samedi 21 février 2026
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Licenciements à l’Institut d’Économie Rurale (IER) : Des irrégularités dénoncées par les licenciés

Par Le Républicain 140 vues
Licenciements à l’Institut d’Économie Rurale (IER) : Des irrégularités dénoncées par les licenciés

L’Institut d’Économie Rurale (IER) de Sotuba est secoué par une vague de licenciements qui suscite des remous au sein du personnel. Des dizaines d’agents administratifs, financiers, ainsi que des ouvriers sous contrat à durée indéterminée, ont été remerciés dans des conditions qui laissent planer des doutes sur la légalité des démarches entreprises.

Un conflit salarial à l’origine des tensions

Tout commence en août 2023, lorsque des ouvriers de l’Institut, ne percevant plus leurs salaires depuis deux mois, décident de saisir la Direction Régionale du Travail pour revendiquer leurs droits. L’inspecteur du travail en charge du dossier, M. Diakité, après avoir entendu les représentants des deux parties, exige de la Direction du CRRA (Centre Régional de Recherche Agronomique) de Sotuba le paiement immédiat des arriérés de salaires. Cependant, en dépit de cette injonction, la Direction reste sourde à cette demande. Face à ce mutisme, les ouvriers se retrouvent à nouveau devant une situation critique. « Nous n’avions pas d’autre choix que de saisir l’inspecteur du travail pour obtenir ce qui nous est dû », explique un licencié.

Représailles et collusion

Au lieu de répondre à l’appel de la justice sociale, la Direction du CRRA de Sotuba semble avoir opté pour la répression. Une réunion, organisée par la Direction régionale du travail en août 2023, est perçue par certains comme une tentative de légitimer les licenciements. Lors de cette rencontre, le Directeur régional du travail a proposé aux ouvriers deux options : une réduction salariale ou le licenciement pour ceux qui refuseraient cette diminution. « Leur argumentation selon laquelle nos salaires seraient supérieurs à ceux fixés par la Convention Fédérale du Commerce est tout simplement une tentative de manipulation », témoigne un ancien employé.

Des documents présentés à l’inspection du travail, notamment des procès-verbaux de conciliation et des accords d’établissement, démontrent que les ouvriers de l’IER étaient bel et bien payés conformément à une grille salariale propre à l’Institut.

Une décision jugée illégale

Plusieurs irrégularités entourent les licenciements. Parmi elles, le cas de Mohamed N’fa Diamoutène, ancien Chef de Service Approvisionnement des laboratoires centraux du CRRA de Sotuba, se démarque. Notifié de son licenciement en janvier 2024, M. Diamoutène se retrouve remplacé par un fonctionnaire non détaché, en violation des textes régissant l’IER. « Il est inadmissible que mon remplacement soit effectué dans de telles conditions alors que sept mois de salaires sont encore impayés », s’indigne-t-il.

Le Syndicat National de la Production de l’IER (SYNAPRO) dénonce ces agissements. « Ces licenciements sont illégaux et constituent une violation flagrante du pacte social signé entre le gouvernement et les syndicats en 2023 », selon le syndicat.

Un prétexte économique contesté

Les justifications avancées par la Direction, notamment la rareté des financements des projets de recherche et l’arrêt du projet AgrEco, sont vivement critiquées. En effet, selon les rapports financiers de l’IER, l’institut a enregistré une augmentation substantielle de ses recettes propres en 2022 et 2023. « Nous avons atteint des niveaux de recettes jamais vus depuis une décennie. Rien ne justifie ces licenciements sous prétexte d’une crise financière », affirme un membre du personnel administratif.

Les travailleurs licenciés, toujours en attente de plusieurs mois d’arriérés de salaires, espèrent que les autorités compétentes prendront des mesures pour rectifier la situation.

Des violations du code du travail

De surcroît, les procédures de licenciement semblent avoir violé plusieurs articles du code du Travail. En effet, des syndicalistes, protégés par la loi, ont été licenciés sans l’autorisation préalable de la direction régionale du travail. « Ces agissements montrent un mépris total des textes en vigueur », s’insurge un représentant syndical.

Le SYNAPRO et d’autres organisations syndicales se mobilisent pour obtenir justice et rétablir les droits des travailleurs de l’IER. Le Bureau National du SYNAPRO a d’ailleurs adressé une lettre de protestation en juillet 2024, dénonçant ces pratiques « abusives » et réclamant le réexamen des décisions prises. En dépit des tentatives de certains dirigeants pour étouffer l’affaire, les travailleurs licenciés continuent leur combat, espérant obtenir réparation et retrouver leur dignité.

Hadama B. Fofana

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