dimanche 22 février 2026
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HOMMAGE DU PARENA AU PROFFESSEUR DRISSA DIAKITE

Par Lerepublicainmali 1,236 vues

Éloge funèbre du Professeur Drissa Diakité

Par Maître Amidou Diabaté

Drissa,

C’est donc en ce jour de vendredi 1er juillet 2022 qu’Allah le Tout-Puissant a décidé de te rappeler à lui, mettant ainsi fin à notre compagnonnage d’un demi-siècle au seul service du Mali.

 Après l’école fondamentale et le lycée de Badalabougou,  tu bénéficias d’une bourse d’études qui devait te conduire en France, précisément à Caen ( Normandie) et à Paris où tu vas entamer des études d’histoire pour ensuite terminer par des études de la langue Bamanan  à l’INALCO ( Institut national des langues et civilisation orientales).

 À plus d’un étudiant malien tu as su ouvrir les portes de cet Institut où, en tant qu’enseignant chercheur, tu as su éveiller leur curiosité à la découverte de leurs langues maternelles. 

 Dès les premières années d’université, Drissa fit irruption dans l’activité militante estudiantine en adhérant à l’AESMF (Association des étudiants maliens en France) ensuite au CDLDM (Comité de défense des libertés démocratiques au Mali).

 Outre la défense des intérêts des étudiants, Drissa s’engagea dans la formation des travailleurs migrants, ce qui l’amenait tous les soirs dans un foyer d’ immigrés pour donner des cours d’alphabétisation en français à ses frères maliens. 

L’étudiant devait parfaire sa propre formation à travers cette alphabétisation au sens où Paulo FREIRE l’entendait, c’est-à-dire l’alphabétisation en tant qu’acte de conscientisation politique.

 Ce processus de formation à la fois culturelle et politique se faisait dans le cadre du CLET (Comité de liaison Étudiants-Travailleurs). Les étudiants maliens apprendront à s’investir dans les luttes syndicales ouvrières organisées par les immigrés dans les foyers et entreprises. 

 Pendant cette période, Drissa joua un grand rôle dans la promotion de l’activité culturelle et artistique en tant que facteur de mobilisation de nos compatriotes dans la lutte démocratique.

C’est au cours de cette période que l’activité politique se développa dans l’immigration, en particulier pour la défense des prisonniers politiques, notamment ceux de l’USRDA ainsi que les étudiants et syndicalistes qui étaient régulièrement victimes de la répression.

 Drissa fut élu secrétaire de l’AESMF ( Association des étudiants maliens en France) dans les années 1980. Il donna une impulsion nouvelle aux activités du syndicat étudiant. C’est précisément à partir de cette époque que l’activité politique clandestine connut un nouvel essor au Mali et dans l’immigration. En effet, outre « le Bulletin du peuple » proche  du PMT ( Parti malien du travail) à partir de Dakar, plusieurs organes de presse politique nacquirent au nom des groupes politiques et dont ils étaient les représentants. Parmi ces organes, on peut citer le « FASO » pour le PMRD ( Parti malien pour la révolution et la démocratie) et « sur la Voie du Bolchevisme » (SVB) qui deviendra plus tard « Sanfin » la nuée sous la direction de feu Mohamed Tabouré.

 Drissa militait avec ses camarades dans la mouvance de « SVB » - « Sanfin ». Pour le groupe politique auquel appartenait Drissa, cette période fut débordante d’activités aussi bien sur le plan idéologique et politique que sur le plan organisationnel. Le groupe SVB- Sanfin participa activement à la préparation théorique, avec d’autres organisations politiques, de la révolution démocratique de Mars 1991. 

 Plusieurs camarades appartenant à cette mouvance regagnèrent le Mali et renforcèrent l’organisation à l’intérieur du pays. Parmi eux:  le professeur Drissa DIAKITE qui avait fini ses études d’histoire et avait brillamment soutenu sa thèse de doctorat à l’Université de Paris1.

D’ autres camarades l’avaient précédé notamment  le professeur Yoro Diakité, l’éminent cinéaste Cheick Oumar Sissoko ou le professeur Many Camara qui ont joué un rôle de premier plan dans la l’action clandestine. D’autres

l’ ont suivi comme feu

Docteur Moussa Sow, l’économiste Konimba Sidibé, le Docteur Bréhima Béridogo.  A ces brillants intellectuels engagés dont la présence va « booster » la lutte politique et démocratique à l’intérieur, il faut ajouter un étudiant en médecine Oumar Mariko et un magistrat en la personne de votre serviteur, Maître Amidou Diabaté. 

 L’action de ces intellectuels et intrépides combattants va donner un nouvel élan à la lutte démocratique et de nouvelles perspectives à la lutte politique. 

 Drissa DIAKITE et ses camarades qui constituaient l’aile intérieure du mouvement vont porter sur les fonts baptismaux un nouveau groupe politique clandestin : « L’Union de lutte Tiémoko Garan Kuyaté » ( ULTGK) dont l’organe de presse était « Gunkafalen », la Renaissance.

 C’est le lieu de dire  qu’une partie des camarades de l’aile extérieure de Sanfin dirigée par Tiebilé Dramé avaient joué un rôle précurseur dans la constitution de l’ULTGK.

 Avec une  conception rénovée de la révolution démocratique et populaire basée sur une stratégie et une tactique unitaires de toutes les forces de progrès, Drissa Diakité et ses camarades ont joué un rôle important dans la préparation de la révolution du 26 Mars 1991. Exemple de son esprit unitaire, Drissa a été signataire  de lettre ouverte initiée par les camarades qui vont plus tard créer l’Adema Association, il s’apprêtait à s’investir dans un comité de soutien à la lettre ouverte. Il prit part à toutes les luttes syndicales des enseignants. 

 C’est dans ce contexte que lui-même et ses camarades, en alliance avec d’autres militants non affiliés, dont Maître Tall et Maître Demba Diallo, et Issiaka TRAORE de l’UNTM ont décidé de créer le CNID dont le nom et l’hymne sont le fruit de son génie. A l’assemblée constitutive du CNID, Drissa fut élu non pas au Comité Directeur, mais pour diriger le bureau de relève clandestine au cas où le Comité Directeur tomberait sous le coup de la répression. Il était membre de toutes les structures d’organisation du CNID pour les meetings et les marches. Il était un des principaux organisateurs de la gigantesque marche du 30 décembre 1990 « Demokarasi, i sanbè-sanbè » dont il a été porte-parole avec Kadiatou Sow Salama. En janvier 1991, Drissa figurait parmi les concepteurs de la marche de fraternisation avec l’armée pour  bien montrer que la lutte des démocrates n’était pas dirigée contre nos frères en uniforme.

 Après la chute de la dictature et la victoire de la Révolution, Drissa accepte d’être nommé successivement aux cabinets des ministres Issa N’diaye et Charles Danioko à l’ Éducation et à la Culture. Il a par la suite conseillé plusieurs ministres de l’Enseignement supérieur dont Moustapha Dicko qui lui a rendu un vibrant hommage dès l’annonce de son décès.

 À l’heure de la construction du nouvel Etat, il devait apporter sa pierre. C’est ainsi qu’il revendique toute la production intellectuelle sous ces deux ministères pour la nouvelle construction éducative et culturelle. Le projet de la cité universitaire de Kabala qu’il a porté, participe de cette ambition de l’homme. 

 Sur le plan pratique, en faisant le tour de son cercle Kita et de son Birgo natal en  particulier, grâce à lui plusieurs écoles (1er et second cycles) ont ouvert leurs portes. Plusieurs classes furent construites. N’est-ce pas cela le prototype de l’homme politique nouveau, à la fois concepteur et bâtisseur ? N’est-ce pas là le sens de ces propos dans l’hymne du Parena qui est aussi son œuvre :

 « Wele sera anw ma

Faso Maliba’ in ka wele ser’anw ma

Unhun, o ser’anw ma

Wele ser’anw ma

Cikejamakulu ka wele ser’anw ma

Unhun o sera anw ma

Wele sera anwma

Faso musokulu ka wele ser’anw ma

Unhn o sera anw ma

Wele ser’ anw ma

Faso den misenkulu ka wele ser’ anw ma

Unhun o ser’anw ma

..........................................................................

Wele in ko di sa?

Jigiyaw warola

Wele in ko di sa?

Tinyesira ma bange

Wele in ko di sa?

Jamakulu hamina

Wele in ko di sa?

Sorosiraw tinyena

..........................................................................

Wele in jabira

Fasoden nyumanw fe

Wele in koson sa

Parena bangera

Parena bangera! (musow)

Parena bangera! (cew)

Parena bangera! (musow)

Parena bangera! (cew)

..........................................................................

Yelema donkan de ye Parena

Nyetaa senkan de ye Parena

Nyogondeme togo de ye Parena

..........................................................................

Dosu be ton min na

Fasojodusu be ton min na

Kanu be ton min na

Fasojokanu be ton min na

Hine be ton min na

Yatimew hine be ton min na

O togo de ye Parena

PARENA! PARENA! PARENA! PARENA!!!!!!!!! »

 Puissent les Drissa fleurir abondamment pour le bonheur de notre peuple ! 

 Je terminerai ce propos par quelques témoignages d’autres militants du PARENA et d’autres partis pour montrer la dimension d’ouverture de l’homme. Drissa rime avec honnêteté, droiture, transparence, sens de l’honneur et de la dignité. Ses enfants peuvent être fiers de lui.

 Drissa,

mon camarade,

mon ami,

mon frère,

Tu as pleinement rempli ta part de devoir vis-à- vis du Mali.

Toi qui disais à tes enfants que tu dois tout au Mali en leur conseillant  de ne jamais l’oublier et ne jamais mépriser le peuple de ce pays.

Nous qui avons cheminé avec toi, nous témoignons de ton ardent patriotisme, de ton attachement viscéral au Mali auquel tu es resté reconnaissant toute ta vie.

Diakitela peut être fier de toi.

 Puisse Allah le Tout-Puissant t’accueillir dans son jardin éternel et guider tes enfants sur le chemin que tu as tracé. 

Je vous remercie.

_________

*Kali Diakité, au nom des enfants*

Discours pour mon père

Avant de commencer, je rends grâce à Allah SWT et prie sur son prophète (PSL)

A notre père bien aimé, BABA. 

Tu as été, tu es et tu resteras le meilleur des pères.

On ne choisit pas ses parents mais nous avons été, nous sommes et nous serons éternellement reconnaissant envers le ciel (Dieu) d’avoir fait de nous tes enfants, vos enfants avec notre mère Diénebou (Babou)

BABA, tu as été, tu es et tu resteras notre modèle, notre inspiration, notre boussole. 

Celui qui a peur de la mort a également peur de la vie.

Que ton âme repose en paix BABA. 

Tu as été, tu es et tu resteras notre héros.

Qu’Allah t’accueille dans son paradis. 

La vie est ainsi faite. 

BABA, ton héritage perdurera des décennies voire des siècles Inch’Allah car tu as beaucoup fait non seulement pour ta famille, tes proches mais aussi pour ton pays le Mali. 

BABA, tes écrits vont rester : Kuyaté, la force du serment; Le Mansaya et bientôt à titre posthume Repères pour le Mali.

Oui, DRISSA même après sa disparition se soucie du Mali. 

Un pays riche est celui qui a du Capital Intellectuel. Tout le reste en secondaire.

Nous sommes fiers de pouvoir affirmer sans trembler que notre père a grandement contribué à l’accroissement du Capital Intellectuel au Mali.

Le meilleur des pères « Drissa » s’en est allé rejoindre la meilleure des mères « Diénebou ». 

Que vos 2 âmes inséparables reposent en paix. 

Que le paradis soit votre demeure. 

Le vide que vous avez laissé ne pourra jamais être comblé mais nous nous devons de nous relever et de continuer à vous faire honneur. 

A BABA et BABOU, vos enfants qui vous aime, nous vous disons 1000 merci. Continuer à veiller sur nous. 

Amour Éternel 

MERCI

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*HOMMAGE À LA MÉMOIRE DU PROFESSEUR DRISSA DIAKITÉ (Youssouf Maïga, commission interministérielle…)*

 Gloire à Allah, le Tout Puissant, le Miséricordieux

Mesdames, Messieurs,

En me confiant le redoutable honneur de prendre la parole en ce lieu chargé d’émotions, je voudrais m’acquitter d’un devoir de témoignage et d’hommage à un homme exceptionnel et exemplaire que fût le Professeur Drissa DIAKITE.

Je n’ai point la prétention de faire une oraison funèbre, car ne connaissant qu’un pan de la vie de ce grand homme qui a été pendant plus d’une décennie un collaborateur, un guide, un conseiller et une référence au sein de la Commission interministérielle de travail et de suivi des travaux de construction de la cité universitaire de Kabala dont il fût le Président.

Permettez-moi d’évoquer un tout petit peu, un passage de la vie professionnelle de l’homme à la dimension multidisciplinaire : patriote engagé et sincère, enseignant émérite, écrivain, homme de culture et de savoirs, administrateur chevronné et rigoureux dans le travail, le Professeur Drissa DIAKITE, « Président », comme nous l’appelions affectueusement, était pour tout dire un homme de bien et de devoir, une personne vertueuse qui aimait le travail bien fait, sans attendre quelque chose en retour.

C’est peut-être pour cela qu’il aimait bien rappeler ce passage de William Shakespeare qui disait, je cite « Je me sens toujours heureux, savez-vous pourquoi ? Parce que je n’attends rien de personne ; attendre fait toujours mal » fin de citation.

 En 2016, à la fin des travaux de construction de la 1ère phase de l’université de Kabala, entièrement financés sur les ressources nationales, il déclina énergétiquement la proposition d’un membre de la Commission qui voulait que soit érigée une stèle portant les noms des membres de la Commission pour que les générations présentes et futures sachent que c’est grâce à ces femmes et à ces hommes que l’université de Kabala a vu le jour. Puis, avec un sourire, dont lui seul avait le secret, il précisa, je cite : « si nous faisons cette stèle, les gens vont penser que nous avons fait ce travail pour le nom, pour nous faire voir ».

Pendant nos longues années de collaboration, il ne ménageait ni son temps, ni son énergie pour être toujours sur le chantier du complexe universitaire de Kabala, malgré le poids de l’âge et une santé fragile. Il veillait personnellement sur l’avancement des travaux et donnait les directives nécessaires lorsqu’il constatait des manquements.

Pour le Président Drissa DIAKITE, le complexe universitaire de Kabala était un projet futuriste dont il tenait à la réalisation de toutes les composantes. Ainsi, aux funérailles de notre regretté Ismaël DIALLO, Directeur du Cabinet CADAU, maître d’œuvre de Kabala, le 25 novembre 2018, il interpella les autorités sur l’urgence de réaliser, dans les meilleurs délais, la « route du savoir » devant relier la route de l’aéroport à l’université de Kabala, afin d’abréger les souffrances des étudiants et des populations sur l’axe Kalaban Coro- Kabala.

Même après avoir fait valoir ses droits à la retraite, il continuait à servir son pays. Sa conscience professionnelle, son honnêteté, sa rigueur et sa connaissance des dossiers ont conduit les responsables du département chargé de l’enseignement supérieur, à solliciter ses services, après son départ à la retraite, pour appuyer, en tant que personne ressource, la nouvelle Commission chargée du suivi des travaux de la phase II des infrastructures à Kabala, don de la République Populaire de Chine.    

 Tel fût cet homme à la plume féconde, qui était un fervent adepte des belles lettres, qui maniait si admirablement la langue de Molière et qui nous a quittés pour toujours le vendredi dernier, premier jour du mois de juillet de l’an 2022.

Pour honorer sa mémoire, il nous semble important de réaliser la route du savoir et aussi de baptiser le complexe universitaire de Kabala au nom du Pr. Drissa DIAKITE, pour que les générations présentes et futures sachent que ce fût l’œuvre de ce grand patriote, ce visionnaire qui était en avance sur son temps.

A sa famille, à ses collègues, à l’ensemble de la communauté universitaire, à la Mission chinoise au Mali, je présente au nom de la Commission interministérielle de suivi des travaux de construction de la cité universitaire de Kabala et en mon nom propre, nos condoléances les plus émues.

Adieu Président, dors en paix dans le Paradis éternel.

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