Des chauffeurs témoignent d’un parcours infernal
Les chauffeurs, aussi bien que les usagers de la route nationale N°1 (RN1) reliant Bamako à Kayes, continuent de vivre le calvaire. D’une distance de près de 600 km par route, le goudron s’est transformé en nid d’oiseaux, causant plusieurs dommages de part et d’autre.
Dans la vie, le déplacement d’un point à un autre est une nécessité pour diverses raisons (évènements sociaux, commerces, découvertes etc.). Le voyage est un plaisir pour certains. Par contre pour d’autres, c’est une obligation de tous les jours. C’est le cas de ceux qui ont choisi la profession de chauffeur. Ceux-ci vivent de cela et construisent leur avenir en étant derrière le volant d’un véhicule personnel ou de transport. Ces chauffeurs parcourent l’intérieur du pays et vont au-delà des frontières maliennes dans l’exercice de leur travail. Ils vivent de nos jours le calvaire à cause de l’état désastreux de quelques axes routiers, principalement la route nationale N°1 (RN1). Pour qui connait la route Bamako- Kayes, inutile de lui dire combien elle est importante pour l’économie du pays. Le constat qui se dresse sur cet axe routier est désolant. Il se résume à des dégâts, qui vont du renversement des gros porteurs et leurs marchandises à la crevaison incessante des pneus des véhicules, en passant par l’inconfort des usagers, la perte de temps et tant d’autres difficultés. De jour comme de nuit, des gros porteurs sont victimes de dégâts à cause de l’état de la route menant au port de Dakar.
A bord d’un véhicule, l’usager peut apercevoir de nombreuses déviations. Des apprentis et chauffeurs font du thé près de leurs véhicules en attendant l’arrivée d’un mécanicien ou pour décharger complètement la marchandise d’un véhicule dans un autre. Cela, à cause de pannes graves ou de renversements de véhicule.
Bakary Koné est chauffeur de port-char de la société « MT Transport ». Il raconte son mécontentement. Pour lui, ceux qui ne fréquentent pas cette voie ne peuvent pas mesurer l’état catastrophique de cette route. Il le dit haut et fort, celui qui fait un tour sur cette route nationale en l’état actuel ne souhaitera pas le faire deux fois. Les autorités, dit-il, le savent aussi bien que les usagers qui fréquentent cette route. « De Diéma à Sandaré, c’est l’enfer total pour les chauffeurs. De Sandaré à Suéguéla aussi, c’est un autre calvaire qui ne dit pas son nom. C’est impossible aujourd’hui de quitter Diéma et d’arriver à Kayes sans que le véhicule ne tombe en panne. Je dirai que c’est très rare pour un gros porteur qu’il soit chargé de marchandise ou vide de faire Diéma et Kayes sans que le véhicule ne tombe en panne », explique le jeune chauffeur.
Selon Bakary Koné, le plus grand danger sur la route Kayes-Bamako se situait entre Lakamané et Tassara. Mais aujourd’hui, a-t-il indiqué, il y a une légère amélioration à ce niveau grâce à quelques petits travaux de réhabilitation effectués. « C’est là-bas que beaucoup de véhicules tombaient avec les conséquences qui s’en suivaient ».
Toutefois, il reconnait qu’entre Bamako et Kolokani, cette distance est en bon état. Mais de Kolokani à Diédiéni, c’est un calvaire d’une distance de 35 kilomètres. « C’est Dieu qui sauve la vie du chauffeur et de son apprenti quand un véhicule tombe. Mais le propriétaire du véhicule et le commerçant ne se soucient pas de la vie humaine du chauffeur, mais plutôt des dégâts sur les marchandises ou le véhicule », déplore Bakary Koné. Le jeune routier (appellation de chauffeur) se sent dévasté de dire qu’en cas de problème, la première préoccupation du propriétaire du véhicule est l’état de son bien et non la vie du chauffeur et de l’apprenti. Le commerçant également s’inquiète plutôt de sa marchandise qui est transportée que des transporteurs. En cas de panne ou d’accident, l’apprenti souffre le plus aussi bien que le chauffeur. Les deux s’aident mutuellement pour surmonter toutes les épreuves sur le trajet.
C’est avec fierté que notre interlocuteur raconte « Sur cette route de Kayes, les chauffeurs de nationalité malienne résolvent la majeure partie des pannes sans l’intervention des mécaniciens, contrairement à d’autres chauffeurs de la sous-région qui empruntent cette voie ». A en croire Bakary Koné, malgré leur compétence, ces chauffeurs maliens ne sont pas payés au-delà, de 100. 000 FCFA et le prime de voyage n’est pas au seuil de 50. 000 FCFA. Comme pour dire que les autres chauffeurs des pays voisins sont mieux payés que ceux du Mali.
Appel aux autorités et dénonciation d’abus des forces de sécurité
Au vu de quelques travaux de réhabilitation en cours à certains niveaux sur cette route, de nombreux transporteurs gardent espoir. « Les travaux sont très lents. Nous demandons aux autorités de mettre tous les efforts pour réparer complètement cette voie durant l’année en cours. Les chauffeurs sont confrontés aussi a des tracasseries surtout au niveau du nouveau poste de contrôle de Nionssonbougou ; des postes de Kita, Nuéguéla. Ces différents postes sont des fonds de commerce pour les forces de sécurité », a indiqué Bakary Koné.
Dans sa narration, il précise que « selon une disposition des autorités routières, les gros porteurs, qu’ils soient chargés de marchandises ou vides, doivent payer 1000FCFA au poste. » « Mais nous payons aujourd’hui 3000FCFA quand le véhicule est vide et nous payons 5000FCFA quand le véhicule est chargé de marchandises. Les agents routiers (motorisé de la gendarmerie) aussi nous prennent des sommes indûment sans fondements valables, sous prétexte d’infractions inventées», a-t- il dénoncé.
Adama Sangaré fréquente cette route pour se rendre à Dakar. Ce jeune routier travaille pour la société Dally Auto spécialisée dans le transport des véhicules importés. « De Kolokani à Sueguela, c’est la souffrance totale. En saison hivernale, c’est pire. De jour comme de nuit, les gros porteurs et leurs contenus sont renversés facilement causant d’énormes pertes financières. Nous sommes mal traités comme des étrangers par les agents policiers et gendarmes. Nos véhicules sont immatriculés au Mali. Même avec toutes les pièces au complet, on n’échappe pas aux tracasseries des agents routiers. Les postes de sécurité et de contrôle sont devenues des caisses noires pour les agents », a-t-il dénoncé.
A l’intérieur du véhicule, qu’il soit particulier ou de transport, l’usager ressent directement l’état de détérioration du goudron qui s’est transformé en nid d’oiseaux. « Cet état de fait favorise les pannes mécaniques, la réduction de la durée de vie du véhicule et d’autres situations déplorables », s’indigne Djanguiné Coulibaly. Ce chauffeur de véhicule personnel pense que les autorités n’accordent pas l’intérêt qu’il faut à cette route nationale.
En plus des gros porteurs, plus d’une dizaine de compagnies de transports circulent sur cette voie. L’on peut citer entre autres Diarra Transport, Rimbo, Air Niono, Tilemsi, Benso. Aux dires de Barakou Baby, chauffeur à la compagnie SONEF, le port de Dakar est le plus utilisé par le Mali. « Malgré l’importance de cette route pour l’économie nationale, la route Bamako-Kayes demeure impraticable. De nombreux chauffeurs ont perdu leur travail à cause de la situation que nous vivons », a-t il raconté.
Ces témoignages des chauffeurs qui circulent sur l’axe Bamako-Kayes devraient inciter davantage le département des Transports et des Infrastructures à accélérer les travaux de réhabilitation pour le confort des usagers et des transporteurs.
Sidiki Adama Dembélé, de retour de Yélimané