jeudi 23 avril 2026
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CRISE SANITAIRE ET SECURITAIRE AU CENTRE DU MALI : Les enfants dans les mâchoires de la mendicité et autres pires formes de travail

Par Lerepublicainmali 300 vues

La fermeture de milliers d’écoles, combinée aux contraintes de la Covid-19 et de la crise sécuritaire, a contraint plusieurs milliers d’enfants à quitter le système scolaire pour atterrir dans l’impitoyable sphère du travail. Parfois au profit des écoles coraniques, parfois en direction de la rue. Une situation, qui va à contre-courant de toutes les conventions des droits des enfants ratifiées par le Mali et qui met à nu la fragilité d’un système éducatif en difficulté pour s’adapter à des contraintes nouvelles.

Oumou Diallo, 13 ans. Elève en 6è année fondamentale, Oumou se rêvait infirmière pour le bonheur de sa pauvre mère. La Covid-19 et l’insécurité dans son Farako natale vont décider autrement. Elle devra quitter l’école « pour se chercher ». Comme Oumou, ils sont des milliers d’enfants au centre du Mali affectés par la pandémie et/ou l’insécurité endémique. Des milliers d’écoles ont fermé, des milliers de familles ont dû quitter leur terroir.

A Ségou, la crise sécuritaire et la Covid-19 ont semé l’hécatombe dans le système éducatif classique. Mariama Konaté, 13 ans, élève au Centre d’animation pédagogique (CAP), en a été témoin avant d’en être une des victimes.

 

« J’ai trop souffert avec cette histoire de la Covid-19. Ma maman n’a pas été à l’école et on n’a pas de télé chez nous. Chaque jour, je devais lui expliquer que je dois suivre les cours à la télé pendant les mois que nous avons passés à la maison au début de la pandémie. Mais elle me demandait d’aller au marché acheter les condiments, de l’aider à faire le ménage. Le fait de me voir à la maison signifiait à ses yeux que je n’avais rien à faire. Finalement à la reprise, le même scénario a continué. Aujourd’hui, c’est moi-même qui suis découragée de cette situation car on a dû déménager lorsque nos écoles ont été fermées. »

Les enfants, des bras utiles pour leurs familles

Le double impact sécuritaire et sanitaire a causé la fermeture des écoles de l’enseignement classique. Des enseignants en ont été chassés tandis que des élèves ont été redirigés vers les écoles coraniques. Les classes ainsi réquisitionnées ont servi à regrouper des élèves pour apprentissage de l’arabe. Au final, un nombre important d’enfants ont fini dans les rues de Ségou au moment où d’autres étaient contraints de travailler pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Pourtant, les deux conventions fondamentales n0 138 et n0 182 de l’OIT l’organisation international du travail relatives au travail des enfants stipulent que tous les pays membres de l'OIT ont l'obligation de respecter, promouvoir et réaliser l'abolition du travail des enfants, même s'ils n'ont pas ratifié les conventions en question.

L’Organisation Internationale du Travail (OIT) définit le travail infantile comme « un travail qui est mentalement, physiquement ou moralement dangereux et nuisible aux enfants ; et/ou interfère avec leur scolarité en les privant de l’opportunité d’aller à l’école ; les obligeant à quitter l’école prématurément ou exigeant d’eux de tenter de combiner la fréquentation scolaire avec un travail excessivement lourd et long » (OIT s.o.).
Malgré les textes ou traités, le travail des enfants continue d’exister et prend un format ou une dimension plus grande. Ceci parce que le travail des enfants est une question extrêmement compliquée surtout au Mali dans sa situation actuelle.

Dans un passage du même document de l’OIT, les enfants de 12 à 17 ans ne doivent pas travailler plus de 6 heures par jour. Ce qui n’est pas le cas de ces jeunes comme Mariama Konaté, originaire de Farako, beaucoup d’autres enfants ont vécu cette malheureuse expérience. De même que, sur un autre niveau, Doumbia Brehima, conseiller d’orientation du CAP de Farako, logé dans un bureau dans l’enceinte de l’académie de Ségou depuis quelques temps.

 

« Dans la commune de Farako, il existait 102 écoles avant les fermetures. Aujourd’hui, ce sont uniquement les 28 écoles coraniques qui continuent de dispenser les cours. Toutes les 74 écoles classiques sont fermées depuis le 13 décembre 2019 », affirme notre interlocuteur.

L’administration scolaire de Farako chiffre à 10 000 le nombre d’enfants ainsi privés de cours. A la date du 4 mai 2022, 3 000 enfants ont été recensés et transférés dans d’autres écoles. Le reste est introuvable.

Pendant que d’autres s’attachent à régulariser la situation des enfants, certains parents tentent de tirer profit de cette situation en faisant travailler leurs enfants.

« J’ai dû contraindre mes deux derniers enfants à abandonner l’école faute de moyens. Les activités sont en arrêt depuis 2019. Je n’ai pas d’autre choix que de leur demander aux enfants de me soutenir ces temps-ci. On arrive à peine à trouver de quoi se mettre sous la dent. Ma fille, je l’ai envoyée à Bamako pour travailler comme aide-ménagère. Le petit, lui sert comme manœuvre sur des chantiers », confie Moussa Kanè, les larmes aux yeux.

Pour ce vieux cultivateur, les enfants doivent se rendre utiles pour la famille.

Système scolaire déstabilisé

En touchant le Mali à partir du 18 mars 2020, le coronavirus a déstabilisé tous les secteurs d’activité. Mais c’est le système éducatif qui semble en avoir le plus souffert avec la fermeture des portes dès l’apparition du premier cas de la maladie. Aujourd’hui encore, l’école se conjugue avec la Covid-19.

Cette cohabitation a consisté en la mise en place, par le ministère de l’Education, de nouvelles méthodes d’apprentissage des cours préparés et présentés à la radio, à la télé ou sur des plateformes numériques comme Zoom. Certes, ces innovations sont destinées à contourner l’impact de la crise sanitaire. Mais en même temps, elles en excluent les enfants de familles démunies, laissant aussi en rade les élèves moyens qui trainaient déjà des difficultés d’assimilation.

Si les cours ont repris quelques mois plus tard, ce fut avec de nouvelles règles dites sanitaires : port du masque obligatoire, lavage de mains avec du gel hydro-alcoolique ou du savon, distanciation physique… A l’époque, le gouvernement avait procédé à des distributions massives de masques et de kits de lavage de mains dans les écoles et dans de nombreuses structures publiques.

Des modules ont été conçus pour sensibiliser les enfants sur les ravages d’un nouveau virus à travers le monde entier. Et donc de les appeler à observer des comportements nouveaux qu’ils devaient intégrer et pratiquer pour se protéger et protéger les autres.

A cette situation déjà compliquée, est venue se greffer une crise sécuritaire de plus en plus incontrôlable à cause de la multiplication des attaques à Ségou et alentours. Cette insécurité a eu comme conséquence la fermeture de 74 écoles à Farako, situé à 20 kilomètres de la ville de Ségou, juste derrière le fleuve.

Lacunes et dysfonctionnements

La pandémie à coronavirus a dévoilé toute la fragilité du système scolaire malien et son incapacité à la réactivité, encore moins à s’adapter.

 « On dispensait les cours par téléphone, radio ou télé pour éviter les regroupements. Il faut reconnaître que ces méthodes ne permettaient pas à tous les enfants d’apprendre. Car beaucoup ne sont pas à même de réunir les conditions pour ce faire. Donc, on ne peut pas vraiment dire que ces méthodes étaient adaptées car ce ne sont pas toutes les familles qui disposent de téléviseurs ou de téléphones chez elles », reconnaît Cheick Diarra, directeur adjoint du Centre d’animation pédagogique de Ségou.

En plus de cette difficulté d’adaptation, l’école a dû affronter également ses propres dysfonctionnements à l’épreuve de la pandémie et des violences. Un phénomène qui donne des certitudes à Aïcha Cissé Coulibaly, enseignante à Ségou.

« Il est difficile, voire impossible de changer le système scolaire malien. Aucune chance que les autorités arrivent à l’adapter au contexte. Et la fermeture des écoles en période de Covid-19 a bouleversé les enfants vu le retard sur le calendrier scolaire », affirme-t-elle madame Coulibaly.

Mais pour le professeur d’université J.C.K. il ne faudrait pas aller vite en besogne.

« Je ne sais vraiment pas s'il faut changer de système scolaire car au Mali il y a en général une banalisation de la pandémie en plus de la situation sécuritaire. À l'intérieur du pays, les gens se comportent comme s’il ne s'était rien passé. Il ne faut pas multiplier des mesures qu'on ne peut pas appliquer ou faire appliquer. Le système n'est pas lié à la Covid-19, mais aux réalités de l'évolution du marché de l'emploi », soutient l’universitaire.

Toutefois, avance Assétou Founè Samaké, étudiante à l’université de Ségou, on ne peut laisser le système se perpétuer sans réagir.

« Il est nécessaire aujourd'hui de revoir ou de repenser le système scolaire parce que la saignée ne s'arrête pas. Il est impératif de mettre les enfants et adolescents à l'abri des soubresauts et des dysfonctionnements. Beaucoup d’entre eux ont abandonné l’école. Et ce qui est dommage et inquiétant, c’est que tous ces enfants travaillent ou s’occupent de sorte à amener quelque chose en famille. »

Les élèves, les grands perdants

Le drame de l’école va sans doute se poursuivre avec les impacts de la pandémie et des violences. Une perspective que redoute Cheick Diarra.

« La crise sécuritaire a fait beaucoup de déplacés. Les enfants de ces déplacés sont accompagnés par des ONG comme Educo, Terre des Hommes, ADRA…, qui souvent nous viennent avec la liste de ces enfants pour leur réinsertion. Nous n’avons pas de mécanisme en tant que tel pour les recenser. Il y’a toutes sortes de catégories parmi ces enfants. Certains ont l’âge d’aller à l’école mais ne le sont pas, d’autres sont inscrits mais ont abandonné les classes », se désole le directeur adjoint du Cap de Ségou.

Pour les élèves du Mali, une vie scolaire avec le couple infernal Covid-19-insécurité est loin d’être l’idéal pour performer dans les études.

En effet, selon Mme Koné, spécialiste des questions d’éducation, l’élève malien a suivi moins de 40% du quantum horaire auquel il devait bénéficier.

 « Les enfants étaient prédisposés à s’amuser à la maison. Mais si celle-ci se transforme en lieu d’apprentissage, il y a forcément problème. En plus, il faut reconnaître que les enfants utilisaient le téléphone pour jouer ou faire des photos et non comme support didactique. Les parents de leur côté, dès qu’ils voient les enfants à la maison, c’est pour leur trouver des courses à faire », explique Lamine Coulibaly, sociologue.

 « La fermeture des classes, c’était déjà une punition pour les enfants de devoir rester à la maison sans rien faire », ajoute-t-il. « Si les épidémies et pandémies précédentes ont occasionné des changements, la Covid-19 a eu des conséquences dramatiques sur l’éducation de façon générale. Ce qui se répercute considérablement sur les enfants qui produisaient déjà de très faibles résultats scolaires ».

Aminata Agaly Yattara

 

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K
Kassin il y a 3 ans

La ministre des mines veut noyer le poisson dans l’eau: piètre acrobatie à propos du lithium de Goulamina Le samedi 11 juin 2022, le ministre malien des mines et de l’énergie, M. Traoré Lamine Seydou, s’est fendu d’un tweet dans le quel il affirme que le Mali a fait un « bon deal » avec les australiens et chinois de Mali Lithium limited et Léo lithium qui exploiteront le lithium de Goulamina dans la région de bougouni https://mobile.twitter.com/TRAORE_Lamine_S/status/1535713511359356928 I. Le ministre brasse du vent sur le capital de la société minière Le ministre affirme que le Mali aura 20% du capital de la mine conformément au code minier du Mali de 2019, sans nous dire comment et quand le Mali aura ces 20% du capital car cela n’est actuellement visible ou lisible dans aucun document du projet d’exploitation du lithium de Goulamina. Non seulement il n’est écrit nulle part que le Mali aura 20% sauf dans le tweet du ministre et dans le code minier mais certainement pas dans les documents du projet actuellement disponibles au public. C’est au ministre des mines de nous dire quand et comment le Mali pourra avoir ces 20%. Concrètement il doit nous montrer: 1. les statuts signés de la société d’exploitation de la mine dans laquelle la république du mali a 20% des parts du capital de la société minière de Goulamina. 2. Le Kbis de la société minière de Goulamina qui indique clairement le montant du capital de la société minière de Goulamina, l’objet social ainsi que le siège social de cette société 3. Le numéro du registre du commerce qui montre clairement l’immatriculation de la société minière de Goulamina C’est avec les statuts signés de la société , le Kbis de la société et sa vraie immatriculation auprès du registre du commerce et des sociétés que l’existence de la société en tant que sujet de droit serait réelle et que ces vrais propriétaires seraient connus (associés ou actionnaires ça dépend de la forme juridique de la société et leurs parts dans le capital de la société). Le Mali aura 20% du capital si cela écrit dans le statut signés de la société ou que cela fait l’objet d’une transaction ultérieure entre associés après signature des statuts et même là, les statuts doivent être mis à jours pour faire apparaître nommément les noms les nouveaux associés ou actionnaires dans les statuts mis à jour. II. Le ministre veut noyer le poisson avec la Valeur Ajoutée (VA) de la société minière: Le ministre tweet que le Mali aura 60% de la valeur ajoutée de la société minière et que les investisseurs australiens et chinois auront 40% de cette VA et il qualifie cela de « bon deal ». La valeur ajoutée d’une société c’est la Production moins les consommations intermédiaires(matières premières et fournitures consommables). Dans le cas d’une mine c’est la production vendue (chiffre d’affaires) plus la production stockée et la production immobilisée (s’il y a en) auxquelles il faut retrancher les frais des matières et fournitures utilisées pour produire le minerais et le raffiner pour avoir le produits fini près à être vendu. La valeur ajoutée n’est pas seulement partagée entre l’état le les investisseurs comme veut le faire croire le ministre. Elle est partagée avec aussi : 1. les fournisseurs de la société pour tous les frais généraux (frais d’assurance, frais d’entretien, frais de publicité, frais de déplacement, frais de communication, frais marketing, frais de recrutement, les redevances des locations de toutes sortes, etc); 2. Les salariés pour les salaires et les indemnités diverses, 3. Les organismes sociaux comme l’AMO ou l’INPS pour les charges sociales des salariés 4. Le renouvellement du matériel de la société (amortissement des biens immobiliers et mobiliers appartement à la société) 5. La gestion des risques associés à l’activité (provisions pour les stocks et les créances clients) 6. Les frais financiers pour les emprunts contractés auprès des banques et des organismes de financement au nom de la société 7. Et enfin l’état pour les impôts et taxes Si le ministre vous dit que l’état malien aura 60% de la valeur ajoutée de la mine de Goulamina demandez lui combien de pourcentage auront les fournisseurs de la société minière pour les biens et services consommés par la société, les transitaires, les transporteurs routiers, les assureurs, les agences de marketing de publicité, les salariés, les organismes sociaux, la part du renouvellement des matériels et des bâtiments de la société, les banquiers, etc. Il doit vous montrer un business plan dans lequel ont voit clairement la part de tout ce beau monde et la part de l’état Mali dans la valeur ajoutée de la société minière de Goulamina. Ce business plan existe car firefinch la société australienne a introduit en bourse Mali Lithium Limited société chargée d’exploiter le lithium de Goulamina et il a pu lever des fonds pour plus de 150 millions de dollars. On ne peut pas faire cela quand on présente pas un business plan aux autorités des marchés financiers. Donc un business plan existe pour ce projet et il faut exiger du ministre une transparence totale sur la vraie répartition de la valeur ajoutée de la société minière de Goulamina. III. La réparation de la valeur ajoutée ne donne aucun droit de propriété sur une société C’est le capital qui donne le droit de propriété sur les actifs nets d’une société et non la réparation de la valeur ajoutée. S’il est prouvé par les statuts signés de la société et son kbis que le Mali a 20% du capital de la mine, eh bien le Mali aura 20% de droit de propriété sur cette société et pas plus. Concrètement en cas de vente de la société, le Mali ne pourra prétendre avoir autre chose que 20% de l’actif net de la société qui sera vendue. Donc ce n’est pas seulement la distribution du bénéfice net (dividendes) qui est conditionnée à la détention du capital d’une société. C’est la jouissance même du droit de propriété qui découle du capital (part dans l’actif net, droit de vote à l’assemblée générale des actionnaires ou associés, pouvoir sur la gestion de la société, etc) donc le Mali a intérêt d’avoir le maximum de part dans le capital des mines qu’on exploite sur son territoire. Wa Salam!