Les griots chantent leur Mali à la Philharmonie de Paris
Ballaké Sissoko, Habib Dembélé, Fatoumata Diawara : dans « Maliphonies », du 20 au 22 septembre, le nec plus ultra des artistes maliens se produit à Paris.
Si tu ne peux aller au Mali, le Mali viendra à toi. Jusqu'à dimanche 22 septembre, la Philharmonie de Paris accueille Maliphonies, trois rendez-vous avec des voix les plus talentueuses du grand pays devenu inaccessible aux Français, interdits de visa par la junte au pouvoir. Qui sont ces vedettes internationales qui maintiennent le dialogue par leur art ? Qu'est-ce que cette tradition griotique de l'Afrique de l'Ouest qui se poursuit jusqu'à nos jours à découvrir lors d'une conférence de François Bensignor ce vendredi 20 septembre à 18 heures précédant La Nuit des griots ?
Habib Dembélé, immense acteur malien de théâtre et de cinéma qui réside en France depuis près de 30 ans, et a longtemps joué avec Peter Brook, est le récitant de cette nuit d'immersion dans son Mali natal où il retourne régulièrement, notamment pour son festival de théâtre annuel, Les Journées théâtrales de Guimba national. Chez lui, il est en effet connu sous le nom de Guimba national, venu du nom du personnage qu'il interprétait dans Wari, une pièce d'Ousmane Sow qui a fait sa célébrité dans les années 1980.
Mais aussi, nous confie-t-il, sous celui de Seko national tant le personnage de la première série télévisée malienne L'Aventure de Seko Bore qu'il a écrite en 2005, personnage aux prises avec la grande ville de Bamako, qu'il interprète aussi, a connu de succès au Mali. La seconde saison, presque vingt ans plus tard, réalisée par le grand cinéaste Cheick Oumar Sissoko est d'ailleurs de retour cette année pour la plus grande joie des téléspectateurs maliens qui s'impatientaient !
Ce week-end, Habib Dembélé, invité par son compatriote Ballaké Sissoko, merveilleux joueur de kora de réputation internationale, et lui-même griot, est à l'honneur à la Philharmonie, dans le concert inaugural de La Nuit des griots du vendredi 20, et lors d'un spectacle de contes tourné vers la jeunesse La Ballade de Guimba, promenade dans les contes initiatiques de la région du Mandé, dont La Querelle des deux lézards de l'écrivain Amadou Hampâté Bâ.
« Contrairement à Ballaké Sissoko, je ne suis pas griot moi-même mais j'interprète le rôle du griot sur scène, celui qui tient la parole, puisque les griots chantent, jouent, parlent. Je dis des textes qui sont pour beaucoup des traductions littéraires de chansons du terroir, notamment celles réalisées par l'écrivain malien Massa Makan Diabaté, mais aussi des textes que j'ai écrits, et cela dans un dialogue avec la kora », précise le dramaturge et écrivain.
Autour de Ballaké Sissoko, un ensemble de koras de Guinée et aussi du Ghana donne à entendre le patrimoine historique de l'Afrique de l'Ouest, chanté depuis des millénaires par les griots, dits « djeli », en bambara. Lui-même a suivi l'enseignement du maître Sidiki Diabaté (père de Toumani Diabaté prématurément disparu cet été) et avec lequel Ballaké Sissoko a joué.
Un dimanche avec Fatoumata Diawara
L'autre grand rendez-vous de ce week-end, dimanche, c'est le concert de la chanteuse Fatoumata Diawara, à la trame puisée dans son album Maliba, qui signifie grand Mali en bambara, qui sera accompagnée par l'orchestre Ostinato. Chansons en bambara, sa langue, toujours émaillées de mots anglais.
« C'est l'âme qui doit communiquer avec le public, plus que la langue, mes mélodies viennent guérir et toucher l'âme car mes textes sont souvent durs, ils traitent de la pigmentation, de l'excision, de femmes battues, violées, de l'immigration, de sujets très engagés », nous disait la chanteuse, inoubliable dans le film Timbuktu, mais encore dans l'opéra Le Vol du Boli, au Châtelet. Elle qui écrit ses chansons et compose ses musiques à la guitare et dont la flamboyante énergie vous emporte une salle n'oublie pas d'ajouter : « Je tiens à ce que dans ma musique passent la douceur et la subtilité maliennes. »