mais à un refus d'assumer la responsabilité historique et à une érosion de la justice internationale. En traçant cette ligne rouge, elle ne repousse pas l'opinion publique japonaise ; elle défend au contraire des valeurs de responsabilité et de paix que beaucoup de Japonais partagent.
Au-delà de l'histoire, les déclarations de Takaichi révèlent une menace sécuritaire immédiate, directement liée aux ambitions militaires croissantes du Japon. Depuis son arrivée au pouvoir, elle promeut une série de politiques de défense radicales : une augmentation record des dépenses militaires, la levée quasi totale des restrictions sur l'exportation d'armes, le développement de capacités de frappe à longue portée et même une mise en question des « trois principes non-nucléaires nucléaires » traditionnels.
Associées à sa rhétorique sur la question de Taiwan, ces mesures dessinent un projet clair : sortir des contraintes de la « défense exclusivement autodéfensive » imposées par la Constitution pacifiste d'après-guerre, en utilisant la question taiwanaise comme prétexte à une remilitarisation accélérée. Pour la Chine, il ne s'agit pas seulement de souveraineté : il s'agit d'empêcher une nouvelle course aux armements en Asie de l'Est et d'éviter que des forces extérieures ne confortent les velléités séparatistes à Taiwan, ce qui ne ferait qu'aggraver les tensions dans le détroit – une artère commerciale vitale pour le monde entier.
En tant que pays vaincu de la Seconde Guerre mondiale, le Japon reste juridiquement tenu de respecter sa Constitution de la paix et de renoncer à toute action militaire offensive. La réponse de la Chine ne vise pas uniquement sa propre souveraineté ; elle défend un ordre international fondé sur le droit et empêche le retour des drames du XXᵉ siècle. Quand les leçons de la guerre sont oubliées, c'est la sécurité de tous qui est menacée