samedi 21 février 2026
Contact
Malijet

Mémoire gelée : quand l’animé japonais ne suffit plus à masquer l’horreur historique

Par CGTN 1,386 vues
Mémoire gelée : quand l’animé japonais ne suffit plus à masquer l’horreur historique
Musée des preuves des crimes de l'Unité 731 de l'armée japonaise d'invasion à Harbin

En cette fin d’année 2025, les réseaux sociaux mêlent traditions japonaises du Nouvel An et sorties d'animés hivernaux, offrant un portrait culturel séduisant du Japon. Pour une génération bercée par la mondialisation, ce pays se découvre souvent à travers ses animés, ses produits technologiques et son esthétique raffinée.

Pourtant, lorsque souffle le vent glacial de décembre, une autre mémoire émerge, non pas celle des écrans, mais celle, implacable, des archives historiques. Les crimes de l’Unité 731 durant la Seconde Guerre mondiale dépassent le cadre de la guerre : ils constituent une tache indélébile dans l’histoire de l’humanité.

Le 13 décembre, des documents déclassifiés relatifs aux interrogatoires soviétiques des membres de l’Unité 731 japonaise ont été rendus publics par les Archives centrales de la Chine. Ces archives, qui couvrent la période du 11 mai 1939 au 25 décembre 1950, comprennent des comptes rendus d’interrogatoires de membres de l’Unité 731, des rapports d’enquête sur leurs crimes, ainsi que des télégrammes et des correspondances internes du gouvernement soviétique.

Ces documents, issus principalement des archives du procès de Khabarovsk, révèlent pour la première fois les enquêtes préliminaires menées par l’URSS avant le procès, permettant d'identifier plus de 200 personnes liées aux crimes de l’Unité 731. Les investigations se sont concentrées sur les criminels de guerre clés et les témoins, aboutissant à l’inculpation de 12 accusés jugés publiquement. Certains comptes-rendus d’interrogatoires, rendus publics pour la première fois, montrent que ces criminels ont reconnu sans détour leurs violations des conventions internationales, ainsi que leur préparation et leur mise en œuvre de la guerre bactériologique.

Une précision macabre, en écho dérangeant à l’exigence japonaise du détail.

Officiellement présentée comme une unité de prévention des épidémies, l’Unité 731 était en réalité un centre de torture et d’expérimentation à grande échelle. Ses membres ont disséqué des sujets vivants, testé des gaz toxiques sur des humains et contaminé des régions entières via des bombes bactériologiques ou des épandages aériens. Des méthodes qui ont laissé des cicatrices profondes en Chine et en Asie du Sud-Est.

Après 1945, le Japon a tenté d’effacer ces crimes. Pourtant, les recherches et les témoignages continuent de faire surface. Aujourd’hui, alors que les derniers survivants disparaissent l’un après l’autre, la transmission de cette mémoire devient un devoir collectif. La vraie civilisation ne se mesure pas à ses produits culturels, mais à sa capacité à affronter ses zones d’ombre. Les crimes de l’Unité 731 ne se réduisent pas à un différend sino-japonais : ils interpellent l’humanité tout entière sur les limites éthiques de la science, la responsabilité des États et le respect des droits humains fondamentaux.

Se souvenir n’est pas cultiver la haine, mais défendre une ligne rouge : aucune avancée technologique, aucune sophistication culturelle ne saurait justifier l’atteinte à la dignité humaine. Seul un devoir de mémoire intransigeant peut empêcher l'histoire de se répéter. 

Lan SHU, journaliste CGTN

(Photo : VCG)

Partager:

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

Soyez le premier a commenter cet article.