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Un président tout-puissant et un ticket d'entrée à 1 milliard : 5 choses à savoir sur le « Conseil de paix » de Trump

Par Les Echos 2,897 vues
Un président tout-puissant et un ticket d'entrée à 1 milliard : 5 choses à savoir sur le « Conseil de paix » de Trump
Donald Trump s'exprime à Davos, ce 22 janvier 2026, lors d'une session sur son « Conseil de paix », devant des dirigeants venus pour signer sa charte. (Photo Markus Schreiber/Ap/SIPA)

Cette structure, entièrement à la main des Etats-Unis, entend oeuvrer à la résolution des conflits dans le monde « en coordination » avec l'ONU. Plusieurs pays ont déjà acté leur adhésion, mais beaucoup d'autres en rejettent le principe même.

« Nous avons éteint 8 guerres ». C'est en répétant inlassablement ce mantra que Donald Trump a défendu à Davos, ce jeudi, la création de son « Conseil de paix ». Une structure aux contours flous et qui n'ont pas été précisés ce jeudi, censée contribuer à la résolution des conflits dans le monde, « en coordination » avec les Nations unies, a simplement indiqué le président américain, lors de la signature de la charte fondatrice.

Plusieurs pays dont les dirigeants étaient présents ce jeudi à Davos ont d'ores et déjà accepté l'invitation à y siéger, lancée par Washington. Mais d'autres l'ont déclinée, à l'image de la France. Un refus qui n'a pas été sans conséquences. Explications.

1. Un « Conseil de paix » pour concurrencer l'ONU

La création de ce « Conseil de paix » est à l'origine inscrite dans le plan américain pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza. L'un des vingt points de ce plan de paix évoquait la création d'un nouvel organe international, le « Conseil de paix », chargé de superviser et contrôler la future autorité transitoire qui sera installée pour gérer Gaza.

Mais le projet de « charte » a révélé ensuite une initiative et un mandat bien plus vastes que la seule question de Gaza. Il semble en faire un véritable substitut des Nations unies. « Le Conseil de paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits », peut-on lire dans le préambule de ce texte envoyé aux Etats invités à y siéger.

Dans une allusion claire à l'ONU, le texte de huit pages critique les « approches et institutions qui ont trop souvent échoué » et appelle à avoir « le courage » de s'en « écarter ». Il souligne « la nécessité d'une organisation de paix internationale plus agile et efficace ».

2. Un Trump tout-puissant

Donald Trump est le « premier président » de ce « Conseil de paix ». Ses pouvoirs sont à ce titre très étendus : il est seul habilité à inviter d'autres chefs d'Etat et de gouvernement à l'intégrer et peut révoquer leur participation, sauf en cas de « veto par une majorité des deux tiers des Etats membres ». Un responsable américain a confirmé sous couvert d'anonymat que Donald Trump pourra en conserver la présidence, y compris après la fin de son mandat, jusqu'à ce qu'il « démissionne » ! Le prochain président des Etats-Unis pourra quand même désigner un représentant.

Le conseil exécutif du « Conseil de paix », dirigé par Donald Trump, comportera sept membres parmi lesquels le secrétaire d'Etat Marco Rubio, l'émissaire spécial Steve Witkoff, le gendre du président américain, Jared Kushner, et l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair.

3. Un ticket d'entrée à un milliard de dollars

Officiellement, selon l'administration Trump, l'adhésion à cet organe international se fait sur la base du volontariat et aucun prix d'entrée n'est imposé pour en être membre. Chaque Etat qui accepte de rejoindre le « Conseil de paix » pourra exercer un mandat d'une durée maximale de trois ans à compter de l'entrée en vigueur de la charte, renouvelable par le président.

Néanmoins, ce mandat de trois ans ne s'applique pas aux Etats membres qui versent plus d'un milliard de dollars au « Conseil » au cours de la première année suivant l'entrée en vigueur de la charte, précise le texte. Ces derniers bénéficieront d'un siège permanent.

4. Du Maroc à la Turquie, une trentaine de dirigeants disent oui

A ce stade, sur quelque 50 invitations envoyées (dont une au Pape, chef de l'Etat du Vatican), environ 35 dirigeants ont accepté, a indiqué mercredi un haut responsable de l'administration Trump aux journalistes. Parmi eux, le roi du Maroc Mohamed VI, qui rejoindra le conseil en tant que « membre fondateur », ainsi que le président des Emirats arabes unis, Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane.

En Hongrie, le Premier ministre, Viktor Orban, a accepté dès dimanche l'invitation « honorable » de son allié Donald Trump d'être « membre fondateur » du « Conseil de paix ». En Europe, la Bulgarie et le Kosovo sont aussi sur la liste. En Arménie, le Premier ministre Nikol Pachinian a déclaré mardi sur Facebook avoir accepté l'invitation américaine.

L'Arabie saoudite a elle aussi accepté l'invitation du président américain, tout comme le Koweït, le Qatar ou encore la Turquie, deux pays médiateurs à Gaza. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, fera lui aussi partie de ce « Conseil de paix », tout comme le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi.

Etaient également présents ce jeudi matin les dirigeants de l'Argentine (Javier Milei), et ceux d'Azerbaïdjan, d'Ouzbékistan, du Kazakhstan, du Pakistan, de l'Indonésie ou encore de la Mongolie.

Donald Trump a également affirmé mercredi, depuis le sommet de Davos, que le président russe, Vladimir Poutine, avait « accepté » son invitation à rejoindre son « Conseil de paix ». « Il a été invité. Il a accepté », a-t-il affirmé. Le président russe a, lui, seulement indiqué que son ministère des Affaires étrangères avait été « chargé d'étudier » la proposition américaine.

5. Des sanctions pour ceux qui disent non ?

Le Royaume-Uni, allié clé des Etats-Unis et également membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, a indiqué ce jeudi qu'il ne ferait pas partie des signataires. « Il s'agit en effet d'un traité juridique qui soulève des questions beaucoup plus larges, et nous sommes également inquiets du fait que le président Poutine fasse partie d'un organisme qui parle de paix, alors que nous n'avons encore vu aucun signe de sa part indiquant qu'il s'engagerait en faveur de la paix en Ukraine », a déclaré la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper.

Trois autres pays ont opposé un refus net à Trump. D'abord la France qui, via l'entourage d'Emmanuel Macron, a indiqué dès lundi qu'elle « ne pouvait donner (une) suite favorable » à ce stade à l'invitation. Contrarié, Donald Trump a critiqué son homologue français - « personne ne veut de lui, parce qu'il sera bientôt sans mandat » - et menacé d'une surtaxe de 200 % les vins et champagnes produits dans l'Hexagone. Mais il n'est pas revenu à la charge sur le sujet depuis lors de ses nombreuses interventions depuis Davos… Les autres grands Etats européens se sont prudemment abstenus de répondre.

La Norvège, dont les relations se sont nettement dégradées avec Donald Trump irrité de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, ne participera pas non plus. « Pour la Norvège, il est important que cette proposition s'inscrive dans le cadre des structures existantes telles que l'ONU et de nos engagements internationaux », a déclaré le secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, Kristoffer Thoner.

Enfin, l'Ukraine, qui a elle aussi reçu une invitation, l'a immédiatement refusée. Volodymyr Zelensky « n'imagine pas » y participer au côté de la Russie.

......Les Echos

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