Trump et l’Europe : la rupture est-elle déjà consommée ?
Alors que Donald Trump multiplie les sommations à l'encontre de l'Union européenne, Bruxelles cherche, à sa manière, à dire « stop ».
Qu'il semble loin le temps des fastueux repas de famille entre alliés européens et américains. Aujourd'hui, le divorce menace, sous les coups de boutoir successifs de Donald Trump, et l'Union européenne (UE) hésite encore à taper du poing sur la table face à un président américain hors de contrôle.
Lorsque Donald Trump a réclamé le Groenland, sous souveraineté danoise, lors du forum de Davos (Suisse) le 21 janvier, il s'est bien fait comprendre : « Vous pouvez dire oui, et nous vous en serons reconnaissants, ou dire non, et nous nous en souviendrons. » Le ton glacial a marqué les esprits.
Si Donald Trump a semblé s'apaiser ensuite en saluant la conclusion d'un accord avec l'Otan, la confiance reste ébranlée. D'autant plus que cet allergique aux institutions internationales a aussi décidé de façonner les relations diplomatiques à sa manière. Son projet de lancer un conseil de la paix, concurrent de l'ONU, inquiète Bruxelles, alors que la Russie s'apprêterait à en devenir membre permanent en échange d'un billet d'entrée d'un milliard de dollars.
Réduire l'interdépendance
Dans ce monde à l'envers, l'Europe doit affirmer son autorité. Alors que le président américain a menacé d'augmenter les droits de douane contre les États qui refusent ses directives, Emmanuel Macron a réclamé « l'activation de l'instrument anticoercition » de l'UE, surnommé le « bazooka économique », allant des taxes sur des produits à l'interdiction d'accès au marché européen pour certaines entreprises.
« Le calcul européen est de dissuader Donald Trump en passant par les grands patrons américains, observe Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman. À Davos, j'ai retenu la réaction du plus grand financier de la planète, l'Américain Larry Fink, qui a complimenté Emmanuel Macron pour sa sagesse… » Une stratégie qui peut être adoptée par un vote à la majorité qualifiée au Conseil de l'UE. Cette menace a-t-elle porté ses fruits ? Peut-être, car Trump a finalement renoncé, dans la foulée, à appliquer ses droits de douane.
La rupture du lien économique serait un coup dur des deux côtés, puisque les échanges transatlantiques représentent 30 % du commerce mondial. L'Europe, elle, a notamment besoin du gaz et du pétrole liquéfié américains, et ne fait pas le poids face aux géants de la tech. Mais il existe des alternatives. Le Vieux Continent dispose par exemple de ses propres système de paiement et GPS.
Sur le plan militaire, Washington n'est plus un allié fiable. D'autant que le gouvernement américain a annoncé qu'il allait réduire sa présence dans certaines structures de l'Otan « C'est une occasion pour européaniser l'alliance », souligne Sven Biscop, directeur de l'Institut royal Egmont en Belgique.
L'escalade est telle que des questions inouïes émergent : les armées européennes feront-elles un jour face à l'armée américaine ? Et si Donald Trump décidait de se saisir de la Polynésie française pour sa position stratégique face à la Chine ? « Inconcevable, tranche Sven Biscop. Les Européens ne tireront jamais sur les Américains. On ne commencera pas de guerre fratricide. » Est-ce si certain du côté états-unien ?