samedi 21 février 2026
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Propagation du VIH-SIDA: Quand la gent féminine devient la cible vulnérable

Par Le Sursaut 1,175 vues
Propagation du VIH-SIDA:  Quand la gent féminine devient la cible vulnérable

Le Virus immunodéficience humaine (VIH) reste une réalité préoccupante dans le monde en général et l’Afrique en particulier, où les femmes continuent de payer le prix fort. Entre violences sexuelles, pratiques traditionnelles à risque, dépendance économique, manque d’information et de stigmatisation, l’on ne sait plus, laquelle expose davantage la gent féminine au risque d’infection. Face à cette situation, nous avons recueilli des témoignages au Mali, au Nigeria et en Guinée. Des récits qui témoignent différents parcours de braves femmes, mais marqués par une même réalité qui est l’infection au VIH et le silence qui l’entoure.

 C’est regrettable, mais c’est la triste réalité. Depuis l’apparition du VIH au début des années 1980, les femmes et les filles figurent parmi les personnes les plus touchées. Si le virus concerne toute la population, les femmes restent les plus exposées, non seulement pour des raisons biologiques, mais surtout à cause des inégalités de genre.    

L’histoire de Aminata, une séropositive qui a contracté le VIH-SIDA, sans jamais connaître l’origine

Aminata Emmanuelest une femme séropositive qu’on a rencontrée lors d’un voyage. Quand on la voit, rien ne laisse croire qu’elle est atteinte par cette maladie. Elle sourit, parle avec assurance et dégage une aura incroyable. Mère de quatre enfants, tous séronégatifs, elle vit aujourd’hui avec son mari et suit correctement son traitement.

Pourtant, elle dit de ne toujours pas savoir comment elle a contracté le VIH-SIDA. Dans sa famille, personne n’est séropositive. Elle n’a pas été excisée, pas de tatouage traditionnel, seulement les oreilles percées. Elle n’a connu qu’un seul homme, son mari, qui n’est pas porteur du virus. Lorsqu’elle apprend sa séropositivité, tout s’effondre autour d’elle. « Au début, les gens ont paniqué. Certaines m’évitaient comme une peste, les gens faisaient semblant de ne pas me voir, je ne pouvais pas partir au marché. D’autres disaient même que j’allais mourir » raconte-t-elle.

De ses dires, sa famille évoque d’abord la sorcellerie. Les soins médicaux sont négligés. Aminata refuse même le traitement pendant un moment. « Pour moi, le SIDA venait seulement des rapports sexuels non protégés. Je ne comprenais pas, vu que je n’avais pas connu d’homme, je ne suis pas mutilée ou encore tâtouillée » a-t-elle expliqué. Ce faisant, elle n’avait qu’un seul choix : accepter et prendre son mal en patience, plutôt dans l’indifférence des autres. Ce, tout en continuant à suivre son traitement. C’est donc, lorsqu’elle a mis au monde ses enfants en bonne santé, elle a décidé de parler enfin.

« Aujourd’hui, mon combat, c’est la sensibilisation sur la maladie et les méthodes de protection, tout en mettant un accent particulier sur le dépistage précoce. Le VIH n’est pas une fin en soi» a-t-elle fait passer comme message.

Par ailleurs, l’histoire d’Aminata montre que cette maladie peut toucher des femmes sans que celles-ci ne comprennent comment ni pourquoi.

Il faudrait reconnaitre que Aminata n’est pas la seule. Également, au cours de ce reportage, d’autres femmes ont accepté de raconter leur histoire. Des parcours différents, mais souvent marqués par le même silence et les mêmes préjugés et mystères autour de la maladie.

Au Mali, nous avons rencontré une ancienne travailleuse du sexe qui nous raconte son parcours sous anonymat. A l’en croire, pendant des années, elle était bien portante et faisait son activité sans aucune complication ou difficulté. Elle travaille normalement, sans se douter de rien mais en un moment, son corps a commencé à changer et à dépérir. Elle était frappée par une sensation d’épuisement tout le temps.

« Les gens disaient que c’était à cause des produits éclaircissants que j’utilise. D’autres parlaient de mauvais sort jeté sur moi, de fatigue et personne ne parlait du VIH, surtout que cette épidémie n’était pas aussi répandue à l’époque et on préférait ne même pas y penser », confie-t-elle. Elle découvrira sa séropositivité très tard, après plusieurs années, lors d’une consultation, à la suite d’un dépistage. « Si j’avais fait le test plus tôt, j’aurais évité beaucoup de souffrance. J’ai découvert la maladie 5 ans après, et Dieu seul sait le nombre de personnes que j’ai contaminées, parce que je n’avais pas moins de 6 clients par soir en raison de 45 minutes à 1 heure, sans exigence de protection pendant l’acte » dit-elle.

Son histoire met en lumière le manque d’information et la stigmatisation qui retardent encore le dépistage chez de nombreuses femmes.

Pour certaines, tout peut commencer durant l’enfance. C’est le cas pour Fanta Sidibé, une étudiante de 21 ans, qui n’a jamais eu de relation sexuelle, aucun piercing, aucun tatouage. Quand elle apprend qu’elle est séropositive, sa famille a été choquée. D’où le commencement de tous ses problèmes. « Mon père m’a mise à la porte. Il disait que cette maladie vient seulement du sexe, que je déshonore toute la famille. Puis, que je suis une fille sans aucune éducation qui traine avec les garçons » raconte-t-elle en larme. Or, il ressort que Fanta a été excisée dans son enfance, avec des instruments traditionnels. Pour elle, c’est la seule explication possible. Dans sa famille, personne d’autre n’est infectée. Ce n’est qu’après plusieurs années que ses parents acceptent d’aller se faire dépister. Tous sont négatifs au VIH. Aujourd’hui encore, Fanta vit avec ce rejet de la société et cette volonté de pouvoir se relever d’un tort dont elle n’est pas responsable.

Violences sexuelles et désespoir, le champ de bataille idéale pour le développement du VIH

En Guinée Conakry, une autre femme témoigne avec beaucoup d’émotion. Elle a été contaminée à la suite de violences sexuelles commises par un membre proche de sa famille. Lorsque les premiers symptômes apparaissent, sa famille a lié cela à la sorcellerie avant de l’amener au village pour des rituels « On m’a lavé avec des médicaments, versée des canaris d’eau sur le corps, on m’a donné des talismans et gris-gris…. On disait que c’était un mauvais sort. Personne ne parlait du viol ou d’aller à l’hôpital » dit-elle en larmes. Submergée par la colère et la douleur, elle avoue avoir voulu se venger. Mais après avoir compris qu’aucune vengeance ne peut lui arracher le virus de son sang, elle s’est resignée devant son sort. Aujourd’hui, stabilisée et sous traitement, mariée et mère d’enfants séronégatifs, elle mesure le chemin parcouru.

Face à ces histoires, les professionnels de santé rappellent que les femmes restent particulièrement exposées au VIH-SIDA, mais que c’est une maladie qui n’épargne personne, donc chacun doit se protéger.

Pour leDr Mohamed Dembélé, médecin généraliste, le VIH-SIDA se transmet par les rapports sexuels non protégés, le sang contaminé et de la mère à l’enfant. En plus des objets tranchants non désinfectés. Il insiste sur les facteurs de vulnérabilité des femmes. « Les violences sexuelles, l’incapacité à négocier le préservatif, l’excision, les tatouages traditionnels, le partage d’objets tranchants, exposent davantage les femmes » explique-t-il.

Selon lui, le dépistage précoce et le suivi médical permettent de vivre longtemps avec le VIH et d’éviter de nouvelles contaminations.

Pour Nady Doumdanem, une activiste tchadienne, la prévention doit devenir une priorité. « Aujourd’hui, il n’y a plus d’excuse. Si quelqu’un refuse de se protéger, il faut refuser tout contact sexuel avec lui. Ce n’est pas négociable. La santé est la plus importante pour un humain » affirme-t-elle. Elle appelle aussi à la vigilance face aux pratiques esthétiques et aux salons de beauté. Tatouage de la bouche, rasage avec des lames partagées, maquillage avec des outils non désinfectés, tout ça peut être dangereux, alerte-t-elle.

À travers ces témoignages venus de divers horizons, une seule réalité s’impose, le VIH-SIDA n’est pas seulement une question médicale. C’est aussi une question sociale, culturelle et de genre, tant que les femmes continueront à subir sans pouvoir se protéger, ni parler à des interlocuteurs crédibles, elles resteront les plus vulnérables face à la maladie. Briser le silence reste aujourd’hui l’un des combats qui urgent.

Aïssata Tindé, Stagiaire

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